Google veut-il étouffer la contestation à coup de licenciements?

Après avoir licencié quatre salariés protestataires, le mécontentement gronde chez les employés. Ils accusent la firme de lutter contre la dissidence au sein des travailleurs.
Protestation contre le traitement par Google des allégations d’inconduite sexuelle au siège social de l’entreprise à Mountain View, en Californie, le 1er novembre 2018. (Isopix)

Après le renvoi de quatre salariés protestataires, le mécontentement gronde parmi les employés de Google. Ils accusent la firme de vouloir lutter contre la protestation au sein des travailleurs.

Alors Google, on ne supporte pas la contradiction de la part de ses employés? C’est en tout cas ce dont la firme est accusée, après avoir licencié quatre salariés impliqués dans des mouvements de protestation. Si Google affirme avoir procédé à ces renvois après que ces personnes aient ‘délibérément effectué des recherches systématiques sur les documents et les travaux d’autres salariés’, il ne s’agirait que d’un prétexte pour cacher une réalité toute autre.

Les hostilités ont commencé le 22 novembre. 200 employés de Google se sont réunis pour protester contre la suspension de deux collègues, Rebecca Rivers et Laurence Berland. Ces deux personnes auraient indûment accédé à des informations internes qu’elles n’auraient jamais dû voir. Si Google ne précise pas l’identité des employés renvoyés ultérieurement, Rebecca Rivers et Laurence Berland en feraient bien partie.

Des licenciements abusifs

Après l’annonce des licenciements, des employés de l’entreprise ont pris position dans un post sur Medium intitulé ‘Le prochain objectif de Google: détruire le syndicalisme’. Ils y accusent Google d’avoir licencié abusivement ces employés… pour des raisons que la firme encourage en temps normal. ‘Quatre de nos collègues ont pris position et se sont organisés pour un meilleur milieu de travail. Ceci est explicitement toléré dans le Code de conduite de Google, qui se termine ainsi: ‘Et souvenez-vous…. ne soyez pas méchant, et si vous voyez quelque chose que vous pensez ne pas être correct, parlez-en.’ Quand ils l’ont fait, Google a riposté contre eux’, peut-on lire sur le blog. 

Les protestataires l’affirment catégoriquement: Google veut lutter contre le syndicalisme. Ils expliquent que leur entreprise a modifié ses politiques de confidentialité en toute conscience pour pouvoir poursuivre par la suite des employés. Ils assurent aussi n’avoir jamais été briefé quant à l’illégalité des méthodes qui ont conduit au licenciement des quatre personnes.

Museler les protestataires

Le mécontentement gronde donc au sein des employés, convaincus que Google utilise cette obscure politique pour renvoyer qui elle le souhaite, sans devoir rendre de compte. Laurence Berland affirme même que des représentants de Google l’auraient avoué, sous la pression. ‘J’ai demandé à l’équipe Global Investigations de Google, suis-je accusé de fuites ? Leur réponse était claire: ‘Non.’ Il ne s’agit pas d’une fuite.’

Mais alors de quoi donc? Google ne verrait pas d’un bon oeil les rassemblements protestataires de ses employés. Les quatre travailleurs licenciés ont tous participé à la manifestation du 22 novembre. Et Rebecca Rivers aurait réuni des collègues pour protester contre le fait que Google faisait affaire avec les douanes américaines et la protection des frontières.

Mais ce ne serait pas la première à en avoir fait les frais…

Des départs suspects 

En novembre 2018, 20.000 employés de Google ont organisé une grève pour protester contre l’inconduite sexuelle des dirigeants de Google, ce qui a récemment mené à une enquête du Conseil d’administration de l’entreprise. Claire Stapleton et Meredith Whittaker, deux des organisatrices de cette grève, affirment avoir fait l’objet de représailles de la part de la direction, avant de quitter l’entreprise en juin et juillet.

Cerise sur le gâteau, le New York Times a dévoilé la semaine dernière que Google avait engagé une société de conseil connue pour aider les entreprises à lutter contre la protestation parmi les employés. Éteindre l’étincelle avant que la colère ne s’embrase, une méthode connue des régimes totalitaires… Sauf que Google a peut-être bien allumé le brasier tout seul en virant ses employés rebelles.