« Avec le bitcoin, je combats le dernier privilège des riches : l’inculture financière généralisée »

Pendant toute l’année, Christophe De Beukelaer (Les Engagés) a converti l’intégralité de son salaire en bitcoin. À l’heure du bilan, alors que le BTC a perdu deux tiers de sa valeur, le parlementaire bruxellois éprouve le sentiment d’une mission politique accomplie.

Pourquoi est-ce important ?

Devenu en janvier 2022 le premier mandataire en Europe payé en cryptomonnaies, le jeune député entendait démontrer la confiance que l'on peut accorder à ces « technologies révolutionnaires ». Il espérait aussi convaincre les acteurs économiques et politiques d'enfin s'intéresser sérieusement à la crypto, lui-même persuadé de ses atouts inestimables (accessibilité, transparence, souveraineté). Enfin, il voulait encore susciter une profonde réflexion sur notre société et les enjeux liés aux nouveaux outils comme le bitcoin. Au terme de son expérience et malgré le chaos frappant l'industrie crypto, Christophe De Beukelaer expose des convictions renforcées.

Faites ce qu’il dit, pas ce qu’il fait ! Le parlementaire bruxellois dissuade les citoyens de convertir chaque mois leur salaire en bitcoin comme lui l’a fait durant toute l’année. Il ne s’agissait pas d’un conseil financier à reproduire chez soi mais bien d’un acte politique. Pour attirer l’attention, évidemment. Et surtout pousser la réflexion sur notre système actuel au futur incertain.

  • « La finance est malade. Pour plein de raisons. Énormément de personnes dans le monde ne sont pas ou plus bancarisées. En Belgique, seuls quelques pourcents de la population participent directement aux marchés financiers. L’inflation galopante, le Covid qui a exhibé la déconnexion entre les marchés et l’économie réelle », énumère sans effort Christophe De Beukelaer.

Face au constat d’une finance injuste, le député regrette les réactions sans nuance des deux grandes forces politiques : la gauche qui combat l’argent et essaie constamment de mettre des bâtons dans les roues de la finance, et la droite qui laisse faire en toute complaisance, étant du bon côté de la barrière. En tant que centriste et humaniste, le député veut rendre cette finance plus juste.

  • « La finance est le sang de l’économie, j’aspire à démocratiser cette force davantage et la mettre au service de la société. La finance est un outil puissant qu’il faut utiliser pour accomplir les bons projets. C’est dans ce cadre-là, de lutte pour la finance juste, que j’ai converti ma rémunération politique en bitcoin », explique-t-il, vantant l’accessibilité, la programmabilité ou encore l’incensurabilité de cette monnaie d’Internet.

Ironie de l’agenda : L’année 2022 a été rythmée par d’impressionnants séismes sur la planète crypto. Encore dernièrement avec la faillite frauduleuse de la plateforme FTX. Si cela a littéralement fait perdre de l’argent à notre « député crypto national », cela n’a rien ôté à ses convictions.

  • « Les fondamentaux restent solides. Il faut aller voir au-delà de cette spéculation, de ces arnaques, de ces abuseurs. J’ai mis ma crédibilité politique en jeu pour montrer au public et aux décideurs l’utilité sociale du bitcoin et plus largement des technologies sur lesquelles s’appuient les actifs numériques », affirme Christophe De Beukelaer.
  • Le bitcoin a certes vu sa valeur marchande chuter mais pour le parlementaire bruxellois les vraies valeurs de la crypto restent mésestimées: l’enjeu démocratique de la liberté financière, la lutte contre notre modèle intenable de croissance infinie et le défi de la souveraineté économique (lire l’édition spéciale de notre newsletter Cryptorama).

« Je lutte pour que cette connaissance financière se démocratise »

En adoptant pendant un an le bitcoin comme monnaie de travail, le député régional De Beukelaer estime s’être attaqué à ce qu’il appelle « le dernier privilège des riches : l’inculture financière du plus grand nombre ».

  • « Je suis sans doute né dans une famille privilégiée qui m’a donné les codes et la compréhension du monde financier traditionnel », reconnaît le Woluwéen. « Mais je lutte pour que cette connaissance se démocratise. C’est ça que j’ai aussi voulu mettre à l’agenda politique : accordons notre attention aux nouveaux outils financiers émergents. Toutes les grandes institutions, les BlakcRock et autres géants financiers de ce monde, sont en train de s’en emparer. Le petit épargnant, le citoyen n’a souvent pas été informé des enjeux des différents produits financiers. Actions, obligations, et désormais crypto-actifs. »
  • Cette ignorance du fonctionnement de la finance et cette inconscience de l’importance de son rôle constituent, selon Christophe De Beukelaer, « l’un des plus grands freins à l’émancipation sociale de la population ».

Au-delà de Bitcoin: Il faudrait idéalement enseigner la finance dès l’école, avec des animations concrètes et pratiques. « Car aujourd’hui, des Belges ne comprennent pas encore qu’ils perdent de l’argent en laissant dormir leur épargne en banque face à l’inflation », dixit le plus crypto de nos députés.

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