Les entreprises technologiques sont différentes de McDonald’s et Starbucks, elles doivent rester en Russie pour « le bien-être de la population »

Les entreprises technologiques doivent se livrer à un véritable jeu d’équilibriste en Russie et choisir la bonne position à adopter en réponse aux actions de Moscou. Si elles se retirent volontairement du pays, elles démontrent leur opposition à l’invasion de l’Ukraine par la Russie, mais elles privent également la population russe de moyens de communication, ainsi que d’accès à l’information internationale.

Le retrait de McDonald’s de Russie a beau être un symbole historique, la décision de la multinationale américaine n’a qu’un impact limité sur la population locale qui peut se tourner vers d’autres chaines de fast-food. En revanche, la suspension des opérations des entreprises technologiques dans le pays peut mener à un isolement des Russes du reste du monde et favoriser la propagande d’État. Pour les défenseurs de la liberté d’Internet, couper les réseaux sociaux en Russie pourrait avoir des conséquences imprévues.

« Je pense que les entreprises technologiques sont différentes des autres entreprises qui font des affaires en Russie, car nous avons clairement intérêt à ce qu’elles restent », a déclaré Joanna Szostek, maître de conférences en communication politique à l’Université de Glasgow, rapporte CNBC.

Un choix cornélien

Le conflit en Ukraine pousse une nouvelle fois l’industrie technologique à faire face au dilemme fondamental qui est de trouver l’équilibre entre connecter les différentes populations du monde et risquer d’être utilisé comme outil de propagande et de désinformation. Et bien que l’Ukraine ait appelé les entreprises technologiques à cesser leurs activités dans le pays envahisseur, cette action pourrait être contre-productive pour les experts de la liberté d’Internet et de la censure russe. Pour que la vérité continue de se répandre dans le pays, elles doivent prendre des risques calculés pour maintenir leurs services en Russie, affirment les experts.

« Je pense qu’il y a de très bonnes raisons d’essayer de faire tout son possible pour les garder accessibles aussi longtemps que possible », a déclaré Szostek. « Et si cela signifie en quelque sorte continuer à faire des affaires en Russie, alors tant pis. Parce que l’idée que la Russie soit complètement piégée derrière une sorte de mur sans qu’aucune information ne passe, je veux dire, c’est vraiment terrifiant, à quel point cet endroit pourrait devenir sombre. »

« Les Ukrainiens ont également suggéré que nous supprimions l’accès à Facebook et Instagram en Russie », a déclaré Nick Clegg, président des affaires mondiales de Meta, sur Twitter. « Cependant, les gens en Russie utilisent FB et IG pour protester et s’organiser contre la guerre et comme source d’information indépendante ». « Nous pensons que la désactivation de nos services réduirait au silence une expression importante à un moment crucial », a-t-il ajouté.

Une position ambivalente

Les réseaux sociaux tels que Facebook, Twitter et même YouTube ont souvent été critiqués pour leur manque de modération et de moyens pour lutter contre la désinformation, surtout en période d’élections, mais malgré leurs défauts, on se rend compte qu’en temps de guerre et de conflit, ces plateformes vérolées ont également de bons côtés. Elles donnent également accès à de l’information qui n’est pas contrôlée par le pouvoir.

En Russie, jusqu’à récemment, ces plateformes sociales pouvaient opérer, malgré l’opposition maintenue par les autorités durant des années, ainsi que les pressions continues de celles-ci. En Chine où la censure est le mot d’ordre, ces entreprises américaines ne peuvent même pas exister.

« Des restrictions trop larges sur l’accès du peuple russe à Internet isoleraient davantage les militants pro-démocratie et anti-guerre assiégés, et entraveraient la capacité des ONG, des groupes de défense des droits de l’homme, des journalistes et des avocats à l’intérieur et à l’extérieur de la Russie à fournir des informations critiques aux citoyens sur la situation actuelle et leurs droits », ont écrit plusieurs groupes de défenses à l’accès à Internet dans une lettre adressée au président Joe Biden dans laquelle ils demandent à ce que les fournisseurs de logiciels et de communications puissent continuer à poursuivre leurs activités en Russie sans craindre de représailles en raison du fait qu’ils enfreindraient les sanctions occidentales. « Ces actions accéléreraient par inadvertance ce que le Kremlin a entrepris d’accomplir grâce à ses outils ‘Internet souverain‘ – un contrôle complet et total de l’espace d’information à l’intérieur de la Russie », ont-ils ajouté.

Un moyen de protestation

Depuis que Facebook et Twitter ne sont plus accessibles en Russie, de même qu’Instagram, les Russes ont trouvé des alternatives pour accéder à l’information. Certains se sont tournés vers TikTok, d’autres vers Tinder, aussi étonnant cela puisse être.

Le nombre de téléchargements des VPN, ces logiciels qui permettent de cacher son adresse IP et de se géolocaliser aux quatre coins du monde, a explosé sur les boutiques d’application d’Apple et de Google. Les Russes utilisent les VPN pour se localiser dans un autre pays et continuer à recevoir de l’information qui n’est pas contrôlée par l’État.

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