Vladimir Potanine, l’oligarque du nickel qui échappe à toutes les sanctions: pourquoi, et qui est-il?

Riche, proche de Poutine, actif dans les métaux : Vladimir Potanine semble le candidat parfait pour les sanctions occidentales. Et pourtant, aucune n’a encore été prise à son encontre. Business Insider a dressé le portrait de l’homme d’affaires de 61 ans.

1) Un homme d’affaires

Il est l’homme le plus riche de Russie, du moins de manière officielle : sa fortune représente près de 25 milliards de dollars, note l’indice des milliardaires de Bloomberg. Au début de l’année elle était encore à 30 milliards de dollars. Les sanctions ont quelque peu dévalué ses avoirs.

Vladimir Potanine est actif dans le nickel et dans le palladium. Au sommet de Versailles, les dirigeants européens annonçaient vouloir imposer des sanctions sur le métal, mais elles semblaient principalement viser l’acier et le fer, dans un premier temps.

La Russie est un des principaux producteurs de nickel. Potanine est le CEO et actionnaire principal de Nornickel, la plus importante entreprise du secteur, à échelle mondiale. Elle exploite des mines à Norilsk, un ancien goulag qui est aujourd’hui la ville la plus polluée du monde. Elle est également un des principaux fournisseurs mondiaux de palladium. Ces deux métaux sont indispensables à la fabrication de batteries de voitures électriques et comme catalyseur pour les pots d’échappement. Les deux métaux sont montés en flèche sur les marchés. C’est peut-être une des raisons qui expliquent que ces métaux échappent pour l’heure aux sanctions, analyse le Wall Street Journal. En prolongeant cette hypothèse, on peut imaginer pourquoi le PDG Potanine n’est pas visé par les sanctions. Roman Abramovich, d’un autre côté, détient des parts de Nornickel, et a été sanctionné.

A côté du nickel, Potanine exploite également un conglomérat au nom d’Interros, qui a des participations dans l’immobilier, les mines, l’énergie et encore la pharmaceutique. Il a également été actif dans les finances : la banque cocrée par lui, Onexim, est vite devenue la plus importante banque de Russie après son lancement, au début des années 90.

2) Carrière politique

Vladimir Potanine a travaillé pendant huit ans au sein du ministère soviétique du Commerce extérieur, après ses études de Relations internationales.

Il a notamment été, en tant que privé, à l’initiative du programme « loans for shares », lancé en 1995, qui a permis à des riches et à des banques de mettre la main sur des parts dans les entreprises publiques qui exploitent les ressources du pays. Ces parts étaient mises en garantie pour des prêts qu’ils donnaient au gouvernement. Or, ce dernier ne pouvait pas toujours rembourser les prêts, et les parts allaient aux riches et aux banques. De nombreux oligarques sont passés par ce programme, (comme Potanine pour Nornickel), et détiennent aujourd’hui encore ces parts, qui font leur fortune et leur pouvoir.

Après le lancement de ce programme, juste après la réélection de Boris Elstine, Potanine a été nommé ministre de l’Energie et de l’Economie et vice-premier, et a exercé son mandat de mars 1996 à août 1997.

3) Un proche de Poutine

Potanine a été photographié à de nombreuses reprises avec Poutine, depuis les années 2000 au moins. Il est également proche de Medvedev, avec qui Poutine s’est échangé le mandat de Président et de Premier ministre à plusieurs reprises.

Les deux Vladimir partagent aussi une passion pour le ski. Pour les Jeux olympiques d’hiver, à Sotchi en 2014, Potanine a mis la main au portefeuille, et a financé des pistes de ski à hauteur de 2,5 milliards d’euros. L’idée lui est venue lors de vacances d’hiver passées avec Poutine, en Autriche, auparavant. Avoir des pistes de ski en Russie serait une question de patrimoine, indiquait-il en 2013. Plus tard, il a cependant reconnu ne pas avoir énormément de retours financiers des 80 kilomètres de pistes et différents centres sportifs qu’il avait financé.

Il est également un grand amateur de hockey sur glace, loisir pour lequel il lui arrive de croiser la crosse de l’autocrate Poutine.

4) Des goûts de luxe

De nombreux yachts d’oligarques russes sont saisis par l’Occident. Comme les autres oligarques, Potanine a un goût pour les superyachts. Un premier, du nom d’Anastasia et long de 75 mètres, a été vendu en 2018, pour 75 millions de dollars. Il en possède deux autres encore aujourd’hui, à savoir le Nirvana et le Barbara. Le dernier fait 88 mètres de long, a une piscine intérieure d’une profondeur de trois mètres et vaut 165 millions de dollars.

5) Un philanthrope

En 2010, il indiquait dans des interviews ne pas vouloir léguer son argent à ses enfants, mais à des oeuvres caritatives, pour leur éviter la pression de la richesse. « Mon capital doit travailler pour le bien de la société et continuer à travailler pour des objectifs sociaux », clamait-il.

Il a également créé une fondation en son nom, pour des projets de culture et d’éducation en Russie. Son don de 250 oeuvres artistiques russes et soviétiques au Centre Pompidou à Paris, en 2016, lui a valu la Légion d’honneur. Il était également membre de la Fondation Guggenheim, mais s’est retiré au début du mois de mars.

Il a également été le premier Russe à signer le Giving Pledge, une organisation charitable créée par l’ ex-couple Gates et Warren Buffett. Les signataires richissimes s’engagent à donner la majorité de leur fortune à la bonne cause.

Pas de sanctions

Malgré tous ces éléments, comme les liens avec Poutine ou le secteur d’activité, qui rapporte énormément d’argent (les revenus de Nornickel étaient par exemple de près de 18 milliards de dollars en 2021) à la Russie (et donc au financement de la guerre), Potanine a jusqu’alors échappé aux sanctions occidentales. La peur de l’Occident de ne plus avoir accès aux métaux élémentaires pour la transition énergétique, si elle sanctionnait l’oligarque, semble en tout cas être une piste raisonnable. Dans l’immédiat, et peut-être même à long terme, il semble compliqué de s’affranchir de cette dépendance aux métaux russes.

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