Entrepreneur brillant, anti-Trump convaincu, vie tumultueuse: retour sur le roi du porno, Larry Flynt

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Le Californien d’adoption, créateur du magazine Hustler, concurrent direct de Playboy, a cassé sa pipe à l’âge de 78 ans. Provocateur hors-pair, démocrate convaincu, une ‘Une’ où figurait un shooting ‘interracial’ lui a valu une tentative d’assassinat en 1978 par un suprémaciste blanc. Un fait finalement assez banal pour une vie hors du commun.

Les moins jeunes auront feuilleté son magazine avec curiosité. Les plus jeunes l’auront découvert fictivement face à la caméra de Milos Forman. Woody Harrelson aura interprété avec brio l’homme à la chaise roulante.

Larry Flynt – Milos Forman

Provocateur, il avait fait du hardcore et du grotesque les spécialités de son magazine porno. Une provocation qui l’a mené devant de nombreux tribunaux pour défendre le sacro-saint 1er amendement de la Constitution des États-Unis, celui de la liberté d’expression. Le tout jusqu’à la Cour suprême, qui lui a donné raison en 1988. Le célèbre télévangéliste conservateur Jerry Falwell lui réclamait 45 millions de dollars pour une parodie très douteuse, mais qui s’inscrivait dans une valeur encore plus chère aux Américains que leur puritanisme.

Fortune

L’homme, né au Kentucky, est un self-made man à l’Américaine. Le Washington Post écrit: ‘Son intelligence de la rue, son instinct commercial courageux et, si nécessaires, ses poings, auront transformé une série de bars pourris de l’Ohio en un empire à 100 millions de dollars, fait de magasins, de clubs privés, et même d’un casino à Los Angeles’.

Sa fortune personnelle était elle estimée à 500 millions de dollars. Son empire a enjambé le 21e siècle avec la création d’un studio de films porno en 1998, puis par le rachat d’un second – VCA Pictures – en 2003. Il est l’auteur de plusieurs livres dont le dernier en date, ‘One Nation Under Sex’, sorti en 2011, qui raconte la vie sexuelle de quelques-uns des plus puissants dirigeants américains.

Anti-Trump

Des histoires, il en avait à raconter. Comme en 1998, quand il n’avait pas hésité à révéler dans son magazine des scandales sexuels pour faire tomber la tête de certains élus, et détourner l’attention autour de son ami Bill Clinton, empêtré dans l’affaire Lewinski.

L’un de ses derniers faits d’armes, en 2017, est d’avoir proposé 10 millions de dollars à quiconque lui donnait une information permettant la destitution de Donald Trump, le tout en pleine page du Washington Post, que le président sortant maudit (ainsi que son propriétaire, Jeff Bezos).

Critiques

Larry Flynt était aussi un photographe talentueux. Qui a mis en scène des parties de jambes en l’air entre noirs et blancs. Ce qui lui a valu une tentative d’assassinat en 1978 par le suprémaciste blanc Joseph Paul Franklin et une paralysie le menant dans une chaise roulante (plaquée or).

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Défenseur du mariage gay, il s’est aussi opposé à la peine de mort ou encore à l’invasion en Irak. Côté face, l’homme au cigare et à la voix graveleuse a été qualifié par la féministe Gloria Steinem comme ‘un pornographe violent et sadique’. Adepte de la mise en scène d’organes génitaux en gros plan, de viols collectifs, de bondage, et même de mutilation, l’homme qui a publié des photos nues de Jackie Kennedy achetées à des paparazzis – une première à l’époque – n’aura pas fait les choses à moitié. Ce qui lui a valu et lui vaudra encore d’être vilipendé.

‘Je voulais offenser tout le monde sur la base de l’égalité des chances’, a-t-il écrit dans son autobiographie de 1996. Il s’est éteint à l’âge de 78 ans.