Mines, diversification des sources d’approvisionnement, industrie du raffinage, recyclage de batteries : l’Europe veut s’affranchir de sa dépendance à la Chine, pour tout ce qui concerne les matières premières, comme les terres rares et le lithium. Un projet de loi est sur la table.
La pandémie et la crise des chaines d’approvisionnement ont mené les pays occidentaux à un constat : dépendre d’un seul (ou d’un petit nombre de) pays pour un type de ressources peut s’avérer être un danger pour l’économie. C’est vrai pour les puces électroniques et c’est également vrai pour les matières premières.
Pour les puces électroniques, l’Europe a mis sur pied le « Chips Act« , pour ramener la production « à la maison » et conquérir 20% du marché d’ici 2030. Un autre Act de la sorte est sur la table : le « Critical Raw Materials Act », pour s’affranchir de la dépendance en matières premières à la Chine. Particulièrement ciblés : le lithium et les terres rares, des éléments essentiels pour la transition énergétique (car nécessaires pour les batteries des véhicules électriques).
La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a annoncé ce plan mercredi, lors de son discours sur l’état de l’Union.
« Nous devons éviter de redevenir dépendants, comme nous l’avons fait avec le pétrole et le gaz. […] Nous identifierons des projets stratégiques tout au long de la chaîne d’approvisionnement, de l’extraction au raffinage, de la transformation au recyclage. Et nous constituerons des réserves stratégiques là où l’approvisionnement est menacé. C’est pourquoi j’annonce aujourd’hui une loi européenne sur les matières premières critiques », a indiqué von der Leyen, citée par Euractiv.
Terres rares et lithium : explosion de la demande
Pour les terres rares, la Chine est pointée du doigt, mais sans être nommée. Von der Leyen parle d’un pays qui domine le marché, et c’est effectivement la Chine. Le pays assure 90% de l’extraction minière mondiale. Les terres rares sont ainsi la matière pour laquelle la Commission voit le plus de risques.
« Le lithium et les terres rares seront bientôt plus importants que le pétrole et le gaz », a signalé la présidente de la Commission. La demande pour ces deux matières premières devrait en effet exploser dans les années à venir. Selon la Commission, elle devrait être multipliée par cinq d’ici 2030.
Comment l’Europe veut s’y prendre
Le projet de loi suit de près les mesures reprises dans le Chips Act, notamment sur le volet du financement. Des aides publiques pourraient être distribuées de manière plus simple, pour le secteur minier. Un nouveau fonds souverain spécifique pourrait aussi voir le jour.
L’Act ne se penche pas uniquement sur les mines : il vise également le raffinage des matières premières. Là aussi, la Chine règne en maîtresse : pour le lithium, par exemple, le pays mine 9% de l’offre mondiale, tandis que 60% du lithium y est raffiné. Ainsi, même si d’autres approvisionnements existent (Australie, Chili, Argentine principalement), l’Occident reste dépendant à la Chine. L’idée serait d’ouvrir des raffineries en Europe.
Les approvisionnements autres sont donc un élément central du projet de loi. Pour assurer ses approvisionnements, l’Europe se tourne vers le commerce avec des « démocraties qui sont dans le même état d’esprit » : le Chili, le Mexique, la Nouvelle-Zélande, l’Australie et l’Inde.
Complications
Il n’est pas encore connu dans quelles proportions le plan sera implémenté. Combien de minage local, combien de matériau brut importé, combien de matériau raffiné importé, combien de nouvelles usines de raffinage, combien de nouvelles mines, combien d’usines de recyclage?
Une récente étude a par exemple montré qu’il fallait 300 nouvelles mines dans le monde pour suivre la demande dans les années à venir. Le sol européen regorge de lithium, comme le montre cette étude de la société de recherches en géologie GeoERA. Mais son extraction, en Europe, coûteuse et polluante, n’a jamais vraiment été un projet. Elle pourrait être synonyme de destruction de zones habitées, comme c’est le cas à Cáceres en Espagne. Cependant, il existe aussi des projets d’extraction du lithium des eaux géothermiques, qui auraient moins d’impact sur l’environnement.
Ensuite, le lithium et les terres rares ne sont pas tout. Pour les batteries des véhicules électriques, il faut également du nickel. Ce métal n’est pas mentionné dans le discours de von der Leyen. Or, l’Europe est également dépendante d’un pays en particulier : la Russie.
La Russie est peut-être le plus grand producteur mondial, mais le pays avec les plus grandes réserves de nickel est l’Indonésie. Toutefois, cette dernière interdit les exportations de nickel brut, afin de développer tout le secteur en aval, de la mine jusqu’à la batterie. Verrait-on déjà poindre le prochain monopole du marché, et ainsi la prochaine dépendance?