Comment la présidentielle française risque d’éclipser le vote pour l’indépendance en Nouvelle-Calédonie

C’est probablement l’un des scrutins les plus observés dans le monde qui se prépare pour l’année à venir, et sera certainement le sujet de discussion de tous les Français autour de la table du réveillon. Mais l’élection présidentielle française risque bien de faire de l’ombre au vote d’autres Français : les habitants de Nouvelle-Calédonie, dont le référendum pour l’indépendance – le troisième – est prévu pour le 12 décembre prochain.

Depuis 1998 et les accords de Nouméa, l’île – annexée par la France en 1853 – bénéficiait d’une certaine autonomie, mais demeurait un territoire français d’outre-mer. Or, ces mêmes accords prévoyaient la tenue d’un débat sur l’indépendance qui aboutirait à un référendum entre 2014 et 2018. Si celui-ci aboutissait à une majorité de « non » à la question « Voulez-vous que la Nouvelle-Calédonie accède à la pleine souveraineté et devienne indépendante ? », deux autres référendums pouvaient encore être organisés sur le même enjeu.

La première consultation s’est tenue le 4 novembre 2018 et a abouti à un « non » pour 56,4 % des votants. Lors de la seconde, organisée le 4 octobre 2020, le « non » l’a également emporté, à 53,26 %. Le troisième, et dernier, est prévu pour les derniers jours de 2021.

Paris ne joue plus le jeu

Une date qui ne convient pas aux partis locaux, y compris indépendantistes, malgré leur progression dans les sondages, car ils craignent que la présidentielle française, prévue en avril 2022, n’interfère avec les débats. En 2019, le gouvernement français et les partis politiques de Nouvelle-Calédonie avaient justement convenu que le référendum ne devait pas avoir lieu à proximité des élections présidentielles pour cette raison. Or, en juin dernier, Paris a rompu cet accord et a fixé unilatéralement la date du référendum. Bien que la France en ait le pouvoir, cette décision va à l’encontre du fondement consensuel de l’accord de Nouméa, selon Rowena Dickins Morrison (chercheuse en sciences politiques), Adrian Muckle (enseigne l’histoire du Pacifique à la Victoria University of Wellington) et Benoît Trépied (anthropologue au Centre National de la Recherche Scientifique), tous les trois consignataires d’une opinion publiée dans le quotidien britannique The Guardian. Les partisans de l’indépendance ont demandé un report du scrutin à la fin de l’année 2022, mais le gouvernement n’a pas voulu l’accorder.

Une île encore sous le choc du Covid-19

Or, la Nouvelle-Calédonie se trouve dans une situation très précaire face au coronavirus, après une vague meurtrière en septembre dernier, la première à frapper l’île, qui a fait 276 morts. Or, le deuil est un rituel très codifié et très long pour les communautés kanakes, qui n’ont pas fini de pleurer leurs proches. « En invoquant l’amélioration de la situation sanitaire pour justifier sa décision de maintenir la date du référendum, la France fait preuve d’un manque de compréhension et de respect qui va à l’encontre d’un autre élément fondateur de l’accord de Nouméa : la reconnaissance de l’identité et de la coutume kanake » poursuit la lettre ouverte.

Cet entêtement de Paris aurait aussi, selon les signataires de cet article, une certaine motivation politique. Face à la possibilité, crédible avec un dernier score de 46%, d’une victoire des indépendantistes, le président français Emmanuel Macron aurait durci le ton, restant intransigeant sur la date du référendum pour contrecarrer leur campagne : « Les principaux adversaires de M. Macron devraient être issus de l’extrême droite, un électorat majoritairement favorable au maintien de la Nouvelle-Calédonie française. » Le président sortant pourrait ainsi rajouter le maintien de l’île dans le giron français au bilan de son mandat, alors que celle-ci semble essentielle à une présence française dans le Pacifique, entre le camouflet des accords Aukus et la montée en puissance d’une Chine qui lorgne sur les îles isolées du Pacifique.

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