Allons-nous bientôt injecter des vaccins russes et/ou chinois à la population européenne? Pourquoi (pas)?

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L’Allemagne envisage d’utiliser les vaccins russes et chinois pour endiguer lépidémie si elle obtient l’approbation de l’UE. C’est en tout cas ce qu’a déclaré Jens Spahn, le ministre allemand de la Santé. Ce qui jusqu’à récemment relevait de l’impensable semble se produire aujourd’hui : une porte s’entrouvre aux vaccins russes et chinois. 

À la veille d’un sommet qui doit se tenir entre les différents fabricants pour tenter d’accélérer le programme de vaccination chez nos voisins, Jens Spahn envisage l’impossible. Il a déclaré que si un vaccin pouvait ‘être considéré comme sûr et efficace, quel que soit le pays où il est produit, c’est qu’il est efficace’. Comprendre : ce serait stupide de ne pas l’utiliser en Allemagne.

De son côté, la chancelière Angela Merkel, qui présidera le sommet, doit accélérer le pas: on compte sur elle pour qu’elle intensifie le rythme du programme de vaccination allemand. Le produit a été administré à deux millions de personnes jusqu’à présent, contre plus de 10 millions au Royaume-Uni-même s’il est vrai qu’en Allemagne, une deuxième dose du vaccin à été administrée à plus de personnes qu’en Grande-Bretagne.

Merkel sous pression intense, la France se dit pour les vaccins russe et chinois

La suggestion du ministre Jens Spahn montre à quel point l’Allemagne a besoin de trouver une solution à son problème, cela après plusieurs jours de querelles entre l’UE et la société britanno-suédoise, AstraZeneca. 

Le gouvernement fédéral allemand a été la cible de nombreuses critiques de la part des 16 Länder et des professionnels de la Santé: ces derniers lui reprochent d’être trop lent et de manquer de poigne dans sa stratégie d’approvisionnement des vaccins. Plusieurs régions d’Allemagne ont été contraintes d’annuler leurs campagnes de vaccinations, faute de doses suffisantes. 

En outre, même si le vaccin d’AstraZeneca a été approuvé par l’agence médicale européenne EMA la semaine dernière, la commission allemande du vaccin persiste à contresens. Elle continue d’insister sur le fait que son utilisation pour les personnes de plus de 65 ans ne sera pas autorisée, faute de tests effectués en suffisance sur les sujets dans cette tranche d’âge. La Belgique et le ministre de la Santé belge viennent de trancher, le vaccin d’Astra Zeneca ne sera pas administré aux plus de 55 ans.

La semaine dernière, le vaccin russe a reçu le soutien – inattendu- d’Alain Fischer,  un médecin et responsable du programme national de vaccination français.Il a déclaré que l’Europe devrait utiliser les vaccins russes et chinois si leur efficacité et leur sûreté était prouvée. 

Emmanuel Macron a également affrimé que l’Europe devait agir plus efficacement et plus rapidement. ‘Nous sommes dans une course contre la montre’, a déclaré le président français, ajoutant que son point de vue était partagé par Mme Merkel et la présidente de la Commission européenne, Ursula Von Der Leyen.‘Nous, Européens, devons être plus efficaces en la matière. Nous continuerons dans les semaines et les mois à venir à accélérer les choses’, a ajouté Macron.

Pfizer et AstraZeneca redressent (un peu) la barre

BioNTech et Pfizer ont déclaré lundi qu’ils comptaient augmenter leurs volumes de livraisons de vaccins destinés à l’UE. Les deux groupes se sont engagés à livrer jusqu’à 75 millions de doses supplémentaires ce printemps. Les entreprises ont apporté des améliorations à leur système de production, notamment en modernisant l’usine belge de Pfizer. ‘Nous livrerons la totalité des doses de vaccin au cours du premier trimestre, conformément à nos engagements contractuels, et nous livrerons jusqu’à 75 millions de doses supplémentaires à l’UE au cours du deuxième trimestre’. Au total, l’UE a commandé 600 millions de doses du vaccin Pfizer/BioNTech.

Ursula Von der Leyen a déclaré dimanche dernier qu’AstraZeneca avait accepté d’augmenter de 30% ses livraisons destinées à l’UE, et que les premières livraisons de ce vaccin commenceraient au cours de la deuxième semaine de février. Cependant, tout cela ne serait pas suffisant, ou du moins pas assez rapide, surtout au vu du refus de l’Allemagne, entre autres, d’utiliser ce vaccin sur les personnes âgées.

