Changement de ton rapide et surprenant du président de la Fed Jerome Powell: « La récession est certainement une possibilité »

Il y a une semaine, le président de la Réserve fédérale des Etats-Unis, Jerome Powell, balayait du revers de la main les estimations selon lesquelles l’économie pouvait tomber en récession. Ce mercredi, il dresse un tout autre tableau : la récession serait finalement « certainement possible ».

Sur le grill devant le Sénat américain mercredi, Jerome Powell défend sa politique monétaire, et sa mission première : réduire l’inflation. « À la Fed, nous comprenons les difficultés que cause une inflation élevée. Nous sommes fermement engagés à faire baisser l’inflation et nous agissons rapidement pour y parvenir », explique le président de la Fed devant la commission bancaire du Congrès, suivie par CNBC. « Nous avons à la fois les outils nécessaires et la détermination qu’il faudra pour rétablir la stabilité des prix au nom des familles et des entreprises américaines. »

Comme la semaine passée, le mercredi également, lors de la conférence de presse pour annoncer la hausse de 0,75 point de pour cent du taux d’intérêt, Powell ajoute que les conditions sont favorables à de fortes hausses des taux d’intérêt : la demande reste forte et le marché du travail aussi. Et comme la semaine passée, il est interpellé sur les risques de récession que pourrait contenir une hausse trop forte des taux.

Récession : de pas du tout….

Pour la sénatrice Elizabeth Warren (démocrate), la hausse des taux poussera l’économie vers la récession, sans freiner l’inflation. « Vous savez ce qui est pire qu’une inflation élevée et un faible taux de chômage, c’est une inflation élevée et une récession avec des millions de personnes sans emploi, et j’espère que vous reconsidérerez cela avant de jeter l’économie d’une falaise », lance-t-elle.

À la conférence de presse de la semaine dernière, suivie par Business AM, la quasi-totalité des journalistes présents posait également des questions sur le risque de récession, la manière dont la Fed l’évalue, et ainsi de suite. Mais Powell était catégorique : les annonces de récession qui se multiplient ces dernières semaines n’ont pas de fondement. Le marché du travail et la demande (minimisant au passage les outils qui calculent la perte de confiance des consommateurs et autres indicateurs de la demande) sont en assez bonne position de force pour éviter la récession. Le taux d’intérêt de 3,4%, prévu pour l’instant pour la fin de l’année, ne serait pas un taux qui provoque la récession.

… à « certainement possible »

Mais le vent semble en train de tourner. A l’interpellation de la sénatrice, Powell répond : « C’est certainement une possibilité (la récession, NDLR). Ce n’est pas du tout le résultat que nous visons, mais c’est certainement une possibilité, et franchement les événements de ces derniers mois dans le monde ont rendu plus difficile pour nous d’atteindre ce que nous voulons, c’est-à-dire une inflation de 2 % et un marché du travail encore solide. »

Il ajoute même que ce but, appelé un « atterrissage doux » (réduire l’inflation sans endommager l’économie), devient de plus en plus difficile. « C’est notre objectif. Cela va être un véritable défi. Il a été rendu nettement plus difficile par les événements de ces derniers mois, en pensant ici à la guerre et aux prix des matières premières et à de nouveaux problèmes avec les chaînes d’approvisionnement. La question de savoir si nous sommes capables d’accomplir cela va dépendre dans une certaine mesure de facteurs que nous ne contrôlons pas. »

Il ajoute encore que les hausses des taux n’auront pas d’impact sur l’envolée des prix du carburant et de la nourriture, qui sont les conséquences les plus douloureuses et qui touchent le plus de monde.

Qu’est-ce qui a changé? Après les annonces de la semaine dernière, de nombreux médias américains titraient que la Fed était en panique, perdue, prise de court, ou à côté de la plaque. Les différents acteurs économiques, comme les banques de Wall Street, ont tous revu à la hausse leurs estimations sur le risque de récession. Les questions étaient désormais: à partir de quand, et pour combien de temps.

On ne saura sans doute jamais ce qui a provoqué ce changement dans le discours du président de la banque centrale américaine, « l’homme le plus puissant des États-Unis, voire du monde, en ce moment », comme le décrit le sénateur républicain John Kennedy lors de cette audition prévue tous les six mois.

Mais une chose est sûre : les hausses des taux d’intérêt poursuivront bel et bien leur chemin. Reste à voir si la prochaine sera aussi élevée que la précédente.

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