Les entreprises russes en difficulté suite à la fuite des logiciels occidentaux : les programmes russes ne sont pas à la hauteur

La Russie n’est pas seulement dépendante de l’Occident pour ses technologies, elle l’est aussi particulièrement fort pour ses logiciels. Avec la fuite des entreprises étrangères, les entreprises russes font face à un véritable casse-tête pour continuer à faire fonctionner leurs usines sans ces précieux programmes informatiques.

L’invasion de l’Ukraine par la Russie a provoqué un véritable exode dans le pays des entreprises occidentales. Et ces dernières, notamment Siemens AG ou encore SMS Group GmbH, ont évidemment pris avec elles leurs créations, que ça soit leurs technologies ou leurs logiciels, laissant les entreprises russes dans l’embarras. Et le plus gros problème finalement n’est sans doute pas le manque de machines, mais l’impossibilité d’utiliser les programmes informatiques qui permettaient de faire tourner les boutiques.

Selon l’analyste Elena Semenovskaya de chez ICD, l’acquisition de logiciels pour la conception et la fabrication assistées par ordinateur devient un problème majeur, rapporte Bloomberg. Cela pourrait mettre un sacré frein au développement du pays.

Sans ces logiciels, la production chute

Le fait est que les logiciels étrangers sont souvent insérés directement dans les machines industrielles et les fabricants d’équipements contrôlent soigneusement leur propriété intellectuelle, de sorte qu’ils ne donnent pas accès à leurs clients aux codes informatiques utilisés pour faire fonctionner leurs machines, a indiqué Sergey Dunaev, directeur de l’information de Severstal PJSC.

Dans certains cas, notamment dans la sidérurgie, une précision accrue est nécessaire pour certaines productions. Sans l’impossibilité de contrôler la pression des machines durant la production, les usines ne peuvent tout simplement pas fabriquer leurs marchandises, car le risque est trop important qu’un petit écart de pression rende la production sans valeur, a expliqué Dunaev.

L’exode des entreprises étrangères implique une période d’ajustements structurels dans le pays. Les entreprises russes doivent trouver des alternatives aux technologies, machines et autres programmes informatiques provenant de l’étranger. Et si l’économie russe s’est finalement mieux comportée que la plupart des prévisions l’indiquaient, notamment grâce aux prix élevés des matières premières, cette période d’adaptation pousse le pays vers la récession.

Piratages et copies obsolètes

Bien que le gouvernement russe ait mis l’accent sur la substitution des importations depuis les sanctions infligées à la Russie suite à l’annexion de la Crimée en 2014, la réalité du terrain fait qu’il n’était pas toujours possible de le faire. Les industriels n’ont en réalité pas hésité à faire appel à des entreprises étrangères pour rattraper leur retard après le déclin postsoviétique, devenant fortement dépendants, souligne Bloomberg.

« Toutes les industries sont confrontées aux mêmes problèmes », a déclaré Dunaev. « De nombreux processus dans les unités modernes sont contrôlés par un logiciel. »

Seuls 5 à 10% des logiciels utilisés dans l’industrie pétrolière et gazière du pays sont russes. Or, en plus d’être très rares, ils sont souvent « sous-optimaux », a indiqué le vice-premier ministre de l’Énergie Pavel Sorokin. La production alimentaire locale est également impactée par l’exode des programmes informatiques étrangers.

De quoi pousser ces mêmes industriels à opter pour des solutions tierces : pirater les programmes ou utiliser des versions obsolètes. Des solutions qui sont loin d’être optimales. « Les [logiciels] analogues russes dans ce domaine sont beaucoup plus faibles et le besoin est élevé », a en effet souligné Semenovskaya. « Mais pour l’instant, l’approche consiste à s’appuyer sur le piratage et les copies obsolètes, ce qui est une impasse et non durable. »

Outre l’impossibilité de pouvoir utiliser les logiciels permettant de faire fonctionner correctement des machines, l’exode des programmes informatiques étrangers implique également l’impossibilité de profiter des mises à jour ce qui expose les entreprises et services gouvernementaux à des risques de sécurité et des virus.

Si le pays parvient plus ou moins à tenir, sur le long terme, cela pourrait ne pas être le cas. La Russie pourrait en tout cas perdre sa compétitivité sur le marché international. Combler les fossés laissés par les entreprises étrangères ne sera pas une mince à faire.

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