Affaire Jurgen Conings: les 5 erreurs des services de renseignement et de la Défense

Un mea culpa. La ministre de la Défense, Ludivine Dedonder (PS) et le chef des armées, Michel Hofman, ont tenu un point presse ce mardi. Ils ne se cachent plus, la Défense a commis plusieurs erreurs. La ministre sera entendue ce mercredi au sein de la Commission Défense à 11h pour faire la lumière sur les manquements des services de renseignement et de l’armée. Le Soir et Knack ont déjà pu relever plusieurs étapes cruciales. Le caporal Jurgen Conings, lourdement armé, est toujours en cavale depuis plus d’une semaine.

1. Repéré dès 2015

Jurgen Conings a été repéré dès 2015 par la Sureté de l’État, le service civil des renseignements. On évoque un soutien à une association pour l’aide aux chrétiens d’Orient. Rien de très préoccupant, mais il est surveillé.

2. Participation à un groupe d’extrême droite en 2018

La sureté de l’État le fiche comme participant à un groupe d’extrême droite. Entre 2017 et 2019, il se fait aussi connaitre des services de police et de la justice pour ‘port d’arme illégal’ et ‘menaces’. Le Service Général du Renseignement et de la Sécurité (SGRS, renseignement militaire) ne recevra pas ces informations.

3. La menace se précise tout au long de l’année 2020

Début 2020, il est épinglé pour propos racistes sur Facebook. Il menace les virologues en charge de conseiller le gouvernement. La Défense porte plainte contre lui. Une plainte finalement classée. Dès l’été, il effectue une première recherche de l’adresse de Marc Van Ranst. Le virologue bien connu est sa cible principale. Au mois d’août, l’OCAM (Organe de coordination pour l’analyse de la menace) ouvre une enquête pour extrémisme.

4. Deux mois et demi pour lui retirer son habilitation de sécurité

Après sa plainte pour racisme, le SGRS décide en août 2020 de lui retirer son habilitation de niveau de sécurité ‘secret’. Cette habilitation lui permet d’accéder au dépôt d’armement. Très peu de militaires disposent de cette habilitation. Seul le niveau ‘top secret’ lui est supérieur. Mais il faudra attendre le 12 novembre 2020 pour que cette habilitation lui soit officiellement retirée.

5. L’OCAM estime la menace à un niveau 3 dès février 2021

Plus on avance dans le temps, plus les failles sont importantes. Dès le 17 février 2021, l’OCAM boucle son enquête et estime que Jurgen Conings est une menace de niveau 3 sur une échelle de 4. ‘La menace est possible et vraisemblable’. L’information est transmise aux services de renseignement de l’armée (SGRS) mais ne remonte pas dans la hiérarchie.

Les manquements lors de ces 5 étapes sont nombreux et renferment une vérité plus fondamentale encore: le manque de screening lors des entretiens d’embauche, la sous-évaluation des idées d’extrême-droite au sein de l’armée, l’inefficacité de la transmission de l’information entre les différents services, le manque de contrôles au sein même de l’armée.

La ministre a déjà pointé du doigt le manque d’investissement récurrent dans la Défense ces 10 dernières années, mais elle a promis des mesures pour corriger le tir sur ces manquements précités. En outre, les différentes enquêtes (3 au total) devront déterminer si le soldat Jurgen Conings a pu bénéficier d’une certaine complicité au sein de la Défense, où on sait qu’il est en partie soutenu, au moins moralement, par certains de ses collègues.

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