Parfum de scandale au Royaume-Uni : l’attribution des marchés publics en pleine crise sanitaire soulève de nombreuses zones d’ombre

De Britse premier Boris Johnson – Isopix

L’annonce de vaccins efficaces à plus de 90% jaillit au milieu d’un parfum de scandale au Royaume-Uni, comme le rapporte le quotidien The Guardian. D’après un rapport publié par la National Audit Office (NAO), les contrats passés par l’État au début de la pandémie ont cruellement manqué de transparence. Pris dans l’engrenage de la crise sanitaire, les pouvoirs publics ont dû conclure des accords dans l’urgence, mais le NAO souligne combien il est difficile d’y voir clair dans toutes ces transactions, cela malgré les règles strictes qui encadrent le marché public. Si bien qu’aujourd’hui, le contribuable britannique se demande où ‘son argent’ s’est envolé.

L’enquête expose des faits relatifs aux marchés publics durant la pandémie, jusqu’au 31 juillet 2020. En réponse à la crise, les organismes publics ont dû se procurer d’énormes volumes de biens et de services en extrême urgence pour lutter contre le virus. Mais ici, il semblerait que les contrats aient pris l’allure d’échanges de bons procédés. Le quotidien The Guardian a même qualifié l’affaire de ‘chumocracy’ (contraction de chum pour ami, et de democracy pour démocratie).

Le 18 mars 2020, le Cabinet Office (le bureau du Cabinet du gouvernement britannique) a publié une série des recommandations portant sur la réglementation des marchés publics durant la pandémie. 

Ces  lignes directrices indiquaient que les organismes publics étaient autorisés à acheter des biens, des services et à demander d’effectuer des recherches en urgence, cela en vertu de l’article 32(2)(c) du règlement sur les marchés publics de 2015. 

Comme l’indique la NAO dans son rapport, plusieurs inquiétudes ont été soulevées durant la pandémie. L’organisation aurait reçu une vingtaine de courriers dont le contenu était plutôt accablant.

Les documents soulignaient un manque de transparence dans la manière dont les contrats avaient été attribués durant la pandémie. Ils mettaient également en exergue le manque de partialité et différents conflits d’intérêts constatés dans le processus de passation des marchés. Ces écrits indiquaient même que certains contrats auraient pu être attribués à des fournisseurs inadaptés, tout cela pour servir les intérêts des pouvoirs publics.  

Un manque de transparence?

Dans les mois qui ont suivi l’émergence de la pandémie au COVID-19 en mars 2020 au Royaume-Uni, le gouvernement britannique aurait injecté environ 18 milliards de livres sterling dans des contrats en s’appuyant sur cette réglementation d’urgence. La plupart de ces contrats (86 %) ont été attribués par le ministère de la Santé et ses organismes nationaux.

La NAO a examiné en détail un échantillon de contrats sélectionnés au hasard. Bien que certains contrats aient été effectués dans les règles, la NAO est également tombée sur des documents ou les justificatifs pour appuyer ces contrats étaient manquants. 

‘Si nous reconnaissons les circonstances exceptionnelles, il reste essentiel que les décisions soient suffisamment documentées et transparentes, afin que le gouvernement préserve la confiance que le public peut accorder à la manière dont l’argent du contribuable est dépensé’,  indique le document.

‘Nous avons trouvé des exemples où les ministères n’ont pas documenté de manière complète la gestion des risques ou encore, la raison pour laquelle des fournisseurs particuliers avaient été choisis ou la manière dont tout conflit d’intérêts potentiel avait été identifié et géré’, peut-on lire à la page 8 du rapport. 

Dominic Cummings, Oxford Nanopore, Kate Bingham…

Et pour cause… Le 17 mars, six jours avant que Boris Johnson ait officialisé le confinement, le Cabinet Office a accordé à la société de communication politique Topham Guerin un contrat de 3 millions de livres sterling dans le cadre de la nouvelle réglementation d’urgence. Dirigée par deux Néo-Zélandais, Sean Topham et Ben Guerin, la société avait dejà produit des contenus pour les réseaux sociaux d’un certain nombre de partis politiques de droite, notamment pour la campagne électorale du parti conservateur en 2019.

Aussi, en juillet, The Guardian révélait l’existence de sondages d’opinion publique confiés à une entreprise dirigée par des proches de Dominic Cummings, alors conseiller de Boris Johnson. Pas moins de 840.000 livres sterling (940.000 euros) avaient alors été offerts à cette entreprise, sans appel d’offre au préalable. Un processus rendu légal par l’urgence sanitaire.

Le quotidien britannique indique également que l’entreprise Oxford Nanopore, qui a décroché auprès du ministère de la Santé un contrat de 28 millions de livres (31 millions d’euros) pour fabriquer des tests Covid, aurait engagé, quelques semaines plus tard, une entreprise de relations publiques dirigée par Lord Feldman, conseiller Covid auprès du ministère en question.

Le gouvernement nie en bloc ces accusations

Aussi, Kate Bingham, présidente du groupe de travail sur le vaccin, aurait également fait l’objet d’un examen minutieux. Elle aurait, dans le cadre de ce dispositif d’urgence, bénéficié de 670.000 livres sterling qu’elle aurait alloués à ses consultants en relations publiques pour superviser sa campagne médiatique.

De son côté, le gouvernement nie ces allégations, arguant qu’il ‘existe des processus sûrs afin d’obtenir des équipements essentiels aussi vite que possible, tout en s’assurant que l’argent des contribuables est utilisé de manière optimale’, a défendu Julia Lopez, secrétaire parlementaire du Cabinet Office.