La triste fin de Jack Ma: Xi Jinping copie une page du manuel saoudien

L’information la plus sous-estimée de ces derniers jours est sans doute l’annonce de l’association de la société Ant Financial de Jack Ma avec le gouvernement chinois. Ensemble, ils vont évaluer le comportement des citoyens pour leur permettre ou non d’avoir un crédit bancaire.

Pourquoi est-ce important ?

Les autorités chinoises ont annoncé, il y a 8 ans, qu'elles souhaitaient créer un système d'évaluation du comportement des citoyens et des entreprises. Des récompenses et des sanctions seront attribuées sur cette base. En obtenant les données d'Ant Financial – une entreprise comptant un milliard de clients – le système de cotation autoritaire semble désormais n'être plus qu'une question de temps.

Il semble que Xi Jinping ait décidé de copier une page du manuel du despote saoudien Mohammed Bin Salman (MBS). En 2017, il a emprisonné plusieurs riches saoudiens participant activement à l’économie du pays pendant plusieurs semaines dans l’hôtel Ritz-Carlton de Riyad. Leurs familles ont perdu dans la foulée plusieurs centaines de millions de dollars. MBS a également gelé leurs avoirs. Il ne les a libérés que lorsqu’ils ont accepté de travailler selon les propres désirs du dirigeant saoudien.

Jack Ma a commencé à avoir des ennuis avec l’appareil d’État chinois l’année passée. Fin octobre, ses critiques du secteur bancaire chinois et de sa régulation lui avaient attiré les foudres des autorités chinoises. L’introduction en bourse d’Ant Group – qui devait être la plus grosse introduction jamais réalisée – a été reportée indéfiniment par les autorités financières. Le fondateur du géant du e-commerce, Alibaba, a ensuite disparu de la vie publique pendant 3 mois, provoquant de nombreuses rumeurs (enlèvement, assignation à résidence, voire mort). Jack Ma a lui-même déclaré un jour: « Je pense que, parmi les hommes les plus riches de Chine, peu ont une fin heureuse ».

Depuis octobre 2020, Ma n’a été vu que 6 fois en public et toujours dans des circonstances peu claires. Dans une vidéo de 43 secondes tournées dans une école, il avait déclaré : « J’ai étudié et réfléchi, et je suis devenu plus déterminé à me consacrer à l’éducation et au bien-être public… ». Ma a également dû quitter la présidence de la Hupan University, une école de commerce ultra-élitiste.

Le gouvernement chinois a désormais jeté son dévolu sur l’atout le plus précieux d’Ant Group, les données des milliards de transactions traités chaque jour par l’entreprise. L’analyse très poussée de ces données est le fondement de l’avantage concurrentiel d’Ant sur le reste du secteur bancaire traditionnel, moins avancé sur le plan technologique, surtout dans les décisions de crédit à la consommation. Mais Pékin veut maintenant exploiter lui-même cet avantage.

Les individus fiables et déviants

Les données devraient permettre au gouvernement de distinguer les citoyens fiables des individus déviants. Cela s’organise via une sorte de « liste noire ». Un comportement négatif ou même l’absence de comportement positif suffit à donner une note négative aux citoyens chinois. En 2018, 17,46 millions de Chinois n’ont pas pu acheter de billet d’avion. En outre, 5,47 millions de personnes se sont vu refuser l’accès aux trains à grande vitesse. Les personnes créant des problèmes à l’hôpital ou occupant un siège réservé dans un train peuvent par exemple être mises sur liste noire.

Si Ant Financial a réellement accepté de transférer les données personnelles de ses clients au gouvernement, afin que les notes sur la possibilité d’emprunter soient davantage contrôlées, les choses ne s’annoncent pas bonnes pour la société.

C’est également une mauvaise nouvelle pour les entreprises chinoises prometteuses comme ByteDance qui possède TikTok. Parce qu’il deviendra clair que ces entreprises seront considérées comme de véritables marionnettes de l’État chinois. Et l’Occident aura de moins en moins envie d’utiliser ces applications. Ce qui aura un impact négatif direct sur leur valeur boursière.

Pour aller plus loin:

Plus
Lire plus...
Marchés