‘C’est fini pour Ursula von der Leyen, qu’elle en soit consciente ou non’

Dans un article d’opinion virulent publié sur le site web du groupe de réflexion Oikos, l’expert norvégien en relations internationales Asle Toje s’en prend à la politique de vaccination de l’UE. La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, est particulièrement égratignée. ‘Le problème, c’est que Mme von der Leyen a insisté pour que ce soit son moment sous le feu des projecteurs, et non celui des ministres de la santé’, écrit-il. En plus d’être un expert international, Toje est membre du comité du prix Nobel de la paix, composé de cinq membres.

Les négociations sur le vaccin européen ont été menées personnellement par von der Leyen. Et ce n’est pas au goût de Toje.

Fifi Brindacier

‘Elle a qualifié cela de « success story européenne », avant même que l’histoire n’ait atteint son dernier chapitre, persuadée que le succès serait au rendez-vous. Les eurocrates se sont trop concentrés sur les prix, et pas assez sur la production et la logistique’, peut-on lire dans l’article d’opinion d’Asle Toje.

‘Le problème, c’est que Mme von der Leyen a insisté pour que ce soit son moment sous le feu des projecteurs. Comme Fifi Brindacier, elle a dit: « Je n’ai jamais essayé ça avant, alors je suis sûre que je peux le faire! »’

Capacités de production

‘Le pire, c’est que l’UE n’avait apparemment aucun plan d’expansion des capacités de production, ce que les bureaucraties britannique et américaine ont réussi à faire’, explique Toje. ‘Le fait que l’UE n’ait même pas essayé a entraîné des complications à long terme.’

Von der Leyen a admis que des erreurs avaient été commises. Mais elle l’a fait ‘sans mentionner en quoi consistaient ces erreurs ni qui les avaient commises’, souligne-t-il.

‘En novembre, l’UE a proposé une nouvelle « stratégie », qui concernait le secteur pharmaceutique européen. Elle était, bien sûr, pleine de belles paroles, mais dans la pratique, les choses sont différentes désormais. Seulement 17% de la population de l’UE a reçu une première dose d’un vaccin contre le Covid-19, contre 50% au Royaume-Uni et 40% aux États-Unis. 971.000 Européens sont morts du Covid-19 à ce jour’, déplore l’expert norvégien.

Infections dans les communautés de migrants

Selon Toje, qui n’hésite pas à aborder des questions très controversées, il existe de nombreuses raisons pour lesquelles la ‘nouvelle Europe’ n’a pas été en mesure de s’attaquer aux problèmes comme l’ont fait les États-nations dans d’autres parties du monde. La première est la migration.

‘Nous constatons que l’infection a trouvé sa boîte de Petri dans les communautés de migrants en Europe. Le taux de participation aux mesures de lutte contre les infections a été bien trop faible.’

‘C’est un sujet sensible. Il est également, pour des raisons évidentes, inapproprié de pointer du doigt ces minorités, d’en faire le bouc émissaire de la crise. Les extrémistes de droite en Europe cherchent depuis longtemps à associer les migrants à la maladie afin de susciter la méfiance. Malgré cela, l’enquête sur les lacunes dans la gestion politique du Covid-19 ne peut ignorer ce qui a réellement mal tourné. On sait à quel point il est difficile de résoudre des problèmes qui ne sont pas reconnus’, rappelle-t-il.

Toje fait aussi référence à une étude de l’Association médicale norvégienne. Celle-ci montre que plus le taux d’immigration est élevé dans certains quartiers d’Oslo, plus le risque d’infection est important. Bien que le statut socio-économiques des habitants et le surpeuplement aient eu un rôle, les différences culturelles sont également qualifiées de facteur important.

‘Pour être prêt à se sacrifier pour la société, il faut aussi se considérer comme faisant partie de cette société. Le Covid-19 a montré le problème d’une forte immigration/faible intégration (l’approche privilégiée par l’UE): sans culture commune, il est difficile de pousser les gens à adhérer au service public’, analyse Toje.

La fin de von der Leyen

Ursula von der Leyen? Elle est finie, qu’elle en soit consciente ou non. ‘The Economist a souligné dans sa page éditoriale qu’aucun ministre, dans aucun pays, ne survivrait à la responsabilité personnelle d’une gaffe de ce calibre. Une bévue qui a coûté des milliers de vies, ainsi que des milliards de livres en frais. Le magazine, qui affirme que c’est grâce à l’UE que le soleil se lève le matin, a été à deux doigts d’appeler à la démission de la présidente de la Commission’.

On peut être certain d’une chose: Mme von der Leyen ne remportera jamais le prix Nobel de la paix, ni celui de médecine.

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