De nombreuses réformes structurelles ne coûtent pas d’argent

On a vu des déclarations remarquablement dures sur la nécessité de réformer ces derniers jours. Cependant, la réalité est qu’il n’y a pas d’argent pour des mesures coûteuses telles qu’une réduction marquée de la charge fiscale sur le travail. Heureusement, il y a aussi beaucoup de réformes nécessaires qui ne coûtent pas d’argent, et qui peuvent même en rapporter à long terme. 

Ces dernières semaines, plusieurs partis de la majorité ont dévoilé des projets de réformes sérieuses. Il reste à voir si elles se concrétiseront réellement, mais la nécessité de telles réformes est de plus en plus grande. Selon l’OCDE, nous sommes confrontés à une croissance économique potentielle d’à peine 0,8 % par an dans les années à venir. C’est trop peu pour maintenir notre État-providence à flot sous la pression croissante d’une population vieillissante. Il y a aussi, bien sûr, l’état précaire de nos finances publiques.

D’ici 2023, nos gouvernements devraient accuser un déficit budgétaire total d’environ 6 % du PIB (soit 34 milliards d’euros). Ce déficit est insoutenable à long terme, et il n’existe aujourd’hui aucun plan crédible pour l’éliminer. En tout état de cause, il n’y aura pas d’espace fiscal dans les années à venir pour financer toutes sortes de dépenses supplémentaires ou de plans grandioses. 

Les grandes réformes, comme la réduction sensible de la pression fiscale sur le travail ou le nécessaire rattrapage des investissements publics, coûteront évidemment très cher. Cela représente rapidement des milliards, de l’argent qui n’existe pas et qui sera difficile à trouver dans les années à venir. Il est certain que la politique devra se concentrer sur les réformes structurelles nécessaires qui ne coûtent pas d’argent, et qui ne font que gagner de l’argent à long terme. Heureusement, il existe de nombreuses options dans ce domaine. Vous trouverez ci-dessous un top 5 (sans ordre particulier) des réformes nécessaires qui ne coûtent rien :

1. Plus de flexibilité sur le marché du travail

La flexibilité du marché du travail belge est relativement faible. Les régimes de travail atypiques tels que le travail en équipe, le travail de nuit ou le travail de week-end sont remarquablement rares ici par rapport au reste de l’Europe. Cela est principalement dû à la réglementation stricte et à ses conditions, qui rendent souvent impossible l’organisation de ce type d’emplois ici. En outre, il est difficile de combiner travail et avantages sociaux. Sur la base des expériences menées dans d’autres pays, il devrait toujours être possible pour le grand groupe de personnes inactives en Belgique, qui ne sont peut-être pas en mesure de travailler à temps plein, de travailler au moins partiellement. Mais alors ce travail devrait pouvoir être combiné avec des prestations partielles. Aujourd’hui, en Belgique, près de 2 millions de personnes âgées de 20 à 64 ans ne travaillent pas, la plupart d’entre elles (1,7 million) ne se proposant même pas sur le marché du travail. Pour avoir une chance d’activer encore une proportion raisonnable de ces personnes, il faut permettre une flexibilité beaucoup plus grande du marché du travail, tant pour les employeurs que pour les employés.  

2. Des pensions abordables

Le vieillissement exerce une pression supplémentaire sur nos finances publiques déjà chancelantes. Le gouvernement risque ainsi d’être confronté à des choix de plus en plus difficiles dans les années à venir. Un facteur clé à cet égard est la facture croissante des pensions. D’ici 2045, notre gouvernement devra dépenser chaque année 15 milliards supplémentaires (en euros d’aujourd’hui) pour les retraites. Le gouvernement actuel a jusqu’à présent aggravé cette future facture. Une réforme sérieuse des retraites est imminente, notamment pour éviter que cette facture supplémentaire ne se fasse au détriment de dépenses publiques plus productives. Il s’agit de se concentrer sur la maîtrise de la croissance des dépenses futures. Cela peut se faire en adaptant les pensions de la fonction publique, encore très généreuses (par rapport aux autres systèmes), et en rationalisant les périodes d’exemption. Aujourd’hui, un tiers des droits à pension dans le secteur privé sont accumulés au cours de ces périodes où les personnes ne travaillent pas mais continuent d’accumuler des droits. 

3. Travailler plus longtemps

Nous continuons à prendre une retraite relativement précoce en Belgique. L’âge effectif moyen de la retraite, 60,5 ans, est l’un des plus bas parmi les pays industrialisés. À peine plus de la moitié des personnes âgées de 55 à 64 ans travaillent encore. Si nous parvenions à maintenir ces personnes âgées au travail plus longtemps, comme en Suède, par exemple (où 77 % des personnes âgées de 55 à 64 ans travaillent), notre taux d’emploi global serait supérieur de cinq points de pourcentage (75,8 % contre 70,6 % actuellement). En d’autres termes, le fait de maintenir les gens au travail plus longtemps comblerait plus de la moitié de notre écart par rapport à l’objectif de 80 %. Dans cette optique, le gouvernement Michel avait décidé de porter l’âge de la retraite à 67 ans d’ici à 2030, mais cela ne suffit pas en soi. En outre, les pensions et autres avantages doivent également être adaptés de manière à ne plus encourager financièrement les départs en retraite anticipée, le lien entre les salaires et l’ancienneté (qui rend les travailleurs âgés trop chers) doit être rompu, des efforts beaucoup plus importants doivent être consentis en matière de formation, y compris pour les travailleurs âgés, et une plus grande flexibilité doit à nouveau être possible dans l’organisation du travail de ces travailleurs âgés. 

4. Une éducation performante

Selon la quasi-totalité des comparaisons internationales, notre système éducatif continue de décliner. En conséquence, nous risquons de perdre l’un des principaux atouts de notre économie, à savoir une main-d’œuvre hautement qualifiée et productive. La réaction facile à cela est de réclamer davantage de ressources pour l’éducation, mais nous avons déjà aujourd’hui des dépenses publiques pour l’éducation parmi les plus élevées d’Europe. Il s’agit bien plus d’utiliser plus efficacement les ressources consacrées à l’éducation et de concevoir des réformes axées sur une éducation de meilleure qualité. Cela implique une plus grande autonomie/flexibilité pour les conseils scolaires, la revalorisation des matières techniques, une politique moderne des ressources humaines dans l’éducation, une réduction de la charge de planification et une plus grande concentration sur l’enseignement, une plus grande flexibilité pour les enseignants, une concentration encore plus grande sur les STIM, une plus grande attention à l’esprit d’entreprise,…

5. Une politique d’octroi de licences plus efficace et plus sûre sur le plan juridique

Malgré l’attention portée à la politique d’autorisation ces dernières années, l’obtention des autorisations nécessaires pour les grands travaux d’infrastructure ou pour les projets d’énergie renouvelable est rarement un processus sans heurts. Les procédures longues et incertaines rendent les investissements plus difficiles qu’ils ne pourraient l’être, ce qui entrave notre potentiel économique. D’autres réformes visant à faciliter l’octroi des permis, à réduire la durée des procédures d’appel et à promouvoir la sécurité juridique tout au long du processus restent nécessaires. 


L’auteur Bart Van Craeynest est économiste en chef au Voka et auteur du livre « Terug naar de feiten ».

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