Un vendredi sous haute tension pour la Vivaldi ? Le PS va présenter sa réforme des pensions jeudi, un grand Conseil des ministres suivra

Il est difficile de garder le génie dans la bouteille plus longtemps : la ministre PS Karine Lalieux est prête à présenter ses plans pour la réforme des retraites. Ils seront inévitablement mis sur la table.

La Vivaldi va-t-elle vivre une rentrée mouvementée ce vendredi ? Le premier Conseil des ministres après la pause estivale sera convoqué, et il est de plus en plus clair que la boussole devrait être orientée vers la réforme des pensions. Le Premier ministre Alexander De Croo (Open Vld) doit faire face à sa première grande épreuve, après la pandémie. Car le PS frappe fort à la porte, exigeant que ses dossiers soient mis à l’ordre du jour. Les bruits de couloir se font de plus en plus insistants : d’ici deux jours, jeudi, la ministre des Pensions Karine Lalieux (PS) présentera ses projets.

Dans l’actualité : Un premier grand rendez-vous pour la Vivaldi ce vendredi ?

Les détails : Le PS attend impatiemment son heure.

  • Il semble que l’ouverture officieuse de l’année politique, qui démarre traditionnellement plus calmement et plus tard, le deuxième mardi d’octobre étant le point de départ à la Chambre, tombera beaucoup plus tôt cette année.
  • Cela n’est pas vraiment surprenant. Car, outre les gros dossiers, le Premier ministre De Croo avait décidé en juillet de ne plus discuter du budget, et de laisser faire l’audit d’été, devenu une tradition au sein du gouvernement suédois.
  • Mais désormais, le gouvernement De Croo doit se mettre au travail : l’Europe attend des chiffres fiables, et vous ne pouvez pas établir un budget en un clin d’œil.
  • Mais ce budget n’est pas le seul chantier en cours. Politiquement parlant, il y a déjà eu quelques frictions entre l’Open Vld du Premier ministre De Croo et le plus grand partenaire gouvernemental, le PS. Car Egbert Lachaert, le président d’Open Vld, est venu donner son avis sur le dossier qui est entre les mains de la ministre Lalieux: les pensions.
  • Cela a entraîné des réactions épidermiques de la part du PS : les relations entre le boulevard de l’Empereur et la rue Melsens ne sont pas vraiment optimales en ce moment.
  • Parce que le PS est impatient. Peut-être un peu trop impatient. Les plans de Lalieux sont prêts depuis un moment déjà : un momentum pour le PS qui veut lancer une réforme qui lui tient à coeur.
  • Le résultat est un Pierre-Yves Dermagne, vice-premier ministre du PS, gonflé à bloc, ce week-end dans De Tijd. Une interview qui a fait écarquiller quelques yeux au sein des partenaires de la coalition : Dermagne est revenu, de manière émotionnelle, sur la dernière crise en date du gouvernement autour des sans-papiers. « Ce n’est pas son entretien le plus heureux, c’est une nouvelle fois remuer le couteau dans la plaie », a fait remarquer sèchement un président de la Vivaldi. On se souvient que le dossier des de sans-papiers a été le dernier point de friction de la coalition fédérale, juste avant les vacances.
  • Le PS en a profité pour réaffirmer ses forces au sein de Vivaldi : « Nous sommes la force stable de ce gouvernement. Et nous sommes aussi la première famille politique et cela doit être respecté. »

L’essentiel : le PS force l’agenda.

