Pourquoi on ne ramènera jamais vraiment le mammouth ou une autre espèce éteinte à la vie

C’est le plus grand fantasme de toute la génération Jurassic Park et aussi, qu’ils se l’avouent ou non, d’une bonne partie des scientifiques : redonner vie à une espèce animale disparue à l’aide de la génétique. Mais la tâche n’a rien de simple et, surtout, elle garde peu de chance de succès au vu des faibles traces génétiques que nous avons de ces animaux disparus.

Le clonage d’espèces disparues n’est pas qu’un caprice hérité de films tels que Jurassic Park ; s’il s’agit incontestablement d’une aventure scientifique, elle peut se justifier par la recréation d’anciens écosystèmes, plus stables que ceux que nous connaissons grâce à la réintroduction d’animaux occupant les niches écologiques vacantes. Généralement, il s’agit soit de grands herbivores tels que le mammouth ou l’auroch, ou de carnivores comme le lion de l’Atlas. Mais si ce dernier compte encore quelques descendants dans des zoos (il n’est éteint à l’état sauvage que depuis le milieu du XXe siècle), pour les autres, la seule solution semble être le clonage. Or, ce n’est pas une méthode qui permettra de ramener réellement à la vie des animaux éteints, rappellent des scientifiques.

Des traces génétiques trop partielles

Ceux-ci étaient justement en train d’étudier cette possibilité pour le Rattus macleari, ou de son nom vernaculaire le rat de l’île Christmas, une espèce endémique d’Australie qui a disparu au XXe siècle avec l’introduction du rat noir européen. Même si les chercheurs ont pu récupérer un génome de très haute qualité à partir de spécimens conservés, il a été impossible de recréer de nombreux gènes clés, ce qui signifie que tout animal ressuscité serait différent sur certains points importants du modèle qu’on tente de faire revenir à la vie.

« Vous passez peut-être à côté de ce qui est le plus important pour la forme éteinte », résume Thomas Gilbert, de l’université de Copenhague au Danemark. « Si vous pensez que vous allez créer un mammouth qui est exactement comme le mammouth qui s’est éteint, eh bien, vous ne n’y êtes pas vraiment ». Son équipe a pu reconstituer la plupart des morceaux en utilisant le génome du rat brun de Norvège (Rattus norvegicus), un animal apparenté, comme guide, mais elle n’a pas pu les assembler tous. « Chaque morceau d’ADN que nous avons pu récupérer, nous l’avons obtenu », signale Gilbert. « Mais il y a une fraction de 5 pour cent que nous ne pouvons pas comprendre ».

Les 5% qui font le bon animal

Ce sont les parties du génome éteint qui diffèrent le plus des espèces vivantes apparentées qui sont les plus difficiles à faire correspondre et à réassembler. Ces 5 % comprennent les gènes qui ont évolué le plus rapidement, c’est-à-dire ceux qui rendent les espèces proches différentes les unes des autres. En d’autres termes, les pièces les plus importantes du puzzle sont celles qui ne peuvent pas être reconstituées, parce que ces parties de l’image guide ont été perdues.

Autrement dit, il est possible de récréer une partie du génome d’un animal éteint et de l’utiliser pour faire grandir un embryon dans l’utérus d’une mère-porteuse d’une espèce proche ; mais l’animal obtenu, à supposer que tout se passe bien, sera au mieux une sorte d’hybride, et pas une copie conforme d’un animal disparu. Celui-ci pourra éventuellement occuper une niche manquante dans un écosystème, mais ça serait un abus de langage de prétendre qu’il s’agit bien du retour d’un animal disparu. Et il faut encore qu’il soit vivable et fertile, sinon le processus n’en reste qu’à l’étape de curiosité scientifique.

Pourtant, l’engouement pour ce genre de projet ne se tarit pas : la startup Colossal, qui a pour ambition rien de moins que de ramener le mammouth d’entre les morts par le clonage et qui espère le faire d’ici quelques années, vient de confirmer avoir récolté 60 millions de dollars pour financer ses recherches.

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