Jeremy Grantham, gourou des marchés boursiers: « La super-bulle n’a pas encore éclaté »

Jeremy Grantham, un investisseur misant notoirement sur une tendance baissière, estime que la « super-bulle » dont il a parlé au début de l’année n’a pas encore éclaté. Le cofondateur de la société de gestion d’actifs GMO pense que la volatilité des marchés boursiers de ces derniers mois n’est que le signe avant-coureur d’une plus grande catastrophe.

Grantham (83 ans), qui a prédit à la fois l’éclatement de la bulle Internet en 2000 et la crise du crédit de 2008, a publié une note à ses clients sur son site mercredi.

Reprise du marché baissier

La hausse des cours des actions américaines de la mi-juin à la mi-août a suivi le modèle de ce que l’on appelle un rallye de marché baissier – un mouvement de reprise de courte durée pendant un marché baissier.

« Vous avez eu un rallye typique d’un marché baissier l’autre jour et les gens disaient ‘Oh, c’est un nouveau marché haussier' », a déclaré Grantham à Bloomberg. « C’est absurde. »

Selon l’historien du marché, ce phénomène suit généralement toute baisse initiale brutale – et intervient toujours avant que l’économie ne commence réellement à se détériorer. L’investisseur britannique prédit une nouvelle catastrophe en raison d’un « mélange dangereux » d’actions, d’obligations et de logements surévalués, combiné au choc des matières premières et aux politiques radicales de la Réserve fédérale, la banque centrale américaine.

Problèmes à court terme

Un autre problème, à court terme, est l’impact de l’invasion de l’Ukraine par la Russie, selon Grantham. L’Europe, qui est aux prises avec une crise énergétique depuis le début du conflit, a été particulièrement touchée. Une autre conséquence du conflit est qu’une véritable crise alimentaire est en train de se préparer, souligne-t-il.

Les ralentissement liés au Covid actuellement en cours en Chine continuent également d’entraver l’économie mondiale.

Alors que la hausse de l’inflation a alimenté la baisse des marchés au cours du premier semestre, la chute des marges bénéficiaires des entreprises provoque une nouvelle série de chiffres rouge sang, affirme-t-il.

« À mon avis, nous allons traverser une période assez difficile sur le plan économique et financier avant que tout cela ne soit éliminé par le système », estime le Britannique. « Ce que je ne sais pas, c’est : est-ce que ça deviendra incontrôlable comme dans les années 1930, est-ce que ça restera raisonnablement contenu comme dans les années 2000 ou est-ce que ça se situera quelque part au milieu ? ».

Différentes phases

Au début de l’année, l’octogénaire avait prédit que l’indice boursier américain le plus important, le S&P 500, chuterait de près de 50% dans un effondrement « historique« . Celui-ci a en effet déjà connu une baisse brutale en juin, avec une baisse de près de 25% par rapport à son pic de janvier. Toutefois, au cours des deux mois suivants, il a rebondi.

Dans le même temps, les actions américaines sont de nouveau en baisse. Hier, elles ont chuté pour la quatrième session consécutive. D’éminents analystes boursiers, tels que Mike Wilson de la banque d’investissement Morgan Stanley, ont averti les investisseurs que le marché n’avait pas encore atteint le fond, rapporte Bloomberg.

Grantham suggère que l’éclatement d’une super-bulle se produit toujours en différentes phases. Il y a d’abord une baisse, comme celle du premier semestre, puis une légère reprise, comme celle de cet été. Enfin, les fondamentaux se brisent et le marché atteint son plus bas niveau absolu.

La prochaine maladie du système économique ? Le réchauffement climatique

Grantham a également livré une analyse de l’économie mondiale sous un prisme plus large, courant sur plusieurs décennies. Pour lui, une période dorée de 25 ans touche à sa fin. Le monde doit se préparer à une inflation continue, à un ralentissement de la croissance et à une pénurie de main-d’œuvre. Mais pas seulement. Le réchauffement climatique sera la prochaine maladie du système économique, a-t-il annoncé.

(OD)

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