La Russie met l’Allemagne face à un dilemme: rester solidaire avec ses voisins européens et manquer de gaz… ou le garder chez elle

Jeudi, l’Allemagne a déclenché son 2e niveau d’alerte sur 3 concernant son risque de rupture d’approvisionnement en gaz. Une situation provoquée par les fortes diminutions des livraisons russes. Berlin le sait: c’est un immense test qui va permettre de mesurer à quel point elle peut se montrer solidaire vis-à-vis de ses alliés européens.

La semaine dernière, la Russie a réduit le débit de son gazoduc Nord Stream 1 à 40% de sa capacité, invoquant des problèmes techniques dus aux sanctions internationales. De quoi inquiéter très fortement l’Allemagne – toujours très dépendante du gaz russe – pour l’hiver à venir. En déclenchant le 2e niveau d’alerte sur 3, le pays n’est pas encore dans un « état d’urgence », ce qui signifierait qu’un rationnement devrait être organisé. Mais il risque bien de ne pas y échapper.

Du propre aveu du vice-chancelier Robert Habeck, il n’y a d’ailleurs qu’une seule solution pour que l’Allemagne évite une pénurie – et donc un rationnement: ne plus envoyer de gaz de ses réserves aux pays européens voisins.

Une pénurie et un rationnement inévitables ?

Selon les estimations de l’agence fédérale des réseaux, si les flux de gaz envoyés via Nord Stream 1 restent à 40% et que l’Allemagne maintient le niveau de ses exportations vers les voisins européens, elle sera confrontée à une pénurie de gaz au début du mois de février 2023. Une échéance qui varie, bien sûr, selon la consommation et la quantité de GNL importé.

Pire, si la Russie coupe totalement ses livraisons de gaz à l’Allemagne – elle l’a déjà fait pour plusieurs autres pays européens -, et que cette dernière continue ses exportations, une pénurie la guetterait dès… la mi-décembre.

D’après Robert Habeck, à l’heure actuelle, arrêter les exportations n’est pas une option envisagée. L’Agence fédérale des réseaux n’y songe pas non plus, rapporte Business Insider. Après tout, le marché européen du gaz est économiquement et légalement interconnecté. L’Allemagne se dirige-t-elle alors délibérément vers un rationnement ? Pas encore, car elle espère réduire sa consommation cet été. Mais rien ne dit que cela suffira.

« Il ne faut pas attendre que la maison brûle »

Forcément, tous les acteurs du secteur sont à cran. C’est notamment le cas de la compagnie d’électricité allemande RWE. Pour son patron, si la Russie venait à couper le robinet vers l’Europe, c’est toute la solidarité européenne qui serait « mise à rude épreuve ». Du moins si le problème n’est pas réglé préventivement.

« Je ne suis pas tellement préoccupé par le fait que nous ne puissions pas trouver d’accord, mais il vaut mieux discuter des procédures d’urgence quand vous avez encore du temps et non quand la maison est en feu », a déclaré Markus Krebber au Financial Times. »Si vous n’opérationnalisez cela pas, alors vous vous retrouvez dans le chaos ».

Le patron de RWE craint que des pays comme le sien ou les Pays-Bas, qui importeront du gaz via la mer, ne soient accusés de thésauriser le combustible si les entreprises et les ménages ne sont pas traités de la même manière dans tous les États membres.

Selon lui, il faut mettre en place un cadre européen pour garantir l’approvisionnement de pays comme la République tchèque et la Hongrie, tout en veillant à ce que la définition des clients prioritaires soit équitable dans chaque pays. Il faudrait aussi, par exemple, que chaque État membre fixe les mêmes limites pour le chauffage des bâtiments publics.

« Des pays vont essayer de donner la priorité à leurs citoyens »

Les discussions sont en cours. Un « plan de solidarité » paneuropéen pour les livraisons de gaz doit être élaboré par la Commission européenne. L’objectif est qu’il soit établi d’ici un mois.

Une parfaite harmonie autour d’une question si épineuse semble toutefois difficilement envisageable. « La libre circulation de l’énergie est l’un des principaux piliers de l’UE », a ainsi épinglé auprès du FT James Waddell, analyste chez Energy Aspect. « Mais en cas de crise, le risque que le système soit soumis à de fortes pressions politiques est bien réel, les pays essayant de donner la priorité à leurs propres citoyens. »

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