« Malgré les alternatives, se priver du pétrole russe est tout simplement impossible »

Alors que la Russie ne semble pas prête à baisser les armes en Ukraine, les États-Unis et ses alliés, dont l’Union européenne, cherchent de nouvelles sanctions à infliger à Moscou. Parmi les solutions envisagées, celle de tirer un trait sur le pétrole russe a été évoquée par les États-Unis. Une option d’autant plus envisageable qu’il existe d’autres fournisseurs de pétrole dans le monde, mais pour des analystes mettre en place cette sanction ne serait tout simplement pas possible dans les faits.

« Il n’y a tout simplement aucun moyen pour que l’OPEP+ et même l’Iran et le Venezuela combinés puissent compenser » l’interdiction d’importations de pétrole russe, a déclaré Vandana Hari, fondatrice de la société de renseignement énergétique Vanda Insights, à CNBC. Une déclaration qui intervient après que les États-Unis aient envoyé une délégation officielle au Venezuela pour discuter d’une éventuelle levée des sanctions économiques infligées à l’encontre de la république bolivarienne en vue de fournir le pays en pétrole.

Des volumes impossibles à compenser

Le fait est que la Russie n’est pas l’unique producteur de pétrole au monde. Elle est la 3e productrice, après les États-Unis et l’Arabie saoudite. Le pays est cependant le plus grand exportateur de pétrole brut vers les marchés mondiaux et le premier fournisseur de gaz naturel de l’Union européenne (43%). Et c’est bien là tout le problème, car même s’il existe des alternatives, elles ne pourront jamais rivaliser avec les volumes produits et exportés de Russie, même en combinant leur production.

Moscou exporte près de 5 millions de barils de pétrole brut par jour, selon l’Agence internationale de l’énergie. Ensemble, les 12 pays de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP) pourraient exporter environ 2 millions de barils quotidiennement, mais seulement s’ils parviennent à « atteindre simultanément leur capacité maximale », a indiqué Vandana Hari, soulignant également qu’une partie des capacités inutilisées de l’OPEP et de ses alliées – OPEP+ – était … russe.

Le Venezuela a lui seul ne pourrait fournir que 100.000 barils par jour aux États-Unis, soit un nombre insignifiant en comparaison de ce sur quoi l’Occident devrait faire une croix s’il venait à interdire les exportations de pétrole russe. Les États-Unis ne dépendent que de 1% du pétrole russe. Mais l’indépendance énergétique des États-Unis est un mythe analyse Yahoo Finance. La consommation du pétrole est bien au-dessus de la production, ce qui fait que les États-Unis dépendent eux aussi des fluctuations du marché, même si ce n’est sans nulle comparaison avec l’Europe et son gaz par exemple.

« Il existe d’autres sources d’approvisionnement en pétrole, [mais] la rapidité avec laquelle elles peuvent être mises en service et la logistique pour les acheminer là où elles sont réellement nécessaires sont des questions très discutables », a souligné la fondatrice de la société de renseignement énergétique Vanda Insights à CNBC.

Un débat compliqué en Europe

Si la Russie a affirmé qu’elle maintiendrait ses livraisons de gaz et de pétrole à l’Europe, rien ne permet d’affirmer que Vladimir Poutine tiendra parole. Le président russe pourrait en effet menacer l’UE de couper son approvisionnement, en réponse aux sanctions européennes. Et inversement, pour tenter le tout pour le tout, l’Union européenne pourrait interdire les importations de gaz russe et de pétrole en son sein. Un scénario catastrophique pour les consommateurs alors que les prix de l’énergie ne cessent de flamber, mais auquel l’UE se prépare. L’AIE a d’ailleurs élaboré un plan en 10 étapes pour réduire sa dépendance aux importations de gaz russe d’un tiers.

Alors que la France pousse dans ce sens, l’Allemagne s’oppose fermement à de telles sanctions. Des positions que l’on comprend parfaitement puisque la première pourra se retourner sans trop de difficultés grâce à ses centrales nucléaires, alors que pour le second, ça sera une véritable catastrophe. L’Allemagne est en effet particulièrement dépendante de Moscou en termes d’énergie puisque 55% de son gaz et 42% de son pétrole proviennent de Russie.

Pour le chancelier allemand, Olaf Scholz, interdire les importations de gaz et de pétrole russes pourrait mettre en péril la sécurité énergétique de l’Europe. Cela pourrait également avoir un impact significatif sur le portefeuille déjà bien appauvri des citoyens européens.

Une position qui se défend, mais les pressions pour infliger un tel coup à l’économie russe en vue de faire plier Moscou se font de plus en plus fortes. La question devrait tenir une place importante lors du prochain Sommet européen qui aura lieu les 10 et 11 mars prochain à Versailles, de même que la « stratégie d’indépendance énergétique européenne » à adopter.

Nul doute que la possible décision qui sera prise lors de ce sommet quant à l’interdiction d’importation de gaz et de pétrole russes sera le fruit d’échanges mouvementés entre les chefs d’État de l’Union européenne.

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