  • Outre Lachaert, Joachim Coens (CD&V) a déjà présenté ses propositions sur les pensions. Mais personne n’a encore vu les plans de Lalieux en détail. Elle les garde fermement pour elle, jusqu’à ce que De Croo se décide à aborder le sujet à la table du gouvernement.
  • Mais cette semaine, le PS ne semble plus vouloir attendre : tout semble indiquer que la ministre dévoilera ses propositions jeudi. Il est dit « qu’elle respectera tous les points de l’accord de coalition ». Dans La Libre, certains détails ont déjà filtré :
    • Il ne reste plus rien de la demande des libéraux de ne recevoir une pension minimale complète qu’après 20 ans de travail à temps plein. Les libéraux s’étaient plaints qu’un chômeur, 30 ans sans emploi, touchait une plus grosse pension qu’un indépendant ayant travaillé 30 ans. Le PS avait rétorqué aux libéraux que faire grimper un temps minimum de carrière de 15 à 20 ans pour obtenir une retraite complète serait discriminatoire, surtout pour les femmes.
    • De manière plus constructive, face au taux d’emploi très faible des plus de 55 ans (à peine plus de 50%), il y aurait des primes pour ceux qui continuent à travailler au-delà de leur 60e anniversaire. C’est l’âge effectif de la cessation d’activité en Belgique. Alors que la moyenne européenne est de 64 ans et qu’il est prévu que l’âge légal soit de 67 ans en 2030. Un gouffre.
    • Le modèle espagnol est à l’étude : un sénior met à profit sa fin de carrière pour former un jeune.
  • Mais le véritable débat qui ne manquera pas de surgir sera celui sur le deuxième pilier du système de retraite. Ce pilier comprend les pensions sectorielles et les fonds de pension par l’intermédiaire de l’employeur. En investissant dans des pensions complémentaires, les employés et employeurs bénéficient d’un avantage fiscal. Or selon l’étude de la Cour des comptes, ce 2e pilier coûte à l’État 2 milliards d’euros par an. Elle veut réduire ces dépenses en supprimant certains privilèges et dysfonctionnements. Il est en effet admis que ce 2e pilier bénéficie aux plus riches de la société, ce qui accentue encore davantage les inégalités.
  • Un nouveau système progressif serait introduit pour taxer lourdement les avantages fiscaux de ces systèmes de retraite, en particulier pour les plus gros revenus. De cette manière, le premier pilier, qui doit verser la pension minimale de 1 500 euros, pourrait être financé.
  • Mais le secteur lui-même dispose de sa propre étude, réalisée par PwC, qui montre à quel point les conséquences seraient dramatiques si des coupes drastiques étaient effectuées dans le deuxième pilier. Au sein du gouvernement, il reste à voir de combien d’alliés dispose le PS.
  • Le Seize a entre-temps compris qu’il n’est plus possible de retenir le PS plus longtemps : il faut aborder le dossier. Le Premier ministre De Croo prépare donc un Conseil des ministres pour vendredi. Et c’est une phrase révélatrice dans le Soir qui nous donne un indice supplémentaire émanant du Premier ministre: « C’est l’heure des réformes. »

La vue d’ensemble : Il est évident qu’ils ne s’en sortiront pas vendredi.

  • Vendredi verra donc la première grande confrontation, un affrontement public, pour mettre en œuvre les grandes réformes de Vivaldi. Il ne s’agit bien sûr pas uniquement des pensions ; toute une série de dossiers sont prêts à être réformés :
    • La réforme fiscale du ministre des Finances Vincent Van Peteghem (CD&V) doit arriver. C’est le cheval de bataille du CD&V, mais les socialistes veulent aussi en retirer quelque chose concernant les « super riches ». Mais passer par le biais d’une taxe sur les plus-values est extrêmement sensible, certainement au sein du MR.
    • L’emploi est un autre grand sujet, qui figure également dans les valises du PS. Ce week-end, Pierre-Yves Dermagne (PS) a donné son feu vert à la demande flamande de conclure des accords de coopération asymétrique, mais le ministre veut aussi proposer un plan global pour activer les employés de plus de 55 ans. La question est de savoir combien cela va coûter.
    • Ces trois grands dossiers, la fiscalité, l’emploi et les pensions, sont extrêmement déterminants pour le budget. Un budget déjà rendu très lourd par les mesures de soutien Covid. Du côté flamand, ils veulent en fait les supprimer, tout le contraire du MR (soutenir les indépendants) et du PS.
    • Bien sûr, on oubliera toute une série de dossiers chauds : le nucléaire, les questions migratoires, les réformes institutionnelles sont autant de points d’embuches sur le chemin de la Vivaldi.
  • Concernant les pensions, il est plus que probable qu’un certain drame politique suivra, avec le théâtre habituel et nécessaire de la Rue de la loi, y compris des déclarations féroces, avant qu’un accord puisse être conclu. Cela suivra logiquement dans les semaines à venir, le vendredi n’étant que le coup d’envoi.
  • À moins qu’il y ait plus, et que la coalition ne puisse pas s’en sortir fondamentalement, plongeant le gouvernement dans une crise dès le premier obstacle. L’accord de coalition que Vivaldi a conclu en septembre 2020 présente un inconvénient majeur : les choix vraiment difficiles n’ont pas été tranchés, mais ont été reportés à plus tard. Ils remontent maintenant un par un à la surface. L’entente entre le parti du Premier ministre et le principal partenaire de la coalition, le PS, plutôt bonne lors de la crise sanitaire, est désormais dessous de zéro. Conjuguées aux habituels aboiements du président du MR, les choses pourraient vite se détériorer.

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