Bart De Wever (N-VA): ‘La Belgique devient un pays mort-vivant’

Bart De Wever a accordé une interview à Newsweek Belgique. Le président de la N-VA y dresse une analyse assez rude, qui va bien au-delà du simple choix entre la bourguignonne ou l’arc-en-ciel. C’est le retour du communautaire au premier plan.

En filigrane: Bart De Wever revient sur l’année 2019 et met les choses au point. Il parle ‘d’espoir’ quand il regarde sa majorité à Anvers ou celle du gouvernement flamand, mais de ‘désespoir’ en ce qui concerne le fédéral. Pour lui, plus de doute, ‘le pays est mûr pour l’abattoir. Un pays mort-vivant: tout le monde se rend compte que notre système politique est en train de mourir’. Le président des nationalistes se réfère aussi aux différentes conversations qu’il a pu avoir ces dernières semaines au-delà de la frontière linguistique: ‘Quand on leur parle en privé, je n’ai jamais vu au cours de mes quinze années (en politique) un désespoir si grand, c’est l’année du désespoir. Les gens ne perçoivent plus cet espoir. Il n’y a plus de solution en vue’.

En détail: Bart De Wever démontre son raisonnement à l’aide de plusieurs exemples.

  • Sur l’arc-en-ciel: ‘Même les mauvaises solutions ne sont plus accessibles. Sur le long terme, les gens seront satisfaits d’avoir un gouvernement qui sera simplement converti de nongoverno à malgoverno. C’est apparemment le mieux que l’on puisse atteindre ici en Belgique’.
  • Toujours sur l’arc-en-ciel: ‘La partition était prête, mais le train n’est pas parti. Car il n’avait pas suffisamment d’élan. Ils disaient: ‘Il faut sans doute attacher un autre wagon, mais il n’est jamais arrivé.’ Et d’ajouter: ‘J’ai l’impression qu’on faisait déjà la fête dans beaucoup de ces wagons. Et depuis, chaque jour qui passe fait s’échapper cette histoire plus qu’il ne la rapproche’.
  • Sur la bourguignonne: ‘Cela signifie que la N-VA et le PS doivent être liés l’un à l’autre. Et il est clair que ces partis n’ont rien à voir entre eux sur le plan socio-économique, la sécurité ou en termes de migration.’
  • Toujours sur la bourguignonne: ‘Le seul domaine où l’on pourrait théoriquement se retrouver, quoi qu’on en dise, c’est le communautaire. Mais le PS n’a pas préparé ça. Elio Di Rupo a voulu l’éviter à tout prix. Ce qui signifie qu’ils ne sont pas prêts à le faire. Et que ce n’est pas possible pour le moment.’
  • Et donc? ‘C’est le seul point pour lequel N-VA et PS se ressemblent beaucoup plus que vous ne le pensez: l’ambition d’être le premier parti dans sa Région. Nous sommes tout aussi difficiles pour eux qu’ils ne le sont pour nous. Une Belgique dans laquelle nous n’existons plus, c’est l’idéal pour eux. Et c’est exactement la même chose pour nous.’

Entre les lignes: On sait que Bart De Wever n’est pas par nature la gaieté même. Mais celui qui lit bien observera que le président des nationalistes ne voit pas vraiment de solution. Au contraire, il parle même ‘d’implosion du système’.

  • ‘En 2014, les partis traditionnels de la circonscription d’Anvers n’avaient plus de majorité. Dans toutes les autres circonscriptions flamandes, c’était le cas. En 2019, les partis traditionnels ne sont plus majoritaires dans aucune circonscription flamande. À Anvers, même avec Groen, ils ne le sont plus. Dans les autres circonscriptions, c’est encore le cas. Vous devinerez donc la suite…’ Bart De Wever fait référence au CD&V, à l’Open VLD et au SP.A.
  • ‘Que se passera-t-il ensuite? Les partis anti-système, tels que le Vlaams Belang et le PVDA (PTB), seront les plus importants et de loin. Ensuite vous avez la N-VA qui se situe entre le système et l’anti-système. Est-ce le futur qu’ils veulent? Est-ce la direction dans laquelle les gens veulent aller?
  • ‘Si nous ne sommes pas prêts à faire cette transformation nécessaire dès maintenant, on devra le faire d’une autre manière en 2024. Chaque mot à son importance, n’est-ce pas? Cette transformation doit être faite de manière ordonnée.’
  • ‘Je suis inquiet. Inquiet d’un État que personne ne peut contrôler. Si les gens aiment vraiment ce pays, alors ils doivent rester éveillés. Ils ne doivent pas entrer dans un arc-en-ciel qui nous rapprochera de cette histoire (un pays ingouvernable) de manière tangible’

