Les pensions s’ajoutent à la liste des dossiers explosifs pour la Vivaldi : la fin d’année sera très intense

« Un abus de confiance », tant sur la méthode que sur les propositions sur le fond, a laissé entendre le PS. Les socialistes n’ont pas apprécié la sortie du Premier ministre sur les retraites, vendredi dernier. Mais le gouvernement fédéral est mis sous pression par la Commission européenne : l’UE lie le versement de l’argent du plan de relance aux réformes structurelles nécessaires. La réforme de l’été dernier a été jugée largement insuffisante, voire contreproductive : elle devrait coûter plus cher à l’avenir, alors que le but recherché était de rendre le système des retraites plus soutenable.

  • Si la Belgique ne veut pas perdre une première tranche de 900 millions d’euros, la Commission doit obtenir une réponse décente de la Vivaldi. Les partenaires de la coalition avaient pensé qu’Alexander De Croo (Open VLD) fixerait un « périmètre », une certaine somme, qui pourrait être communiquée à la Commission dès maintenant. Ce n’est que plus tard, par exemple lors de l’examen du budget en mars, qu’elle deviendrait concrète. Le PS s’était déjà montré très ferme à l’égard de cette manne financière européenne : « S’il le faut, nous le ferons sans », avait déclaré Paul Magnette (PS), pour ne pas subir le « chantage » de la Commission.
  • Mais De Croo a surpris tout le monde en mettant sur la table toute une liste de mesures. Le PS, mais aussi les Verts, toute la gauche en fait, se sont étouffés dans leur café, face à un plan qu’ils jugeaient trop libéral. Même si, il faut bien le dire, il s’agit en fait d’une série de petites mesures, et non d’une réforme gigantesque.
    • D’abord, le bonus de pension pour les personnes qui continuent à travailler plus longtemps après la retraite serait plafonné, pour ne concerner que les personnes gagnant jusqu’à 4.000 euros bruts, c’est-à-dire les revenus les plus faibles. Sur ce point précis, tous les partenaires seraient d’accord. Inutile de verser cette prime à des personnes pour lesquelles cela n’a pas d’effet incitatif.
    • Le Premier ministre entre ensuite dans le vif du sujet en s’attaquant à la « péréquation » des pensions des fonctionnaires : il s’agit du fait que les pensions augmentent en fonction des salaires réels, qui eux sont rehaussés par l’indexation automatique. Ceci est particulièrement pertinent pour les enseignants flamands : ils ont reçu un supplément substantiel ces dernières années. Les enseignants retraités connaîtraient donc également une augmentation conséquente, ce que les libéraux ne veulent pas. Pas plus tard qu’en octobre, le PS avait balayé cette idée.
    • Mais De Croo veut aussi taxer plus lourdement les retraites complémentaires : le deuxième pilier ne devrait plus payer 3 % de cotisations sociales, mais 6 %. Ce qui est trop peu pour l’aile gauche de la Vivaldi.

Il y a plus : ces propositions seraient insuffisantes pour satisfaire les demandes européennes.

