Et si les nouvelles menaces de la Corée du Nord n’étaient qu’une stratégie pour attirer l’attention des États-Unis?

De Noord-Koreaanse leider Kim Jong-un. - KCNA
De Noord-Koreaanse leider Kim Jong-un. – KCNA

Les tensions intercoréennes se sont exacerbées ces derniers jours, menant à l’explosion, organisée par le Nord, du bureau de liaison entre les deux pays. Cette nouvelle reprise du conflit aurait pour but d’attirer l’attention des États-Unis, alliés de la Corée du Sud, afin d’alléger les sanctions américaines qui pèsent sur Pyongyang.

Ça a commencé par des menaces du dirigeant nord-coréen à la fin de la semaine dernière. Kim Jong-un avait indiqué vendredi dernier qu’il détruirait un bureau de liaison intercoréen situé sur son territoire, mais qu’il prendrait aussi de nouvelles mesures militaires contre son voisin du Sud. Ce dernier a tenté de calmer de jeu, appelant à la reprise des négociations entre les deux pays rivaux. Le président sud-coréen Moon Jae-in a déclaré lundi qu’ils ne doivent pas revenir sur les accords de paix conclus en 2018.

Une tentative bien vaine puisque Kim Jong-un a mis mardi sa première menace à exécution en faisant sauter ce fameux bureau de liaison. Celui-ci avait été créé dans le cadre d’une série de projets visant à réduire les tensions entre les deux entités. Des dizaines de fonctionnaires, originaires du sud et du nord, y travaillaient chaque semaine. Mais le dirigeant nord-coréen l’a jugé ‘inutile’.

Attirer l’attention de Trump

Cette nouvelle hausse de tensions provoquée par la Corée du Nord pourrait en réalité être une astuce afin d’attirer l’attention du Président américain. Les négociations entre les deux pays sont au point mort après trois rencontres historiques qui n’ont pas abouti à un accord de dénucléarisation. Et actuellement, Donald Trump est occupé à gérer l’épidémie de coronavirus, des manifestations antiracistes et l’élection présidentielle de novembre.

Si Trump a d’autres chats à fouetter, l’échec de ces négociations américano-coréennes sont par contre lourdes de conséquences pour Kim Jong-un. Les sanctions américaines qui pèsent actuellement sur la Corée du Nord sont un vrai fardeau pour son économie, alors qu’elle est déjà minée par la fermeture de la frontière imposée par la pandémie, menaçant potentiellement sa base de soutien parmi les élites et l’armée.

Selon les analystes, l’un des objectifs de Kim en s’en prenant à la Corée du Sud est donc de rappeler à son allié américain les problèmes non résolus avec la Corée du Nord, ce qui pourrait le forcer à intervenir. ‘Trump pourrait ressentir le besoin de parler au Nord pour gérer la situation pour l’instant, et prétendre publiquement qu’il a repoussé les éventuelles provocations militaires que Kim a menacées’, explique à Reuters Chang Ho-jin, ancien secrétaire présidentiel sud-coréen à la politique étrangère.

‘En augmentant les tensions intercoréennes, la Corée du Nord pourrait aussi espérer que la Corée du Sud fasse plus d’efforts pour obtenir des exemptions de sanctions pour des projets économiques communs.’

Efforts américains… Ou pas

Selon une autre source diplomatique à Séoul, les responsables américains seraient désormais prêts à faire des ‘efforts de dernière minute’ avant les élections américaines. ‘Il y avait une certaine anxiété parmi eux à l’idée qu’ils ne pouvaient pas rester inactifs pendant le premier semestre de cette année’, a déclaré cette source qui est restée anonyme, notant que Washington allait bientôt passer en ‘mode électoral’ complet.

Cela reste néanmoins encore à prouver. Une source américaine a déclaré à Reuters que si Washington est prêt à discuter avec la Corée du Nord à tout moment, ‘il reste peu probable que des négociations conduisent à une percée significative dans un avenir proche, surtout si la Corée du Nord propose seulement de démanteler sa principale installation nucléaire de Yongbyon’.

Un allègement des sanctions contre Pyongyang est donc encore loin d’être acté. La faute aussi à la Corée du Nord, qui n’a pas voulu discuter de l’abandon d’un nombre suffisant de ses programmes nucléaires selon la source américaine.

Or l’horloge tourne pour Kim Jong-un. Si les élections de novembre aboutissent au sacre de Joe Biden, il sera bien plus difficile pour le dirigeant nord-coréen d’obtenir ce qu’il désire. ‘Biden adopterait une approche davantage fondée sur des principes et donnerait plus de pouvoir aux négociateurs chevronnés sans les extravagances des sommets’, explique Cho Tae-yong, un législateur sud-coréen qui a auparavant travaillé avec les conseillers de politique étrangère de Biden. Et les plus récents sondages ne jouent toujours pas en faveur de Trump…

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