La grande question? De Wever met les points sur les i: il veut une ‘transformation’ définitive. Comprendre: une grande réforme de l’État, même s’il ne prononce pas ce mot explicitement, ce qui n’est évidemment pas le fruit du hasard. On en revient à ce bon vieux dilemme de la N-VA: si le gouvernement n’opère pas une politique socio-économique de droite (et ce ne sera pas le cas avec les socialistes), alors il faut une réforme de l’État. Mais pourra-t-on vraiment lui accorder? Les francophones sont-ils prêts à aller si loin? Bart De Wever a répondu à sa question: le PS n’est pas prêt.

Egalement intéressant, Bar De Wever nous parle aussi de la division au sein de son parti et du rôle de Theo Francken.

  • À propos de la discorde: ‘Je vois aussi les gens qui disent dans la presse: ‘Il y a deux camps au niveau de la N-VA fédérale. Les puristes et les participationnistes, qui veulent faire partie d’un gouvernement (…)’. C’est une contradiction qui, à vrai dire, n’existe pas au sein de la N-VA’. Les nationalistes ne veulent pas aller à tout prix dans un gouvernement fédéral. Beaucoup l’auront déjà compris.
  • À propos de Francken qui veut faire partie d’un gouvernement mais qui n’est pas voulu/apprécié par les autres partenaires: ‘Ce n’est tout simplement pas juste. Les formules qu’il propose sont des formules honorables. Mais elles sont liées à des conditions qui sont loin d’être remplies. Donc le problème ne se pose pas.’
  • Mais sur sa communication? ‘Ce qui est vrai c’est que Theo est un homme politique d’une nouvelle génération. Il a son style. Et ce style provoque de la résistance, je ne peux pas le nier. Mais je l’aime bien et je le vois aussi volontiers. Être constamment en ligne et répondre à tout n’est par contre pas mon style. Ce n’est pas ma tasse de thé. C’est un style plus américain.’

Quelques citations frappantes:

  • À propos des médias: ‘Si je dois parler avec le cœur: je pense que c’est d’un triste niveau. Personne ne fait de meta-analyse’.
  • À propos de la fonction de Premier ministre: ‘Mon nec plus ultra, c’est que ce pays doit subir une transformation. Si je peux y contribuer alors je le ferai, et le poste qui sert à cette fin peut m’être proposé.’
  • Sur Gwendolyn Rutten, présidente décriée de l’Open VLD: ‘Si une personne marche de manière aveugle vers une position, qu’elle oublie son propre programme, qu’elle oublie le gouvernement flamand… et oublie même de discuter avec un collègue qui vous pousse ensuite par dessus bord, c’est que cette personne est sans doute allée un peu trop vite. Je pense ensuite que cela ne témoigne pas d’un leadership très clair. Et que ce n’est enfin pas bon pour le parti que vous présidez.’

En conclusion: les chances de voir une bourguignonne aboutir n’ont certainement pas augmenté après cette interview. Mais beaucoup ne croient de toute façon pas en la volonté de la N-VA de monter au fédéral. Le désir de voir la Belgique subir ‘une transformation’ est par contre beaucoup plus clair dans la bouche de Bart De Wever.

Il reste aux autres partis à décider: soit l’arc-en-ciel, soit une coalition – Vivaldi – qui repartirait du centre comme le veulent les deux informateurs Georges-Louis Bouchez (MR) et Joachim Coens (CD&V). Mais si cela se fait sans la N-VA, les autres partis sont prévenus: ce sera une crise du système avec une demande de réforme de l’État à la clé.

Vous pouvez voir l’interview complète (en néerlandais) sur le site de Newsweek.

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