« On vit au-dessus de nos moyens »: Grantham prévoit l’effondrement de notre système économique

La rareté de nos ressources et le changement démographique vont faire du mal à l’économie, tout comme l’inflation, la pénurie de main-d’œuvre, et encore les inégalités. Après avoir averti, il y a une semaine, de l’éclatement d’une bulle spéculative, l’investisseur Jeremy Grantham revient avec des réflexions sur l’effondrement de notre système économique.

La semaine dernière, ses déclarations avaient déjà fait l’actualité, lorsqu’il entrevoyait l’éclatement d’une super-bulle et le S&P 500 perdre 50%. Il endosse à nouveau le rôle d’ange de l’Apocalypse pour annoncer enfer et damnation sur les marchés boursiers, mais pas que.

Pour l’investisseur, qui se prononce dans Bloomberg, une période dorée de 25 ans prend fin. Inflation, croissance au ralenti, et pénurie de main d’œuvre, voici à quoi le monde doit se préparer. Mais pas uniquement. Le réchauffement climatique sera également la prochaine maladie du système économique.

« Il n’y a qu’une certaine quantité de pétrole bon marché, de nickel bon marché, de cuivre bon marché, et nous commençons à atteindre certaines de ces limites », réfléchit Grantham, co-fondateur du gestionnaire d’actifs GMO. « Ce changement climatique s’accompagne de fortes inondations, de graves sécheresses et de températures plus élevées – rien de tout cela ne facilite l’agriculture. Nous allons donc vivre dans un monde de goulots d’étranglement, de pénuries et de flambées des prix partout. »

Inévitable

Et ces crises sont inévitables, explique-t-il encore. Parce que la raréfaction de ces ressources ne vient pas seule : elle est accompagnée du déclin des naissances, de la retraite des baby boomers, de la plus en plus grande place des marchés émergents et des menaces géopolitiques de plus en plus fortes. Depuis des décennies, ces tendances s’affinent, observe-t-il du haut de ses 83 ans.

Il revient à ses déclarations sur les super-bulles de la semaine précédente – suite auxquelles les marchés ont effectivement connu une forte volatilité, comme s’il avait vraiment apporté un mauvais présage. Cette super-bulle, avec ses excès et ses coûts, est pour lui le meilleur exemple que nous vivons au-dessus de nos moyens. L’argent facile a fait augmenter les prix, et même temps les inégalités sociales, les pressions économiques et la fragmentation sociale.

« La nature commence à échouer »

Et la planète en souffre tout autant. « La croissance du siècle dernier et la poursuite de niveaux de vie toujours plus élevés a laissé des sols épuisés, des écosystèmes empoisonnés et un climat en plein changement. C’est pourquoi la faune et la flore sauvages disparaissent, la biodiversité est en danger et la reproduction humaine ralentit », continue-t-il.

« La nature commence à échouer. Et à la fin, si nous ne réparons pas cela, nous commençons à échouer aussi », prévient-il. Grantham est également gestionnaire d’un fonds pour la défense de l’environnement, à hauteur d’1,5 milliards de dollars.

Un pessimiste qu’il ne faut pas prendre au sérieux?

Ces annonces pessimistes ne rencontrent pas la même crédulité partout. Depuis une dizaine d’année, Grantham a été sceptique quant aux prix des actions, et ne partage pas l’enthousiasme de certains lors de marchés haussiers. Au point de se tromper? Après ses dires de la semaine dernière, il s’était notamment fait critiquer pour toutes ses annonces de fin du monde précédentes, qui n’avaient finalement pas eu lieu.

Mais sa vision des choses se retrouve également dans ses stratégies boursières. Depuis qu’il a annoncé un krach boursier, il y a un an, il opère ce qui s’appelle le short selling (qui ne faisait pas vraiment partie de ses pratiques avant). C’est-à-dire qu’on prête une action, on la vend, puis on la rachète lorsque le prix a baissé, avant de la rendre au propriétaire. Il fait cela notamment au profit de sa fondation, avec des actions du Nasdaq et du Russell 2000.

Il préfère également vendre que garder des actions, en se justifiant sur l’histoire des marchés : « ceux qui ont résisté aux krachs du passé ont dû attendre longtemps pour récupérer leurs pertes : 25 ans dans le cas de l’indice Dow Jones en 1929, près de 15 ans pour le Nasdaq Composite en 2000 et 5 ans et demi pour le S&P 500 en 2007. Si vous pensez pouvoir le supporter pendant 10, 20 ou même 30 ans, je vous en prie », souligne-t-il.

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