La répartition belge du fonds européen est actée: la Flandre et la Wallonie sourient, Bruxelles pleure ?

Rudi Vervoort (PS), Elio Di Rupo (PS), Alexander De Croo (Open Vld), Jan Jambon (N-VA) en Pierre-Yves Jeholet (MR)
Rudi Vervoort (PS), Elio Di Rupo (PS), Alexander De Croo (Open Vld), Jan Jambon (N-VA) en Pierre-Yves Jeholet (MR) – Isopix

Les gouvernements belges sont parvenus à un accord sur la répartition de la manne financière de l’Union européenne. 5,95 milliards d’euros seront partagés entre le fédéral et les entités fédérées en vue de mettre en route la relance. Plusieurs élus bruxellois, tous bords confondus, estiment la capitale belge délaissée.

Dans l’actualité: La Belgique tient un accord sur la répartition de la somme qui lui est allouée par le fonds européen de relance. Les différents gouvernements du pays devaient se repartir cet argent et ils ont trouvé un consensus. Cet accord ‘démontre que le fédéralisme de coopération peut être une réalité dans notre pays, une réalité sur laquelle nous devons construire l’avenir’, s’est félicité Alexander De Croo.

Combien d’argent ? La Commission européenne fournit 5,95 milliards d’euros à la Belgique pour se remettre de la crise économique liée au Covid-19.

Voici la clé de répartition:

  • Fédéral: 1,25 milliard d’euros
  • Flandre: 2,25 milliards d’euros
  • Wallonie: 1,48 milliard d’euros
  • Fédération Wallonie-Bruxelles: 495 millions d’euros
  • Bruxelles: 395 millions d’euros
  • Communauté germanophone: 50 millions d’euros

D’où vient cet argent ? Dans le cadre du budget pluriannuel de l’UE, un fonds de 750 milliards d’euros, le plus important jamais réalisé, a été dégagé, le NextGenerationEU. Le but est d’aider les pays de l’Union européenne à surmonter la crise du coronavirus. L’UE a réparti cet argent en fonction des pays les plus touchés par la crise. À noter que ce n’est pas de l’argent gratuit. Il sera récupéré sous forme de contributions et d’emprunts en fonction du poids économique de chaque pays.

À quoi servira l’argent fédéral ? Selon le ministre flamand du Budget Matthias Diependaele (N-VA), une partie de l’argent fédéral sera utilisé pour des projets en Flandre. ‘Il existe la clé de répartition habituelle pour la Flandre 60-40’, a-t-il expliqué à la VRT. On sait que la Flandre demandait plus, car elle s’estime la plus touchée par la crise sanitaire et le Brexit. Ce qui est une réalité dans les faits. Historiquement, l’argent européen va toutefois aux Régions les plus pauvres et donc à la Wallonie. Cela a suscité un vif débat.

Les projets doivent toutefois encore être sélectionnés. Le fédéral et les entités fédérées doivent en effet indiquer comment ils vont dépenser l’argent européen. C’est une obligation. Ils avaient rendu un cahier des charges d’une valeur de 24 milliards d’euros, soit beaucoup plus que le budget alloué.

Bruxelles, oubliée ?

Suite à l’annonce de la répartition, les élus bruxellois de plusieurs partis, pourtant représentés au sein des différents gouvernements, pestent sur les réseaux sociaux. Par habitant, Bruxelles est en effet la Région qui bénéficie le moins du plan de relance européen.

En termes de pourcentage, le fédéral obtient 21% de la manne financière. Les entités fédérées, 79%. La Flandre obtient en tout 25% de l’enveloppe, la Wallonie 21,1%, la fédération Wallonie-Bruxelles 8,4%, et seulement 6,7% pour la Région bruxelloise.

  • Ecolo
Secrétaire d’État bruxelloise à la Transition Economique. Ecolo est dans la majorité à Bruxelles (et aussi en Wallonie)
Ministre fédérale du Climat. Ecolo est dans la majorité au fédéral.
  • MR
Président du MR bruxellois, dans l’opposition à Bruxelles. Mais le MR est dans la majorité au gouvernement wallon et bruxellois.
  • DeFI
Président de DéFI, dans la majorité bruxelloise.

Comment comprendre ces sorties ? Le comité de concertation doit pourtant dégager un consensus. Un accord final qui doit d’ailleurs encore être validé lors de la prochaine réunion électronique.

En cas de litige, c’est la logique fédérale qui prévaut. Mais ce n’est visiblement pas ce qui s’est passé ici. Cet accord est le fruit d’intenses négociations qui ont lieu depuis le mois de novembre. De multiples réunions entre les experts de chaque cabinet a permis d’arriver à un accord. La clé de répartition est donc basée sur un consensus, comme l’a expliqué le Premier ministre Alexander De Croo.

Certains élus accusent la Wallonie et la Flandre de s’être entendues dans le dos de Bruxelles. Dans tous les cas de figure, c’est la logique régionaliste qui triomphe ici à travers les débats. Face aux critiques, la question est de savoir si le ministre-président Rudi Vervoort (PS) avalisera cette répartition.

Mais comme le note assez justement Olivier Maingain, ancien président de DéFI, les francophones obtiennent plus que la Flandre si on joint les deux Régions et la Fédération Wallonie-Bruxelles. ‘Aux responsables francophones d’avoir l’intelligence de proposer des projets transversaux.’

Bruxelles devrait finalement bénéficier de 25% du fonds accordé à la Fédération Wallonie-Bruxelles. D’ailleurs, si on reprend la répartition par habitant, les Bruxellois recevront donc 428 euros/habitant, les Wallons 522 euros/habitant et les Flamands 341 euros/habitant.

Réunion du gouvernement bruxellois en urgence

Suite à une réunion en urgence du gouvernement bruxellois, le ministre-président Rudi Vervoort (PS) a annoncé avaliser l’accord, et donc la clé de répartition des fonds européens.

Toutefois, les autres entités devront contribuer à la relance à Bruxelles : ‘Le Gouvernement bruxellois prend note de ce que les Communautés, la Flandre et la Fédération Wallonie-Bruxelles investiront également sur le territoire bruxellois (un quart des 495 millions d’euros dédiés à la FWB seront investis sur le territoire bruxellois), ainsi que l’État fédéral.’

Ces participations s’ajouteront à l’allocation de départ pour la Région bruxelloise. Et si les francophones étaient finalement les grands gagnants ?

Cette justification ne convainc en tout pas le président du cdH Maxime Prévot, parti de l’opposition à tous les niveaux de pouvoir.