Une première peau « vivante » créée en laboratoire pourrait bientôt recouvrir des robots humanoïdes

C’est l’une des angoisses ultime de notre subconscient : un être artificiel, mais qui ressemble en tout point à l’humanité d’un point de vue extérieur, jusqu’à être indiscernable. Et c’est évidemment la science-fiction qui s’en est le mieux emparée, il suffit de revoir Blade Runner pour s’en convaincre. Ou encore les novateurs romans d’Asimov, dans lesquels les serviteurs robotiques de l’humanité se confondent de plus en plus avec elle.

Une crainte qui fait de plus en plus partie de notre actualité. Alors que cette semaine un ingénieur de Google proclamait qu’il avait vu une intelligence artificielle développer sentiments et personnalité, ce que l’entreprise a démenti, voilà qu’une équipe de l’Université de Tokyo avance sur l’aspect esthétique.

« L’apparence et le toucher des créatures vivantes »

L’ingénieur spécialisé dans les tissus Shoji Takeuchi et son équipe ont mis au point un prototype de peau destinée à recouvrir un corps de métal et de plastique, en l’occurrence ici un doigt robotique composé de trois phalanges mécaniques. Celle-ci est étanche et génère sa propre chaleur, exactement comme notre peau. Car elle a été composée à partir de véritables cellules, très semblables aux nôtres, cultivées en laboratoire. Les résultats de cette expérience ont été publiés dans la revue Matter.

« Je pense que la peau vivante est la solution ultime pour donner aux robots l’apparence et le toucher des créatures vivantes, car c’est exactement le même matériau qui recouvre les corps des animaux », a déclaré Shoji Takeuchi. Le doigt a l’air légèrement « moite » dès sa sortie du milieu de culture. Comme le doigt est entraîné par un moteur électrique, il est également intéressant d’entendre les cliquetis du moteur en harmonie avec un doigt qui ressemble à un vrai. »

Un doigt robotique recouvert de peau dans son liquide nutritif. (Crédit : Shoji Takeuchi, Université de Tokyo)

Les précédentes tentatives de greffer de la peau sur des surfaces robotiques s’étant révélées difficiles, l’équipe a adopté une approche permettant à la peau de se mouler elle-même sur le dispositif, précise Science Alert. Celle-ci se compose d’une solution de collagène et de fibroblastes dermiques, des cellules qui produisent les protéines qui forment la matrice structurelle de notre peau. Il suffit d’y tremper le doigt robotique et d’attendre que le mélange prenne, puis de recouvrir cette couche primaire de cellules épidermiques (kératinocytes), le principal composant de notre couche cutanée la plus externe, qui donnera à l’ensemble son imperméabilité.

Une peau capable de se réparer

Bien sûr le résultat ne reflète pas toutes les qualités de la peau humaine, elle est par exemple bien plus fragile, mais le membre ainsi habillé y gagne sans conteste un aspect très organique, et même assez perturbant. Cette peau de robot est en outre capable de se réparer d’elle-même en cas de lésion, pour peu qu’on la recouvre d’une nouvelle couche de collagène, qui se retrouvera fusionnée dans l’ensemble.

De quoi donner des sueurs froides à celles et ceux sensibles au concept de « vallée dérangeante » dans le domaine de la robotique. Une théorie émise par le roboticien japonais Masahiro Mori dans les années 1970, selon laquelle plus un robot androïde est similaire à un être humain, plus ses imperfections nous paraissent monstrueuses, jusqu’à la fin de la vallée, où la différence entre être naturel et artificiel n’est absolument plus perceptible.

Bientôt des vaisseaux « sanguins » et des nerfs

Les scientifiques japonais comptent en tout cas améliorer leur création, qui pour l’instant se dessèche assez vite une fois hors de son éprouvette pleine de liquide nutritif. Une limite qu’ils estiment pouvoir contourner en greffant dans la peau un système d’irrigation interne ainsi que, pourquoi pas, des capteurs qui pourront faire office de nerfs et rendre cet épiderme artificiel sensible.

Bien sûr cette recherche purement esthétique n’est pas corrélée à celles sur l’intelligence artificielle, et les Replicants de Blade Runner ne sont quand même pas pour demain. Mais d’ici là, on commence à peine la traversée de cette fameuse « vallée dérangeante ».

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