Un vent de révolte souffle sur la Géorgie, ce nouveau paradis du tourisme

Isopix

La Géorgie s’est ajoutée cette semaine à la longue liste des anciennes républiques soviétiques en proie aux tensions politiques. Les manifestions – et la répression qui les accompagne – ont déjà été observé en Biélorussie, au Kirghizistan (qui vient de mettre fin à sa troisième révolution postsoviétique), en Azerbaïdjan ou encore en Arménie qui a repris les armes face à une enclave séparatiste. Pour la Géorgie, la tourmente survient à un moment où le pays essayait de se positionner comme une destination touristique de premier plan. Alors que se passe-t-il vraiment?

Les partis d’opposition en Géorgie, dans le Caucase du Sud, ont décidé de boycotter le gouvernement tant qu’un opposant, récemment arrêté, n’est pas relâché. La police géorgienne avait pris d’assaut le siège du principal parti d’opposition du pays et arrêté son chef. Et cela a eu pour conséquence d’aggraver la crise politique dans cet ancienne république soviétique qui, selon certains critiques, reprenait le chemin de l’autoritarisme.

La politique en Géorgie a toujours été une affaire mouvementée. Mais l’arrestation du chef de l’opposition, Nika Melia, montre à quel point la répression est en augmentation.

Melia, président du Mouvement national uni (Ertiani Natsionaluri Modzraoba) s’était enfermé dans le siège du parti à Tbilissi, la capitale. Les policiers ont escaladé des échelles d’incendie jusqu’au toit et ont ensuite dû se frayer un chemin à travers des barricades de meubles dans le bâtiment. Les forces de l’ordre ont utilisé des gaz lacrymogènes pour stopper les dizaines de partisans qui défendaient Melia à l’intérieur. L’assaut a été diffusé à la télévision.

Un militant du Mouvement national uni maintenu par des policiens lors de l’assaut du siège du parti politique menant à l’arrestation de Nika Melia. (Isopix)

Le plus démocratique de la région

Ces troubles géorgiens s’ajoutent aux tensions croissantes, ces derniers mois, le long des frontières russes. En Biélorussie, des manifestations se sont opposées aux résultats des élections d’août, considérées comme frauduleuses. Le Kirghizistan a quant à lui connu sa troisième révolution en 15 ans. Ensuite, l’Arménie et l’Azerbaïdjan, voisins de la Géorgie, en sont venus aux armes sur la question de l’enclave du Haut-Karabakh.

La Géorgie, ce pays d’environ 3,7 millions d’habitants et bordant la mer Noire, était considérée comme l’État le plus démocratique de la région. Il ambitionnait de rejoindre l’OTAN. Mais les événements de mardi dernier ont joué en faveur de Moscou, éloignant Tbilissi de ses puissants alliés occidentaux.

Des élections contestées

La crise a débuté après les élections d’octobre 2020, qui ses sont soldées par la victoire écrasante du parti Georgian Dream – Géorgie démocratique (K’art’uli ots’neba – demokratiuli Sak’art’velo). Mais les groupes d’opposition affirment que le vote a été falsifié. Ils ont donc refusé de prendre leur place au parlement. Les critiques ont accusé Georgian Dream de vouloir contrôler presque toutes les branches et les niveaux de pouvoir en Géorgie.

Le Parti du mouvement national, fondé par Mikheil Saakashvili, l’ancien président de la Géorgie qui vit maintenant en exil en Ukraine, n’a obtenu que 27% des voix. Melia a été nommé à la tête du parti fin décembre.

L’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe a conclu que le vote d’octobre en Géorgie était ‘compétitif’ et que ‘les libertés fondamentales étaient généralement respectées’. Mais le rapport met également en lumière ‘des allégations généralisées de pression sur les électeurs’ et un ‘brouillage des frontières entre parti et État’.

L’oligarque milliardaire Bidzina Ivanishvili dirige toujours le pays

La semaine dernière, le Premier ministre Giorgi Gakharia a soudainement démissionné. Il s’opposait à l’arrestation de Melia. ‘Je voudrais croire que cette décision aidera à désamorcer la polarisation sur la scène politique de notre pays’, a déclaré Gakharia à propos de sa démission, lors d’une conférence de presse.

Le lendemain, l’arrestation de Melia a été ‘temporairement reportée’. Mais dès qu’Irakli Garibashvili a été désigné Premier ministre, le président du Mouvement national uni a été emmené hors des bureaux de son parti par la police géorgienne et emmenée dans un SUV noir et non marqué.

Les participants à un rassemblement en soutien au chef de l’opposition arrêté Nika Melia devant le parlement géorgien. (Isopix)

Melia, 41 ans, a déclaré que les accusations portées contre lui pour ‘organisation de violences de masse’ lors des manifestations contre le gouvernement en 2019 étaient motivées par des motifs politiques. Il risque neuf ans de prison s’il est reconnu coupable. La véritable raison de cette arrestation pourrait être ses critiques à l’encontre de Bidzina Ivanishvili. Melia a déclaré qu’Ivanishvili avait détruit les institutions pluralistes du pays.

L’oligarque milliardaire Bidzina Ivanishvili, fondateur de Georgian Dream, a annoncé son départ de la politique géorgienne le mois dernier. Mais selon plusieurs observateurs, il dirigerait toujours le pays en coulisse.

La success-story touristique

Les troubles en Géorgie sont d’autant plus marquants que le pays était considéré comme une réussite démocratique de l’ex-URSS. En outre, il était en passe de devenir la nouvelle success-story touristique de la décennie. Le pays possède en effet tous les atouts désirés: d’anciens vignobles, de magnifiques plages le long de la mer Noire et des stations de ski dans le Grand Caucase. La Géorgie est passée d’un peu moins de 3 millions de visiteurs en 2001 à plus de 9 millions de touristes en 2020. Aujourd’hui, l’industrie du tourisme représente 12% du PIB.

Le pays était en outre considéré comme très sûr, même si les troubles n’étaient jamais bien loin. Quiconque s’écartait de la voie touristique se confrontait automatiquement à la réalité politique de la région, c’est-à-dire qu’il s’agit d’une des principales poudrières du monde.

La Géorgie connait également des tensions avec son puissant voisin du nord, la Russie. Il y a 12 ans, les deux pays se sont engagés dans une guerre assez brève sur la question de la région séparatiste d’Ossétie du Sud. L’été dernier, le président russe Vladimir Poutine a temporairement interdit les vols vers la Géorgie. Il conseillait aux touristes russes de rentrer chez eux, à la suite des manifestations. Les contestataires ont essayé de prendre d’assaut un bâtiment russe à Tbilissi après qu’un député russe y ait prononcé un discours.