Traque de Jurgen Conings : l’ardoise est salée pour la Défense

867.045 euros. Et encore, ça ne comprend pas les frais de la police et des services communaux. Le Comité R a livré son verdict hier à la Chambre sur le SGRS. Le principal service de renseignement de l’armée est au centre de toutes les critiques. Et elles sont très sévères.

« Un rapport assassin », « des têtes doivent tomber », « je n’ai jamais vu un rapport aussi accablant », les députés de la Commission Défense, Denis Ducarme (MR) en tête, n’en croyaient pas leurs oreilles.

Pourtant, les défaillances au sein du SGRS sont connues depuis longtemps. Déjà, lors de la commission parlementaire qui a suivi les attentats de Bruxelles, le service de renseignement de l’armée en avait pris pour son grade.

Ici, c’est le Comité R qui a rendu son verdict. Il s’agit du Comité permanent de contrôle des services de renseignement et de sécurité. Son rapport, plus sévère encore que celui des services internes de l’armée, présenté quelques jours plus tôt, est donc accablant. Voici ce qu’en a retiré la ministre de la Défense, Ludivine Dedonder (PS) devant la commission.

Les manquements :

  • flux d’informations défaillant
  • manque de personnel
  • rotation du personnel trop importante
  • manque d’expertise
  • absences à des réunions importantes
  • pas de priorité accordée à l’extrême droite.

« Mon résumé est simple : il s’agit du pire rapport que j’ai lu, et qui vise l’État, depuis que je suis parlementaire. Il n’est pas seulement accablant, il est assassin ! », s’est exprimé Denis Ducarme dans Sud Presse. Pour le libéral, ce « scandale d’État » doit conduire à des démissions.

Denis Ducarme (MR), membre de la Commission Défense – Credit : Frederic Sierakowski / Isopix

Mais Ducarme, pas plus que les autres députés, ne visent directement la ministre de la Défense. Pas même Théo Francken (N-VA) qui a pourtant eu des mots très durs à l’encontre de Ludivine Dedonder au début du dossier. Le nationaliste, redevenu « simple » parlementaire, fait des questions de défense sa priorité durant cette législature. Il a néanmoins lancé à la ministre: « Ce serait tout à votre honneur de reconnaitre votre responsabilité. »

Il s’avère en effet que la ministre avait déjà été briefée en mars de la situation, dans le cadre d’une réunion consacrée aux opérations concernant des éléments d’extrême droite. Le Comité R ne précise pas si le nom de Conings a été cité. Rappelons que dès le 17 février, l’OCAM (service de renseignement civil) avait placé le fugitif sur le liste des menaces de niveau 3.

Ludivine Dedonder (PS), ministre de la Défense – Credit : Frederic Sierakowski / Isopix

Et maintenant ?

  • L’ardoise est connue pour une traque qui à postériori s’est avérée inutile: 867.045 euros. Cela englobe le coût du personnel, les frais de nourriture et le coût des (nombreux) véhicules.
  • La ministre envisage une refonte complète du SGRS avec un plan politique pluriannuel, de nouveaux collaborateurs, un contrôle plus strict des habilitations et de l’accès aux stocks d’armes. Un screening plus complet sera également mis en place à intervalle régulier. Et enfin, un meilleur partage de l’information entre les services.

Mais qui sont ces têtes qui doivent tomber ? Si le problème est structurel, les responsabilités vont sans doute au-delà du service de renseignement. Son chef, Philippe Boucké, seulement en place depuis septembre ? Ou bien le chef des armées, Michel Hofman ? La ministre, qui estime ‘ »qu’elle a hérité d’un chaos », en savait-elle plus qu’elle ne le dit ?

Peut-être que la réponse, face à une telle désorganisation, est qu’une simple démission ne suffira pas. Il faut revoir le tout.

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François Normand
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