Juste après des exécutions de masse historiques, Boris Johnson part en Arabie saoudite pour la prier de produire plus de pétrole

La semaine dernière, Joe Biden a tenté de pousser l’Arabie saoudite à augmenter sa production de pétrole afin d’atténuer la volatilité du marché suite à l’invasion de l’Ukraine par la Russie. Sans succès. Cette fois, c’est au tour de Boris Johnson de s’y coller. Mais le timing n’est pas des meilleurs.

Après avoir repoussé les avances américaines, l’Arabie saoudite cédera-t-elle aux demandes britanniques ? Rien n’est moins sûr. Mais là où Joe Biden s’était contenté d’un coup de téléphone – infructueux – Boris Johnson va se rendre en personne à Ryad ce mardi soir. Downing Street a déclaré qu’il s’entretiendrait avec les Saoudiens sur « un large éventail de questions, et pas seulement sur l’approvisionnement en énergie ». Mais c’est bien sûr ce dernier sujet qui mobilise toute l’attention.

L’objectif est de convaincre l’Arabie saoudite – plus grand exportateur au monde – d’augmenter sa production de pétrole. Cela dans le but de stopper l’envolée des prix, qui s’est accélérée depuis le début de l’invasion de l’Ukraine par la Russie.

Meilleures relations avec Londres qu’avec Washington

Si l’Arabie saoudite a refusé la demande américaine la semaine dernière, c’est, selon elle, car il n’y a pas de pénurie de pétrole. Elle avance que l’augmentation de sa production pourrait ne pas affecter les prix, tandis qu’elle réduirait ses capacités de réserve.

Cela n’a pas été dit, mais cela joue aussi: les relations entre Ryad et Washington se sont considérablement refroidies depuis l’arrivée de Joe Biden à la Maison Blanche. Il apparaît d’ailleurs que les Saoudiens veulent profiter de l’occasion pour négocier toute une série d’accords avec les États-Unis dans d’autres domaines, des suites judiciaires de l’assassinat de Jamal Khashoggi à un soutien plus marqué dans la guerre au Yémen.

A priori, la requête de Boris Johnson a un peu plus de chance d’aboutir. Les relations entre Ryad et Londres sont meilleures. Le Premier ministre britannique est d’ailleurs prêt à traiter, en plus du roi Salmane, avec son fils, le prince héritier Mohammed bin Salman. Lequel est considéré comme le réel dirigeant du pays, tout en étant considéré par la CIA comme le commanditaire de l’assassinat de Jamal Khashoggi, tué à au consulat d’Arabie saoudite à Istanbul il y a trois ans et demi.

Mettre fin à la « dépendance » de l’Occident au pétrole russe

Lors d’un briefing lundi, note le Financial Times, un porte-parole du Premier ministre britannique a reconnu qu’il n’y avait « pas de solution miracle », mais a ajouté : « Nous voulons réduire la volatilité ».

De son côté, Boris Johnson a préparé le terrain lundi. Dans un entretien accordé au Telegraph, il a exhorté l’Occident à mettre fin à sa « dépendance » au pétrole (et au gaz) russes. Selon lui, c’est cette dépendance qui a donné des ailes à Poutine jusqu’à décider d’envahir l’Ukraine et de bombarder des civils.

« Nous ne pouvons pas continuer comme ça. Le monde ne peut être soumis à ce chantage permanent. Tant que l’Occident sera économiquement dépendant de Poutine, il fera tout ce qu’il peut pour exploiter cette dépendance. Et c’est pourquoi cette dépendance doit – et va – maintenant prendre fin. »

D’après Johnson, la Russie ne produit « pratiquement rien d’autre… [que] le reste du monde veut acheter ». Dès lors, « si le monde peut mettre fin à sa dépendance à l’égard du pétrole et du gaz russes, nous pourrons priver [Poutine] de liquidités, détruire sa stratégie et le réduire à sa plus simple expression. »

Trois jours après une exécution de masse historique

Boris Johnson arrivera donc à Ryad ce mardi soir. Soit à peine trois jours après une exécution de masse considérée comme la plus grande de l’histoire moderne du royaume. Samedi, 81 personnes ont été tuées, principalement car elles étaient accusées d’avoir participé d’une façon ou d’une autre à des attaques terroristes pour le compte de l’État islamique et d’Al-Qaïda, ou car elles avaient travaillé avec les rebelles chiites Houthis au Yémen. Des militants antigouvernementaux ont affirmé que la moitié des hommes exécutés appartenaient à la minorité chiite d’Arabie saoudite.

La semaine dernière, Liza Truss, ministre britannique des Affaires étrangères, a déclaré que l’Occident devait mettre fin à sa « dépendance stratégique à l’égard de régimes autoritaires pour notre énergie et pour d’autres ressources vitales ». Visiblement, elle visait la Russie, et non l’Arabie saoudite.

Interrogés sur cette contradiction, plusieurs membres Bureau des Affaires étrangères ont répondu que le voyage de Boris Johnson à Ryad et la demande d’augmenter la production de pétrole n’empêchaient pas le Royaume-Uni de condamner le non-respect des droits humains en Arabie Saoudite.

« Aucun aspect de notre relation avec l’Arabie saoudite ne nous empêche de parler franchement des droits de l’homme », a notamment assuré à la Chambre des communes la ministre d’État à l’Asie et au Moyen-Orient Amanda Milling, réitérant la ferme opposition de la Grande-Bretagne à la peine de mort.

Renouvelable

Notons enfin que pour mettre fin à la dépendance énergétique vis-à-vis de la Russie, Boris Johnson n’a pas uniquement évoqué la possibilité de se tourner vers des pays tels que l’Arabie saoudite ou l’Iran.

Le Premier ministre britannique a déclaré qu’il était nécessaire de poursuivre les investissements dans les énergies renouvelables, notamment via les parcs éoliens offshore et l’énergie solaire. Il a, en outre, annoncé qu’il fallait faire une « série de nouveaux paris importants » sur l’énergie nucléaire.

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