Les sans-papiers et le budget sur la route des vacances de la Vivaldi

Deux dossiers persistent à la table du gouvernement avant les vacances. La pression monte pour les régler dès cet été. Dans le cas des sans-papiers, cette pression surgit au sein même de la Vivaldi.

Dans l’info: en parallèle du dossier hautement inflammable de la nomination d’Ishane Haouach, qui a divisé écologistes et libéraux, le dossier de près de 500 sans-papiers en grève de la faim dans l’église du Béguinage à Bruxelles et à l’ULB crée tout autant de remous au sein de la Vivaldi, voire encore davantage. Pour l’heure, le secrétaire d’État à l’Asile et à la Migration, Sammy Mahdi (CD&V), soutenu par le Premier ministre, refuse une régularisation groupée. Paul Magnette (PS), Jean-Marc Nollet et Rajae Maouane (Ecolo) ont pris la plume à travers une carte blanche pour demander une solution: drôle de méthode alors qu’ils font partie de la Vivadi. Mais un moyen de pression supplémentaire sur l’impassible démocrate-chrétien, fils d’un migrant irakien et d’une mère flamande.

La carte blanche publiée dans Le Soir :

  • « Nous exhortons le Premier ministre et le secrétaire d’État Sammy Mahdi à trouver, en concertation avec les représentants des grévistes, une solution pragmatique, humaine et digne, pour mettre fin à ce calvaire. »
  • « Certes, l’accord de gouvernement ne prévoit pas une régularisation collective des personnes sans-papiers, mais il ne justifie, en aucun cas, que l’on laisse, sans aucune perspective, des femmes et des hommes en situation de désespoir total et de danger de mort. »
  • « Nous joignons notre voix aux nombreux appels des syndicats, du patronat, de la société civile, du grand rabbin de Bruxelles et de l’Église catholique pour qu’au désespoir des grévistes réponde la main tendue du gouvernement. » Une carte blanche avait en effet été rédigée et publiée dans La Libre, proposant de régulariser les sans-papiers pour les affecter aux secteurs en pénurie. Carte blanche que n’avait pas cosignée le Voka ou l’Unizo, réprésentants du patronat et entrepreunariat flamand.

L’essentiel: le secrétaire d’État Sammy Mahdi ne bouge pas de sa ligne.

  • Il reste 10 jours avant les vacances parlementaires. La situation sanitaire s’empire au sein de l’église du Béguinage. Depuis le 23 mai, début de la grève de la faim, 4 sans-papiers ont cousu leur lèvre de désespoir, plusieurs ont tenté de mettre fin à leurs jours. Pourtant, certains d’entre eux habitent à quelques centaines de mètres de l’église, travaillent en Belgique depuis plusieurs années (illégalement), d’autres ont même des enfants scolarisés.
  • Toutes ces personnes ont épuisé tous les recours pour obtenir une régularisation. Ils ont reçu l’ordre de quitter le territoire.
  • Pour l’heure, le secrétaire d’État refuse de céder à ce qu’il assimile être du chantage. Sammy Mahdi est bien décidé à mener une politique migratoire ferme, même s’il se veut bien plus cordial que son prédécesseur, Theo Francken (N-VA).
  • Au sein de la Vivaldi, le chrétien-démocrate est soutenu par les libéraux, mais aussi par les socialistes flamands qui ne veulent pas lâcher du lest sur cette question. La sensibilité flamande est différente et vise une immigration économique sélective qui emprunte la voie légale. Le paysage politique y est aussi différent avec la N-VA et le Vlaams Belang qui attendent la Vivaldi au tournant.
  • Les écologistes veulent eux une régularisation collective. Le PS vise lui une régularisation temporaire pour se donner du temps via un visa de court séjour.
  • Mais le secrétaire d’État ne recule pas, demande à ses partenaires de « ne pas susciter de faux espoir », et rappelle que la régularisation est « une faveur et non un droit ».
  • La peur de Sammy Mahdi, c’est que cette régularisation collective crée un précédent pour tous les sans-papiers. Or, on estime qu’il y a entre 100.000 et 150.000 sans-papiers en Belgique.
  • Le secrétaire d’État a contre-attaqué la carte blanche de ses partenaires de coalition via une opinion publiée dans La Libre. La bataille d’influence a commencé. De Croo devra à nouveau jouer le rôle d’équilibriste.

