‘La nuit de la honte’: un camp de migrants violemment démantelé par la police en plein Paris

Le démantèlement du camp a été ordonné dans la violence – Isopix

Lundi soir, les forces de l’ordre ont procédé au démantèlement d’un camp de migrants installé place de la République, à Paris. Filmés, certains policiers ont fait preuve d’une rare violence. Même le ministre de l’Intérieur est indigné.

Ce lundi, en quelques minutes, environ 500 tentes ont été dressées place de la République, en plein centre de Paris. Un campement organisé à la hâte afin d’abriter des centaines de migrants, principalement originaires d’Afghanistan. Une heure plus tard, la police a décidé de les en déloger.

Pour ce faire, les forces de l’ordre n’ont pas hésité à faire usage de la force. Dans des images, rapportées notamment par le journaliste Remy Buisine, on voit des policiers distribuer des coups à plusieurs migrants. Certaines tentes ont été détruites alors qu’elles abritaient toujours leurs occupants. L’expulsion des exilés a également été ordonnée sous des tirs de gaz lacrymogène et de grenades de désencerclement. Les militants, présents sur place pour défendre ces migrants, ont eux aussi été dispersés avec violence. Des images d’une rare violence.

Darmarin demande un ‘rapport circonstancié’

Après l’apparition de plusieurs vidéos de ces interventions, le ministre de l’Intérieur Gérald Darmarin a qualifié sur Twitter ces images de ‘choquantes’. ‘Je viens de demander un rapport circonstancié sur la réalité des faits au Préfet de police d’ici demain midi. Je prendrai des décisions dès sa réception’, a-t-il ajouté.

‘L’Etat donne de lui-même un spectacle lamentable’ en apportant ‘une réponse policière à une situation sociale’, a commenté auprès de l’Agence France-Presse (AFP) Ian Brossat, adjoint de la mairie de Paris en charge notamment de l’accueil des réfugiés.

Les associations d’aide aux migrants ont également condamné la violence avec laquelle s’est organisé le démantèlement du campement. ‘On ne répond pas à la misère par la matraque’, a notamment dénoncé Delphine Rouilleault, directrice générale de France terre d’asile, association et opérateur de l’Etat sur la gestion des campements.

‘La constitution de tels campements, organisée par certaines associations, n’est pas acceptable. La préfecture de police a donc procédé immédiatement à la dispersion de cette occupation illicite de l’espace public. […] Toutes les personnes en besoin d’hébergement sont invitées à se présenter dans les accueils de jour où des orientations vers des solutions d’hébergement adaptées à leur situation sont proposées très régulièrement aux migrants’, ont rapporté dans un communiqué conjoint la préfecture de police et celle de la région Ile-de-France (Prif), qui gère les opérations de mise à l’abri.

Le journaliste Loup Bureau a quant à lui qualifié ces événements de ‘nuit de la honte’. Un sentiment presque unanime sur les réseaux sociaux.

Projet de loi polémique

Cette affaire survient dans un contexte déjà très tendu. Le projet de loi sur la ‘sécurité globale’, émis par le ministre de l’Intérieur Gérald Darmarin, cristallise de nombreuses tensions. Des milliers de Français sont descendus dans la rue ces derniers jours pour la dénoncer. Parmi eux, on retrouve beaucoup de journalistes, qui voient là une atteinte à la liberté de la presse.

Cette loi vise à encadrer la diffusion malveillante d’images des forces de l’ordre. L’article 24, le plus controversé, a été voté en première instance par l’Assemblée nationale vendredi. Il pénalise d’un an de prison et de 45.000 € d’amende la diffusion de l’image du visage ou tout autre élément d’identification des forces de l’ordre en intervention quand elle porte atteinte à leur intégrité physique ou psychique.

Ce mardi, les députés doivent donner leur feu vert à la proposition de loi, lors d’un vote solennel sur l’ensemble du texte 

Lundi, la Commission européenne a mis en garde la France, indiquant qu’elle se se réservait ‘le droit d’examiner la législation finale afin de vérifier sa conformité avec le droit de l’UE.’ Elle a notamment rappelé que les journalistes devaient pouvoir ‘faire leur travail librement et en toute sécurité’.