  • Aussi sur le plan de travail : l’âge de la retraite du personnel de la SNCB et des militaires a été évoqué, ainsi que pour les magistrats ou le personnel académique : le Premier ministre veut les supprimer tous ces régimes favorables.
  • Encore plus symbolique pour les socialistes, une autre option serait d’annuler la dernière tranche de l’augmentation de la pension minimale. Il avait été décidé, sous la pression du PS, d’augmenter les pensions les plus basses, en 2021, 2022, 2023 et 2024. L’augmentation de 2024 doit normalement se faire à hauteur de 2,65%. Si on sautait cette tranche, cela représenterait un impact de 0,5% du PIB sur le coût du vieillissement à l’horizon 2070.
  • Dès lors, il n’est pas surprenant que le plan de De Croo ait été particulièrement mal accueilli par le PS. Leur ministre des Pensions, Karine Lalieux (PS), n’a même pas été impliquée dans les discussions. Pour la bonne raison que le PS, qui a obtenu son principal trophée en début de législature, avec la pension minimum, n’est pas forcément demandeur de plus. La ministre souhaite juste retoucher un peu sa réforme des pensions de l’été, pour qu’elle devienne « neutre budgétairement ». Cela ne fera pas plaisir à la Commission européenne, mais l’argument pour ne pas débourser les 900 millions d’euros destinés à la relance disparaîtra.
  • « La proposition du Premier ministre ne peut pas être une base pour entamer des négociations », ont indiqué au Soir plusieurs sources à gauche. « Alexander De Croo ne s’est pas comporté comme un Premier ministre, mais comme le leader de la droite », a laissé entendre un socialiste.
  • Voilà qui mène la Vivaldi dans une impasse, avec un autre dossier explosif sous le bras, avec celui du nucléaire ou plus récemment des sans-abris. Le PS, blessé par des scandales de corruption, ne veut pas bouger d’un millimètre sur un dossier pourtant crucial pour assainir les finances publiques, mais aussi pour garder foi en la pérennité des retraites.
  • Sans réformes supplémentaires, la Vivaldi risque de s’éteindre comme une bougie. Mais un Premier ministre issu du septième parti n’est pas à la hauteur de la force du PS. Surtout quand celui-ci s’englue dans une affaire interne qui touche à sa crédibilité dans les chiffres budgétaires, avec l’affaire De Bleeker.

À l’agenda : le gouvernement fédéral a encore une semaine intense devant lui.

  • Car un dossier-clé doit aboutir d’ici à la fin de l’année : les négociations avec Engie autour du nucléaire. Le but reste de maintenir les deux réacteurs Doel 4 et Tihange 3 en activité pour dix années supplémentaires. Certains partenaires de la coalition poussent encore pour en prolonger plus.
  • Tout le monde retient son souffle : le Premier ministre De Croo a lui-même fixé cette date butoir, et la défend avec force. Mais les contours de l’accord sont un secret bien gardé : personne au sein du kern ne connait l’état d’avancement des négociations.
  • Ce qui est clair cependant, c’est que les futurs accords au sein de cette majorité auront bien du mal à exister. L’ambiance au sein de l’équipe est tombée en dessous de zéro. Un autre exemple ? Le vice-premier ministre de l’Open Vld, Vincent Van Quickenborne, a annoncé un accord concernant la publicité pour les jeux et paris en ligne, qu’il va fortement restreindre. Le libéral a parlé d’un « accord historique et sans précédent », mais la douche froide a été servie par le MR de Georges-Louis Bouchez : non, il n’y aurait pas d’accord.
  • L’Open Vld a tenu bon : « Il y a un accord jusqu’au dernier centimètre », a déclaré le Seize, en soutien à Van Quickenborne, qui a lui-même parlé de « mafia des jeux » dans son annonce initiale.
  • À propos du dossier des pensions, l’opposition a tiré à boulets rouges. Dans l’émission De Zevende Dag, le président de la N-VA, Bart De Wever, s’est emporté : « Si vous faites des propositions, et que vous les soumettez immédiatement à la presse, alors vous n’avez aucune chance d’aboutir. Ce qui veut dire que vous êtes plus préoccupé par l’image que vous voulez renvoyer. »
  • Quoi qu’il en soit, qu’il y ait désormais une percée autour des retraites semble impensable. Or, c’est précisément ce que demande la Commission européenne. Perdre une première tranche de 900 millions serait un énorme embarras pour la Vivaldi.
  • Dans ces circonstances, il paraît très difficile de trouver le calme nécessaire pour permettre une percée dans un autre dossier crucial : la réforme fiscale. Le vice-premier ministre et ministre des Finances, Vincent Van Peteghem (CD&V), a ses plans qui sont prêts, mais attend un moment plus « calme » pour pouvoir les présenter. Le problème est qu’il a promis de présenter ses plans avant la fin de l’année, lui aussi. Or, à partir de vendredi, la rue de la Loi deviendra très calme, à l’approche des vacances de Noël. (Mise à jour : le ministre des Finances vient d’annoncer ce lundi en commission que la réforme ne serait finalement pas présentée avant l’exercice budgétaire, en mars 2023).
  • Last but not least : l’ensemble du dossier budgétaire reviendra au devant de l’actualité cette semaine : les débats sur le contenu attendent le Premier ministre à la Chambre. Et, bien sûr, l’opposition tentera de savoir si la responsabilité politique d’Alexander De Croo est engagée, autour des ajustements budgétaires liés à la réduction de la TVA sur le gaz et l’électricité. Le magazine Knack a dévoilé de nouvelles informations ce week-end : dans les canaux officiels, aucun signe d’une remarque chiffrée entre les cabinets du Premier ministre et de l’ancienne secrétaire d’État au Budget. C’est pourtant par ce biais, et non via les messages WhatsApp, qu’Alexander De Croo aurait fait part de ses réajustements budgétaires, qui n’auraient pas été entendus par De Bleeker. Du moins, c’est la ligne de défense du Premier ministre pour expliquer « l’erreur matérielle » de sa collègue de parti. Dans tous les cas, avec ces fuites à répétition, l’ambiance est très loin de la fête de Noël au sein de l’Open VLD.

