« La Norvège doit partager ses bénéfices gaziers excédentaires. C’est écœurant, car c’est une exploitation indirecte de la guerre de Poutine »

Le Premier ministre polonais demande à la Norvège de partager les milliards de bénéfices supplémentaires qu’elle tire du pétrole et du gaz. En raison du boycott du pétrole et du gaz russes par un nombre croissant de pays, la Norvège en vend davantage, et elle le fait à un prix beaucoup plus élevé.

Depuis le début de la guerre, la Norvège a, ironiquement, énormément profité de la tourmente des marchés de l’énergie. Le pays est l’un des rares à pouvoir offrir à l’Europe occidentale et centrale une alternative au gaz russe. Il existe déjà des pipelines, de nouveaux sont en cours de construction, et la distance est gérable.

Le deuxième plus grand exportateur après Gazprom

Pendant longtemps, la société énergétique norvégienne Equinor a été le deuxième exportateur de gaz vers l’Europe après Gazprom. En raison de la transition énergétique (plus de gaz, moins de charbon, notamment en Europe de l’Est), les exportations de gaz ont augmenté depuis un certain temps. Et avec le début de la guerre, elles sont devenues encore plus rentables pour la société norvégienne.

Equinor (anciennement connu sous le nom de Statoil) a réalisé au premier trimestre un gain nettement supérieur à celui du même trimestre de l’année précédente : la firme est passée de 5,5 milliards de dollars à 18 milliards de dollars de bénéfices (près de 17 milliards d’euros). Fin février dernier, la guerre a éclaté en Ukraine, et les prix déjà élevés de l’énergie ont encore augmenté.

Le gaz norvégien est d’une importance vitale

Notre pays importe environ 30 % de son gaz de Norvège, et les Pays-Bas importent également de plus en plus de gaz venu du royaume nordique. Le gaz norvégien devrait compenser en partie la fermeture des champs gaziers de Groningue.

Depuis ce mois-ci, la Pologne n’achète plus de gaz russe, car elle refuse de céder aux exigences de Vladimir Poutine, qui réclame que les transactions se fassent en roubles. À la fin de cette année, les importations en provenance de Norvège augmenteront, car un nouveau gazoduc reliant la Norvège à la Pologne en passant par le Danemark doit être mis en service.

The Troll A natural gas platform, operated by Equinor ASA, stands in the North Sea, Norway, on Wednesday, May 16, 2018. Statoil has changed its name to Equinor to reflect its mutation into a broader energy company. Photographer: Carina Johansen/Bloomberg via Getty Images

« C’est ridicule »

« Mais devons-nous payer ces prix gigantesques à la Norvège ? », s’est interrogé dimanche le Premier ministre polonais Mateusz Morawiecki. « Quatre à cinq fois plus que ce que nous avons payé l’année dernière. C’est ridicule. »

Il estime que la Norvège ne peut pas simplement réclamer les gains supplémentaires. « Ils devraient partager ces bénéfices supplémentaires. Ce n’est pas normal. Parce qu’indirectement, ils profitent de la guerre que Poutine a déclenchée. »

M. Morawiecki estime que l’Ukraine en particulier devrait recevoir une part de ces gains supplémentaires des Norvégiens.

En Norvège aussi, on critique de faire de gros profits grâce à la guerre. « Il y a des moments où il n’est pas agréable de gagner de l’argent. Et c’est le moment, compte tenu de la situation », a avoué le ministre norvégien de l’Énergie en mars dernier.

Un fonds énorme

Depuis 1996, la Norvège verse le produit de ses exportations de pétrole et de gaz dans un fonds souverain. Ce fonds a atteint pas moins de 1,2 trillion d’euros et a investi dans 9300 entreprises dans le monde.

Les marchés financiers ayant été sous pression ces derniers mois, la valeur du fonds a également quelque peu diminué. Au premier trimestre, elle a baissé de près de 70 milliards d’euros en valeur.

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