Pourquoi l’Australie déploie des soldats et des policiers aux îles Salomon

L’archipel des Îles Salomon est en proie au chaos depuis trois jours, et le gouvernement a fait appel aux forces australiennes pour ramener le calme dans la capitale. Des troubles qui s’expliquent par des raisons de politique interne à cet État fédéral du Pacifique, mais aussi à ses relations avec la Chine et Taïwan. À tel point que le Premier ministre évoque une ingérence étrangère.

Depuis une paire de jours, l’archipel des Îles Salomon, un État souverain du Pacifique situé à l’est-sud-est de la Papouasie-Nouvelle-Guinée et membre du Commonwealth, est en proie au trouble et aux émeutes. La capitale Honiara est frappée par des troubles civils depuis mercredi, avec des manifestations, des pillages et des incendies de magasins et d’entreprises. Des milliers de manifestants sont descendus dans la rue pour demander la démission du Premier ministre Manasseh Sogavare et se sont rassemblés devant sa résidence, malgré la mise en place d’un couvre-feu de 36 heures.

Ce vendredi, l’Australie a annoncé le déploiement les forces spéciales de sa police dans le pays, ainsi que des troupes et une escouade de diplomates chargés de désamorcer la situation, et ce à la demande du Premier ministre salomonien.

Pillages et couvre-feu

Le gouverneur général de l’île (qui est toujours un royaume gouverné par Elisabeth II), David Vunagi, a déclaré une seconde période de couvre-feu entrant en vigueur dès ce vendredi de 19h à 6h du matin, et ce sans date de fin, alors que les violences reprennent dans la capitale, en particulier dans le Chinatown. Le gouvernement central a conseillé à tous les fonctionnaires de rester chez eux en raison des troubles, à l’exception des travailleurs essentiels, et a encouragé le personnel à s’assurer qu’il dispose de réserves de nourriture « en raison de l’incertitude de la situation actuelle. » Les correspondants locaux font état de pillages massifs des commerces, parfois menés avec des machettes à la main. Dans la capitale, ces violences se concentrent principalement dans l’ancien quartier chinois, où des incendies font rage. Les policiers australiens tenteraient de reprendre le contrôle du quartier depuis ce vendredi matin, heure locale.

Ces violences ont été provoquées tant par des enjeux internes aux Îles Salomon que par des questions géopolitiques, alors que la population est mise à cran par les mesures de confinement. Les manifestants réclament le respect du droit à l’auto-détermination des habitants de la province de Malaita, qui compte une des plus grandes îles de l’archipel et dont beaucoup sont originaires, ainsi que la reprise des plans de développement économique promis par le gouvernement central.

L’ombre du conflit entre Chine et Taïwan

Mais les choix de politique internationale du gouvernement central provoquent eux aussi la colère de la population salomonienne : la province de Malaita s’était opposée à la décision du gouvernement central des Salomon, en 2019, de couper les liens diplomatiques avec Taïwan afin d’établir une relation formelle avec la République populaire de Chine. Une décision sur laquelle le gouvernement ne veut pas revenir, accusant au passage des collusions étrangères de provoquer ces troubles dans l’archipel, selon M. Sogavare: « Je suis désolé pour mon peuple à Malaita parce qu’il été nourri de mensonges faux et délibérés. Ces mêmes pays qui influencent maintenant Malaita sont les pays qui ne veulent pas de liens avec la République populaire de Chine, et ils découragent les îles Salomon d’établir des relations diplomatiques et de se conformer au droit international et à la résolution des Nations unies. »

Les tensions croissantes entre Taipei et Pékin s’invitent régulièrement dans d’autres pays du Pacifique, avec une question cruciale : laquelle des deux Chine reconnaître comme un pays souverain ? La majorité des pays du monde ont opté pour la Chine rouge au détriment du dernier bastion du régime nationaliste, depuis devenu démocratique. Seulement 15 pays entretiennent des liens diplomatiques officiels avec Taïwan. Les deux derniers à avoir abandonné Taipei au profit de Pékin sont les îles Salomon et Kiribati, en septembre 2019. Taïwan s’accroche donc au moindre pays susceptible de lui offrir un peu de reconnaissance internationale, d’autant plus que les tensions montent entre les frères ennemis, de part et d’autre du détroit qui les sépare. Mais Taipei refuse de reconnaitre le moindre rôle dans les troubles que traversent les Îles Salomon.

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