Principaux renseignements
- L’Allemagne souhaite rejoindre le Global Combat Air Programme pour la mise au point d’un nouvel avion de combat, après l’échec du projet FCAS.
- Le Japon émet des réserves quant à l’adhésion de l’Allemagne afin de ne pas compromettre l’échéance opérationnelle fixée à 2035.
- Berlin devrait probablement renoncer à son contrôle principal sur la conception en échange d’un rôle de premier plan dans les domaines du « combat cloud » et de la technologie des drones.
Le chancelier Friedrich Merz effectue cette semaine une mission diplomatique au Japon afin de négocier l’adhésion de l’Allemagne au Global Combat Air Programme (GCAP). Cette initiative fait suite au retrait de Berlin, en juin 2026, du Future Combat Air System européen (FCAS), un partenariat avec la France et l’Espagne.
Bien que plusieurs options aient été envisagées pour remplacer l’Eurofighter, le GCAP – actuellement dirigé par le Royaume-Uni, l’Italie et le Japon – s’est imposé comme le principal candidat pour sortir l’Allemagne de l’impasse dans laquelle elle se trouve en matière d’aéronautique.
Échec du projet FCAS
L’échec du projet FCAS est le résultat de différends profondément enracinés entre Dassault Aviation et Airbus Defence and Space concernant la direction du projet, l’accès à la technologie et la répartition des rôles industriels. Malgré des investissements de plusieurs milliards, le projet a échoué avant même d’atteindre la phase principale de développement, laissant la Luftwaffe sans perspective claire pour l’avenir.
Alternatives rejetées
Les responsables allemands avaient auparavant envisagé un partenariat avec l’Espagne et la Suède, axé sur le Gripen E. Cette option ne s’accompagnait toutefois ni d’un calendrier officiel ni d’un accord intergouvernemental, ce qui la rendait moins viable que le programme GCAP, déjà bien structuré.
D’autres alternatives ont également été écartées. Bien que l’Allemagne étende sa flotte de F-35A afin de remplacer les avions Tornado pour les missions de l’OTAN liées aux armes nucléaires, le ministre de la Défense Boris Pistorius considère cela comme une mesure temporaire plutôt que comme une solution à long terme pour assurer la supériorité aérienne. De plus, le développement d’un avion à réaction entièrement national est jugé impossible en raison de l’absence d’un moteur moderne développé en interne, dont la mise au point et les essais prendraient trop de temps.
Intégration au GCAP
Le GCAP offre une transition logique, car l’Allemagne partage déjà avec le Royaume-Uni et l’Italie une expérience de production aéronautique multinationale grâce aux programmes Tornado et Eurofighter. L’adhésion à ce stade s’avère toutefois complexe ; les membres fondateurs se sont engagés à respecter une échéance opérationnelle stricte fixée à 2035, avec un vol de démonstration prévu pour 2027.
Pour éviter tout retard par rapport à ce calendrier, l’Allemagne doit démontrer qu’elle peut s’intégrer au programme sans que les spécifications techniques fondamentales de l’avion ne doivent être repensées.
La décision revient au Japon
Les enjeux géopolitiques sont importants, car l’accord de Tokyo est indispensable. Le Japon est sous pression pour remplacer une centaine d’avions de chasse Mitsubishi F-2 d’ici la date de lancement du Tempest et pourrait bien se montrer réticent à laisser les exigences allemandes perturber ce calendrier.
Bien que le Premier ministre britannique Andy Burnham se soit montré ouvert à la participation de l’Allemagne afin de partager les coûts et les capacités, l’équilibre industriel est déjà très serré entre BAE Systems, Leonardo et Mitsubishi Heavy Industries. La société allemande Airbus est actuellement en pourparlers avec BAE Systems en vue de rejoindre éventuellement le projet.
Considérations industrielles
Le programme étant déjà bien avancé, l’Allemagne ne pourrait probablement pas jouer un rôle prépondérant dans la conception initiale de l’avion, ce qui limiterait sans doute sa part industrielle à 15-20 %. Il s’agit d’une baisse considérable par rapport à la part de 40 % à laquelle l’Allemagne s’attendait dans le cadre du FCAS.
En contrepartie, Berlin pourrait concentrer son expertise sur les technologies du « combat cloud », les capteurs spatiaux et les aéronefs sans pilote coopératifs, dans le but de disposer de capacités en matière de drones d’ici 2029. Cette stratégie permettrait à l’Allemagne d’apporter une contribution significative à l’écosystème numérique global du chasseur, sans modifier le développement de la cellule de l’avion.
Le GCAP répond aux besoins de la Luftwaffe
En fin de compte, le Tempest répond mieux aux besoins de la Luftwaffe en matière de chasseur lourd destiné à la supériorité aérienne que ne le faisait le projet FCAS, qui était alourdi par les exigences françaises concernant les opérations à partir de porte-avions et les frappes nucléaires. Malgré une empreinte industrielle plus réduite, l’utilité militaire du GCAP en fait une option intéressante.
Les discussions à venir à Tokyo détermineront si l’Allemagne pourra rejoindre le projet en tant que partenaire à part entière ou si elle devra accepter un rôle subalterne afin de s’assurer de disposer d’un chasseur moderne d’ici 2035. (fc)
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