Endettement: les pays du nord de l’Europe sont-ils de si bons élèves ?

Charles Michel, président du Conseil et le Premier ministre néerlandais Mark Rutte – isopix

Selon les derniers chiffres d’Eurostat publiés ce mardi, pas de place au doute. Les pays dits frugaux, et difficiles à convaincre lors du sommet européen ‘historique’ du week-end dernier, font partie des meilleurs élèves de la classe européenne en termes d’endettement. Mais cela cache d’autres réalités.

C’est un argument qui a été entendu durant les longues et difficiles négociations autour du budget européen et du plan de relance: les pays dits ‘radins’ fustigeaient le laisser-aller des ‘pays du Club Med’ en termes de gestion des dépenses. Dépenser ce que l’on a : une division est clairement apparue entre les pays du nord et du sud de l’Europe.

Sur papier, on peut comprendre les pays dits frugaux. Selon les derniers chiffres d’Eurostat qui valent pour le 1er trimestre 2020, les Pays-Bas (49,5% du PIB), la Suède (35,9%), le Danemark (33%), la Finlande (64%, mais +4,9%, la plus forte progression après la Belgique) et la Suède sont présents dans la bonne partie du tableau. Au contraire de la Grèce (176%), de l’Italie (137%), du Portugal (120%) et de l’Espagne (98,8%) souvent pointés du doigt. N’oublions pas la Belgique (104%) et la France (101%) même si en meilleure forme économique.

Cette orthodoxie budgétaire s’est traduite dans l’accord obtenu mardi. Certes, pour la première fois, les 27 emprunteront ensemble sur les marchés, mais l’octroi des fonds sera soumis à des objectifs spécifiques et à des réformes structurelles émanant de la Commission. Autrement dit, l’UE ne sera pas trop regardante sur les déficits et le taux d’endettement pour peu qu’il y ait des résultats. Les pays frugaux ont été entendus: chaque État pourra tirer la sonnette l’alarme s’il estime qu’un autre pays sort du deal qui était convenu.

Paradis fiscal et dettes privées

Cette attitude que certains qualifieront d’infantilisante est-elle justifiée ? Les premiers de classe sont-ils sans reproches ? D’abord, et c’est surtout vrai pour les Pays-Bas (également pour le Luxembourg), ils bénéficient de conditions fiscales très favorables pour les multinationales. Ce qui fait perdre un argent précieux à de nombreux États qui voient leurs fleurons expatrier leur siège au pays de la tulipe.

Selon l’ONG Tax Justice Network, cette perte des recettes s’évalue à 10 à 15 milliards d’euros chaque année pour l’ensemble des pays de l’UE au profit des Pays-Bas.

Autre revers de la médaille, les dettes privées traduisent une tout autre réalité. Selon l’Organisation de développement et de coopération économique (OCDE), la dette des ménages des pays frugaux dépasse 280 % du revenu disponible net au Danemark, 240 % aux Pays-Bas, 189 % en Suède et 148 % en Finlande. Les ménages italiens (87 %), grecs (106 %) et espagnols (107 %) sont cette fois dans la bonne partie du tableau.

OCDE

Fainéants les travailleurs des pays du sud ? S’il est vrai que le temps de carrière est bien plus important dans les pays du nord (un Suédois par exemple connaîtra en moyenne 41 ans de carrière contre 32 ans chez un Italien – carrière calculée à partir de 15 ans, ce qui peut mener à certaines distorsions), le classement du nombre d’heures effectuées par an traduit une autre réalité: 1.434 heures par an pour un Néerlandais contre 1.949 heures pour un Grec.

Rappelons enfin que les pays frugaux, qui sont souvent des pays exportateurs, bénéficient largement du marché intérieur et des pays du sud. C’est dans l’intérêt de tout le monde que chaque pays de l’UE se porte bien. Le compromis qui a finalement été trouvé mardi traduit aussi cette réalité.