La Hongrie – sous la  tutelle du Premier ministre Orbán- fait bande à part depuis un certain temps déjà. Elle a approuvé le vaccin Spoutnik V et a commandé 2 millions de doses. La Hongrie a également commandé 5 millions de doses à la société chinoise Sinopharm, vaccin qui n’a, lui non plus, pas été approuvé par l’Europe.

Le geste de la Russie, et pourquoi Spoutnik pourrait convenir à l’UE

Au milieu d’une discussion animée entre l’Union européenne et le géant pharmaceutique AstraZeneca, jaillit une ‘offre séduisante’ du fabricant de vaccin russe. L’UE pourrait recevoir 100 millions de doses du vaccin Spoutnik V dès le deuxième trimestre de cette année. Ces doses viendraient combler  le trou occasionné par le retard de livraison d’AstraZeneca.

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Spoutnik V est un vaccin vectoriel, tout comme celui produit par AstraZeneca. La technique de production s’appuie sur l’emploi d’adénovirus désamorcés qui contiennent le code génétique du coronavirus. Une fois injecté, le vaccin déclenche la production de protéines de pointe qui créent une défense naturelle dans notre corps et l’immunisent contre une infection éventuelle du virus. 

Le vaccin Spoutnik V sera également disponible à partir de ce mois-ci sous une forme de monodosage: une seule injection suffira pour se protéger contre le virus. Le ‘Spoutnik Light’, est considéré par le fabricant russe comme une solution d’urgence pour les pays où l’épidémie sévit, car il permettrait aux gouvernements d’avancer plus rapidement dans leur stratégie. 

La phase 3

Spoutnik V a fait l’objet d’essais cliniques et se trouve à un stade avancé de la fameuse phase 3. Cette phase vise à déterminer s’il le vaccin est suffisamment efficace chez un grand nombre de sujets. Pour rappel, les autorités russes avaient déjà approuvé l’utilisation du vaccin avant même que cette phase ne soit validée,  de sorte que la vaccination commence plus tôt.

Les résultats complets de la phase 3 devraient être publiés prochainement sur la plate-forme dédiée au vaccin. D’après Moscou, le  vaccin serait à 92%.  Aujourd’hui, une étude publiée dans The Lancet corrobore ces propos. Les résultats de l’étude affirment que le vaccin est efficace à 91, 6% contre le virus. Ce chiffre provient des résultats préliminaires d’un essai clinique de phase 3, publiés dans la revue scientifique et validés par des experts indépendants.

Le fabricant du vaccin a soumis une demande d’approbation à l’Agence européenne des médicaments (EMA) le 20 janvier dernier. Mais l’EMA n’examinera et n’approuvera éventuellement le produit qu’une fois les résultats de la phase 3 seront finalisés et publiés. L’Argentine a quant à elle déjà reçu plus d’un demi-million de doses du vaccin russe et a commencé à vacciner les travailleurs du secteur de la santé en décembre. L’Égypte, le Népal et le Mexique ont également acheté des dizaines de millions de doses à la Russie. 

Le problème des vaccins chinois

Les vaccins chinois  font l’objet d’un tout autre débat… La plupart d’entre eux (comme CoronaVac de la société SinoVac, déjà utilisé au Brésil, et celui de Sinopharm, déjà utilisé dans plusieurs autres pays) utilisent des virus inactivés. Ces vaccins présentent un certain nombre d’inconvénients majeurs. Si l’inactivation du virus se passe mal, le vaccin peut rendre quelqu’un malade. L’Europe, par prudence, ne préfère pas envisager cette option. 

Un vaccin vectoriel chinois a également été créé. Le produit a été développé par l’entreprise CanSino Biologics, en collaboration avec l’Académie chinoise des sciences médicales militaires. Mais le code génétique utilisé pour ce vaccin par les Chinois est relativement courant ici. Notre système immunitaire pourrait donc avoir déjà éliminé ce virus avant qu’il ne commence à produire des anticorps contre le SRAS-CoV-2. Plusieurs vaccins commandés par l’UE fonctionnent également avec les adénovirus, mais ces adénovirus sont différents de ceux utilisés dans les vaccins chinois.