« La crypto est plus sûre que la monnaie fiat »

Car les transactions illicites en cryptomonnaies ne représentent qu’une goutte d’eau dans l’océan des financements criminels, a rappelé le patron de Binance, chiffres de l’ONU à l’appui. Un sujet nettement moins évident qu’il est présenté par la communauté née du bitcoin.

Les criminels n’ont jamais été aussi détectables financièrement qu’avec les blockchains. Les chiffres parlent d’eux-mêmes, mais le patron de la plus grande plateforme d’échange de cryptomonnaies au monde ne se lasse pas de les répéter.

« Les transactions impliquant des adresses illicites ne représentaient que 0,15 % du volume des transactions de cryptomonnaie en 2021. L’argent blanchi dans le monde en un an représente 2 à 5 % du PIB mondial, soit 800 milliards de dollars à 2.000 milliards de dollars américains », a comparé CZ, le fondateur et CEO de Binance.

Des données provenant, d’une part, de la firme d’enquête crypto Chainanalysis et, d’autre part, de l’UNODC, l’Office des Nations-Unies contre la drogue et le crime. Comparaison n’est pas raison, mais 14 milliards d’argent digital sale contre 2.000 milliards de monnaies légales blanchies laissent place à peu d’interprétation. CZ en conclut que la monnaie cryptée est plus saine que la monnaie fiduciaire.

À la loupe ou à la louche

Sauf qu’il n’est pas facile d’évaluer l’ampleur exacte des activités illégales impliquant des actifs numériques. Les méthodologies reposent généralement sur l’identification d’adresses blockchain qualifiées de suspectes et sur le calcul des volumes d’échange. Certaines études annoncent des proportions gigantesques d’utilisateurs hors-la-loi et de dépenses criminelles (par exemple 46% des transactions sur Bitcoin). Mais ces dernières s’appuient sur des techniques probabilistes et autres estimations statistiques plutôt que sur l’analyse on chain, c-est-à-dire le pistage rigoureux des flux entre wallets.

Atteindre ce degré de précision constitue idéalement un prérequis avant tout tour de vis réglementaire. Une logique qui semble actuellement échapper aux législateurs européens, alors que les décideurs s’apprêtent à mettre en œuvre de nouvelles mesures de contrôle d’identité et de traçabilité des transactions crypto. Une réglementation radicale qui progresserait « dans l’incompréhension des vrais enjeux« .

Naturellement, gendarmes financiers et autres régulateurs n’abordent pas la criminalité crypto uniquement sous l’angle de la place qu’elle occupe dans monde. Ils s’inquiètent de la masse critique qu’elle pourrait atteindre dans un avenir proche où l’on annonce un milliard d’utilisateurs (plutôt que les 300 millions actuels.)

Données pertinentes pour cadre adapté

Guéguerre de chiffres et luttes entre lobbies (pro-crypto vs pro-banque) jusque dans les travées du Parlement européen occultent une vérité technologique : le système bancaire existant et les monnaies fiduciaires n’offraient pas de tels outils aussi efficaces que la blockchain et les cryptos pour remonter les pistes financières du crime organisé.

Il suffit que les autorités et les forces de l’ordre emploient les « techniques d’enquête du 21e siècle pour récupérer les fonds volés et faire en sorte que les auteurs de ces actes soient tenus responsables », pour reprendre les mots d’un procureur intervenant dans le dossier historique de Bitfinex marqué par la saisie de plusieurs milliards de dollars.

Pour le cas spécifique des cryptos, il ne reste plus qu’à espérer des lois nécessaires et proportionnées qui ne seraient pas seulement dictées par des estimations du financement criminel, mais prendraient aussi en compte les vertus technologiques (publicité des transactions, régulation mathématique et programmable des échanges, etc.).

Une réglementation portant atteinte à la vie privée plus qu’elle ne le devrait en traitant les crypto-actifs comme de simples produits financiers pourra normalement être réfutée…

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