Le dossier le plus sensible : la crise des sans-abri continue à faire des vagues.

  • Spectacle un peu étrange : le parti d’opposition francophone Les Engagés (anciennement cdH) est allé passer une nuit sous tentes dans le centre de Bruxelles. L’objectif : protester contre l’approche de la Vivaldi en matière d’asile. Ils ne l’ont pas fait devant le bureau de la secrétaire d’État compétente, Nicole de Moor (cd&v), qui est aussi une chrétienne-démocrate, mais devant les bâtiments de l’Open Vld. Des photos prises dans la rue Melsens montrent le parti francophone aux portes des libéraux.
  • Tôt ce matin, le président de l’Open Vld, Egbert Lachaert, est allé faire le guet : aucune tente n’a été aperçue devant son siège, a-t-il rapporté sur Twitter. « C’était une action courte, alors ? », a-t-il sèchement ironisé. Quelques minutes plus tard, Les Engagés se sont tout de même présentés, et l’Open Vld leur a alors offert un café. Dans le même temps, le président des libéraux a qualifié cette action « d’inutile », car « celui qui veut, peut trouver une place d’accueil ces dernières semaines ».
  • C’est également la ligne de défense que de Moor a maintenue ce week-end : elle a souligné qu’il y avait encore des places disponibles dans les centres d’hébergement de nuit, « mais il faut que les gens aient envie d’y aller », a-t-elle déclaré.
  • Sur le fond, Les Engagés, à l’instar des partis gouvernementaux Ecolo et PS, préconise un grand cycle de régularisation pour résoudre « structurellement » le problème de l’asile. De Moor, ainsi qu’Open Vld, ne veulent pas en entendre parler. « En fait, ils veulent que tout le monde obtienne l’asile et des papiers : nous n’allons pas faire ça. Car ensuite, beaucoup plus viendront camper ici. Ça ne ferait qu’empirer les choses », a tweeté Lachaert en prenant son café avec Les Engagés.
  • Cependant, tout n’est pas rose entre l’Open Vld et De Moor. Pour ce week-end, la secrétaire d’État s’en est également prise ouvertement à certaines villes flamandes comme Malines et Louvain, qui feraient trop peu d’efforts pour accueillir les demandeurs d’asile.
  • Depuis Malines, Bart Somers (Open Vld), ministre flamand, mais surtout homme fort de la coalition, a réagi avec consternation : « Je ne comprends pas du tout ce qui pousse De Moor à s’en prendre à des villes solidaires comme Malines ou Louvain, qui ont des antécédents en matière de réfugiés ? Au lieu d’unir, une telle sortie frustre l’engagement local », a-t-il fait valoir. Ce faisant, il a montré qu’avec des chiffres en main que Malines, après Anvers (6 501) et Gand (1 220), fait manifestement beaucoup plus que d’autres villes, avec 1.059 réfugiés ukrainiens.

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