Comment Amazon et le secteur pharmaceutique menacent le livre et la BD

Depuis la reprise économique qui a suivi le grand pic de la pandémie de coronavirus, les pénurie se succèdent et ne se ressemblent pas. C’est cette fois le secteur de l’édition qui donne l’alerte : la matière première pour imprimer des livres et des bandes dessinées manque drastiquement. Car d’autres gros consommateurs passent avant les éditeurs.

Le papier consommé en Europe provient majoritairement des pays nordiques, mais les grands acteurs du secteur sont en crise, signale BFM Business. Le géant du papier finno-suédois Stora Enso s’apprête à céder quatre de ses cinq papeteries, arguant que que l’industrie papetière n’était « pas un domaine de croissance stratégique pour le groupe », et expliquant vouloir investir à présent dans des matériaux durables, le développement d’emballages renouvelables et de nouveaux biomatériaux.

Pendant ce temps, les ouvriers du groupe finlandais UPM, l’un des plus grands fabricants mondiaux de papier, sortent de 112 jours de grève pour protester contre leur situation salariale.

Le carton, plus costaud que le papier

Des crises sectorielles en série qui tarissent la principale source d’approvisionnement en papier de qualité, d’autant que le monde de l’édition n’est plus prioritaire dans les livraisons. De nombreux papetiers, dont le groupe UPM, délaissent en effet ce produit pour favoriser son produit dérivé, le carton, dont la demande est aussi en forte hausse, mais dont le marché s’avère bien plus rentable.

Un marché en plein boom grâce à l’explosion du commerce en ligne et du secteur de la livraison, tenu par des géants tels qu’Amazon, mais pas seulement. « Le problème, c’est le pharmaceutique », assène à BFM Business Philippe Bretagnolle, directeur commercial français pour l’imprimeur italien La Tipografica Varese. « Vu la quantité de ce que les firmes pharmaceutiques ont acheté comme papier pour emballer leurs médicaments, ça vaut plus le coup pour les papetiers de transformer le papier en emballage que de faire du papier pour faire du livre. Parce que ces gens-là l’achètent plus cher. »

Des retards qui s’accumulent dans l’édition

Conséquence : les éditions de livres et de bandes dessinées, deux secteurs très importants en France comme en Belgique, se retrouvent pour la plupart confrontés à de gros retards de livraisons, car elles n’ont généralement pas les réserves financières nécessaires pour payer leur papier dès la commande aux fournisseurs. Dans le monde de la BD franco-belge, seul Glénat, qui édite, entre autres, la version française du manga à très grand succès One Piece, mais aussi Titeuf, s’en sort, selon Philippe Bretagnolle. « Glénat a la chance d’avoir une trésorerie assez forte et de pouvoir payer tout de suite les papetiers, qui sont rassurés et qui les fournissent. Ça ne se fait pas rapidement, mais ils sont prioritaires. D’autres vont essayer de faire des commandes et comme ils ne vont pas payer tout de suite, mais à 45, 50 ou 60 jours, ils vont se retrouver avec des délais beaucoup plus longs. »

Pénuries à foison et prix en hausse

Des retards qui, à terme, pèsent sur les auteurs, alors que le processus de création d’une bande dessinée est à la fois très lent et incertain, et que les marges sont déjà fort réduites pour eux. Et d’autres prix montent aussi : celui de l’encre a augmenté de 12 à 15%, le transport coûte de plus en plus cher, et l’aluminium, qui sert à créer les plaques d’impression, est une victime collatérale de la guerre en Ukraine ; la Russie en était le principal fournisseur.

Or, face à cette pénurie, les éditions n’ont d’autre choix que d’augmenter les prix, au risque de perdre les lecteurs. En France, la hausse sera effective à partir du 1er juillet prochain.

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