Macron s’attend à des tentatives d’ingérence de la Turquie dans l’élection présidentielle: ‘C’est écrit. Les menaces ne sont pas voilées’

Macron en est certain: la Turquie va tenter de s’immiscer dans l’élection présidentielle française. (AP Photo/Thibault Camus)

Depuis un peu plus de deux ans, les relations entre la France et la Turquie vont de mal en pis. Ces tensions ont atteint leur paroxysme à l’automne dernier. Depuis quelques semaines, les deux parties semblent se mettre lentement sur la voie de la réconciliation. Mais Emmanuel Macron n’est pas dupe. Pour lui, Recep Tayyip Erdogan va tenter de s’immiscer dans l’élection présidentielle de 2022.

Les relations franco-turques ont commencé à s’embraser à l’automne 2019, lorsque la Turquie a mené une offensive contre les forces kurdes en Syrie, alliés de l’Occident. L’année suivante, l’interventionnisme turc en Libye et en Méditerranée occidentale a ajouté de l’huile sur le feu.

En octobre 2020, un discours tenu par Emmanuel Macron suite à l’attentat contre le professeur de français Samuel Paty a suscité la colère de Recep Tayyip Erdogan. ‘L’Islam est aujourd’hui en crise dans le monde entier’, avait déclaré le président français. Il avait également défendu les caricatures du prophète Mahomet parue dans Charlie Hebdo, avant de prendre une série de mesures visant à lutter contre l’islamisme radical. Une attitude qui avait été très mal accueillie par le monde musulman, la Turquie en tête. Erdogan était allé jusqu’à ‘exprimer des doutes sur la santé mentale’ de Macron.

Début mars, les deux hommes se sont entretenus par visio-conférence. Une conversation qui a semblé s’assimiler à un début d’apaisement dans leurs relations. Mais le président français reste sur ses gardes.

‘Il faut qu’on soit très lucide’

Dans une interview diffusée sur France 5 ce mardi, Macron a confirmé que les relations franco-turques pourraient cesser de s’envenimer. ‘J’ai noté depuis le début de l’année une volonté d’Erdogan de se réengager dans la relation. Je veux croire que c’est possible’, a assuré le président français.

Toutefois, Macron veut rester prudent. ‘Mais je pense qu’on ne peut pas réengager (une relation) quand il y a des ambiguïtés. Je ne veux pas réengager une relation apaisée s’il y a derrière de telles manœuvres qui se poursuivent’, a-t-il ajouté, rappelant qu’il fallait ‘être très lucide’.

Par ‘de telles manœuvres’, le président français désigne les futures tentatives d’ingérence de la Turquie dans l’élection présidentielle de 2022. ‘C’est écrit, et les menaces ne sont pas voilées’, a-t-il affirmé.

En 2017, Erdogan avait déjà été accusé d’ingérence électorale, en Allemagne. Le président turc aurait demandé aux électeurs allemands d’origine turque de ne pas voter pour le parti d’Angela Merkel.

Macron ne veut plus agir seul

Dans ce même entretien, Macron a tenu à dénoncer la ‘complaisance’ de l’Union européenne à l’égard d’Erdogan. ‘Je l’ai condamné au sein de l’Otan. J’ai agi en tant que nation. Nous avons agi en tant que nation et nous avons fait un travail conséquent de conviction des autres Européens pour que l’Europe ait une voix beaucoup plus ferme, parce qu’il y avait beaucoup de complaisance’, a fustigé le président français.

Macron a également réitéré ses critiques envers l’Otan, qu’il avait déjà tenues par le passé. ‘La France a été très claire. Quand il y a eu des actes unilatéraux en Méditerranée orientale, nous les avons condamnés et nous avons agi en envoyant des frégates’, a souligné Emmanuel Macron, regrettant que l’Otan ne soit ‘pas suffisamment clair’ avec la Turquie. ‘Nous avons besoin de clarifier la place de la Turquie dans l’Otan’, a-t-il estimé.

Enfin, Macron a prôné ‘le dialogue’ comme option principale. ‘Il faut tout faire pour que la Turquie ne tourne pas le dos à l’Europe et n’aille vers plus d’extrémisme religieux ou des choix géopolitiques négatifs pour nous. C’est un partenaire sur des sujets sécuritaires, sur les sujets de migration’, a-t-il fait remarquer.

Le président français a rappelé l’importance de l’accord migratoire conclu en 2016 entre l’UE et la Turquie. Il a félicité cette dernière d’avoir ‘pris ses responsabilités’, prévenant que si elle ‘ouvrait ses portes’, ‘trois millions de réfugiés syriens arriveraient en Europe’.

Un sommet des ministres des Affaires étrangères de l’Otan a débuté ce mardi. Avec la présence de l’Américain Antony Blinken, cet échange doit permettre de resserrer des liens distendus durant l’ère Trump. Il doit aussi permettre de discuter de la place de la Turquie au sein de l’Alliance.

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