Un plan de relance alternatif pour la région bruxelloise, à coups de blockchain, d’IA et d’argent public soutenant le privé

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Plutôt que de saupoudrer inefficacement les fonds octroyés par l’Europe comme le fait le gouvernement bruxellois dans son dossier de relance, le cdH propose un plan B concentrant les montants polémiques sur une poignée de secteurs plus porteurs pour la Région de Bruxelles-Capitale.

Non content de critiquer vertement le plan de relance économique du gouvernement Vervoort, au cdH bruxellois, on a planché sur un scénario alternatif visant quatre secteurs bien spécifiques. ‘Bruxelles doit voir émerger des champions dans ces disciplines. Pour ce faire, on doit laisser faire le privé mais l’argent public doit servir à créer les meilleures conditions pour susciter son dynamisme’, déclare le porteur de projet, le député régional Christophe De Beukelaer. En voici les grandes lignes.

Révolution technologique

Première proposition aussi inattendue qu’intéressante : investir dans la blockchain. Ce n’est évidemment pas le cours du bitcoin qui intéresse le cdh mais la révolution pressentie dans le monde des intermédiaires, qu’il s’agisse des banques, des assurances, des notaires. ‘Fondamentalement, nos pouvoirs publics sous-estiment tout à fait le potentiel de cette technologie et de ce qui l’entoure (smart contracts, NFT)’, affirme le parlementaire humaniste. Il fait le parallèle direct avec un écosystème déjà solide de fintechs en région bruxelloise, citant notamment la scale-up Qover, qui fournit des solutions d’assurance aux entreprises qui développent des produits numériques, et la start-up Mozzeno, pure player des prêts entre consommateurs.

‘Ces acteurs ne sont pas directement liés à la blockchain mais cela montre une expertise bruxelloise de ce nouveau monde de la finance. Et ce n’est pas aux entités fédérées d’aller créer l’application blockchain mais bien de mettre tout en place pour que le secteur privé s’empare du marché et crée de l’emploi’, poursuit-il.

Deuxième secteur ciblé, l’IA éthique. Une autre niche sous-exploitée par les dirigeants bruxellois alors qu’on dispose d’un centre d’expertise spécialisée dans cette approche éthique à la VUB, avec notamment le projet IMEC.ICON. ‘Avec de grandes questions comme celle de la voiture autonome qui doit choisir entre s’écraser contre un arbre ou faucher une personne âgée, ou les algorithmes de profilage des mauvais payeurs dans une banque’, épingle Christophe De Beukelaer.

Souci environnemental

Le cdH s’estime très précis dans cette approche en visant surtout l’efficacité énergétique domestique. En région bruxelloise, le logement reste le principal émetteur de gaz à effet de serre, avec plus de la moitié des émissions CO2.  Il faut dire que 95% des logements n’atteignent pas l’objectif PEB de 2050 (C+ comme PEB moyen). ‘Tout est à faire. Il y a une opportunité énorme en termes d’isolation et d’utilisation rationnelle de l’énergie. Ce n’est d’ailleurs pas sur ce point-là que le gouvernement bruxellois est le plus mauvais’, souligne le député cdH.

Enfin, dernier secteur dans lequel il conviendrait d’investir davantage, c’est le recyclage de matériaux. D’après ses observations, l’économie circulaire est le nouveau paradigme économique qui va s’intégrer dans tous les secteurs. ‘Ce concept fondamental où on se dit que tout ce qui sort de l’usine, on va essayer de l’utiliser. Bruxelles compte une main-d’œuvre peu qualifiée qui pourra déployer tout son potentiel dans ce secteur’, fait remarquer Christophe De Beukelaer.

Réallocation de l’enveloppe

Afin que la région bruxelloise soit à la pointe dans ces quatre secteurs, le député cdH expose alors une stratégie d’investissement. En plus d’orienter autrement l’argent public en suivant 5 axes, ce plan alternatif modifie les quotes-parts allouées aux différents axes.

Ainsi, le parlementaire conseille d’augmenter la part d’investissements dans la recherche et développement à 20%, contre 3% dans le plan actuel. Hausse moins marquée de cette réallocation ensuite, l’injection d’argent public frais dans la formation de la main d’œuvre qualifiée nécessaire passerait à 40% au lieu de 35%. ‘Vu l’ampleur de la crise, le paiement d’une allocation de chômage doit être assorti d’une formation de qualité’, prend soin de préciser Christophe De Beukelaer.

Réagissant à ce qu’il considère être une aberration, à savoir le fait que le gouvernement ait inscrit dans son plan de relance l’apport de 100 millions d’euros à Finance&Invest qui était une mesure déjà actée au budget pluriannuel, le député cdH propose d’augmenter à 15% (contre 0% précédemment) le montant de relance. ‘L’outil Finance&Invest est le plus à même pour soutenir financièrement l’essor des entreprises bruxelloises et de dynamiser le tissu des PME’, assure-t-il.

Par ailleurs, les pouvoirs publics devraient plus s’impliquer (15% au lieu de 0%) dans les secteurs identifiés en finançant les initiatives, pour la création de nouvelles activités dans les entreprises publiques existantes ou même la création de nouvelles entreprises publiques/privées.

Enfin, pour permettre un déploiement rapide de la relance bruxelloise, il faut impérativement que les démarches administratives soient simples et efficaces (création d’une entreprise, accès aux professions réglementées, délivrance des permis d’urbanisme, diminution des frais notariaux). Encore faudrait-il accorder à cette simplification 10% des montants européens plutôt que 0%, ponctue le député bruxellois cdH.

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