Le budget: les discussions techniques ont commencé autour du budget, et les chiffres ne sont pas bons. La Vivaldi a toutefois décidé de trancher politiquement à la rentrée.

  • Un déficit de 38 milliards d’euros, soit 7,8% du PIB dans le budget annuel de la Belgique – tous niveaux confondus. Ce sont les chiffres dévastateurs du Comité de monitoring. En temps normal, cela plongerait n’importe quel gouvernement fédéral dans une crise profonde. D’autant que c’est plus que ce que la Vivaldi attendait avec 6,8%.
  • Mais nous sommes en période Corona, et personne ne semble vraiment inquiet. À tel point qu’il est prévu de ne pas trancher politiquement avant septembre. D’abord les vacances.
  • Tous les partenaires de la coalition ne sont pas d’accord sur la manière de réaliser des économies et d’effectuer les dépenses. Socialistes et libéraux se divisent principalement sur une question: jusqu’à quand va-t-on maintenir les aides corona ?
  • Les projections de la Banque Nationale pour 2021 voient une croissance de 5,5%. Rappelons que l’économie belge a reculé de 6,3% l’année dernière. En 2022, la croissance s’établirait à 3,3% pour un retour au niveau d’avant crise. En 2023, retour à une croissance de croisière de 1,6%.
  • Encourageant ? Cela ne suffira pas à assainir les finances publiques qui avaient déjà connu un trou de 42 milliards d’euros en 2020, soit 9,4% du PIB. La croissance pourrait au mieux nous assurer des recettes fiscales supplémentaires à hauteur de 9 milliards d’euros. C’est court.
  • D’autant que les entités fédérées sont toutes dans le rouge: un déficit total de 7,8 milliards d’euros y était prévu, alors qu’en réalité le déficit total sera de 9,5 milliards d’euros.
  • Au niveau de la dette, on passe à 114,% du PIB cette année. Si rien n’est fait, la dette pourrait atteindre les 121,6% en 2026.

Le contexte : l’Europe lâche du lest.

  • Par le passé, la Belgique subissait une énorme pression de l’Europe. Dans les années 90, quand la dette belge atteignait des records, les gouvernements Dehaene I et II ont restructuré de manière drastique les finances publiques afin de pouvoir adhérer à l’euro.
  • Le Pacte européen de stabilité a ensuite contraint la Belgique à rester à chaque fois dans la limite d’un déficit de 3% du PIB, ce qui a presque toujours été réalisé au cours des vingt dernières années : seule la crise bancaire de 2008 a temporairement renversé la situation.
  • Mais avec la crise sanitaire, la Commission européenne a complètement abandonné sa position relativement stricte : il n’est plus question d’une norme de 3%.

La pression extérieure : la N-VA met une pression maximale pour s’occuper du budget dès maintenant.

  • À la Chambre, le député Sander Loones a dressé un bilan peu flatteur, mais qu’il est bien difficile de contredire : “Les chiffres négatifs du budget donnent le vertige. Les dépenses corona sont importantes, la facture du vieillissement s’accroît, trop de personnes qui peuvent travailler ne le font pas. Il est urgent d’agir.”
  • La Vivaldi, mais c’était écrit, vit des moments particulièrement difficiles. Beaucoup de dossiers à manipuler en même temps. Vendredi, ce sera autour de la crise sanitaire avec une question cruciale, y compris pour le Budget: comment éviter une 4e vague.

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