Nos finances publiques méritent mieux que le triste spectacle de la semaine dernière

Toute l’attention portée ces derniers jours à nos finances publiques passe à côté de l’essentiel. En dehors de cette réduction de la TVA sur l’énergie, nous sommes coincés avec un déficit budgétaire insoutenable, nous ne sommes pas préparés budgétairement aux défis à venir et les réformes nécessaires pour changer cela ne sont pas en vue. Le remplacement de la secrétaire d’État au budget n’y changera rien.

Ces derniers jours, l’attention s’est enfin portée sur nos finances publiques. Malheureusement, il s’agissait surtout de jeux politiques et de tripotage à la marge. Que ce 0,3 % du PIB, soit 1,3 milliard d’euros, dû à la réduction de la TVA doive ou non être inclus dans les chiffres du budget (au mieux par prudence) n’a aucune importance sur la viabilité à long terme de nos finances publiques. L’écart entre les chiffres définitifs et le budget prévu l’année précédente dépasse souvent 0,3 %. Mais plus important encore, toute cette agitation autour de ce 0,3 % contraste fortement avec le silence qui entoure l’énorme défi fiscal à venir.

Près de 50 ans de déficits budgétaires. Source BNB.

Un défi fiscal de taille

Pour évaluer la viabilité des finances publiques, la Commission européenne calcule l’effort budgétaire qui serait nécessaire pour stabiliser la dette publique à long terme (indépendamment du niveau auquel elle est ensuite stabilisée). Pour la Belgique, cela nécessiterait un effort de 7,8 % du PIB, soit 40 milliards en euros d’aujourd’hui. Il s’agit du plus grand écart de durabilité en Europe occidentale. Et cela ne s’arrête pas là. Si l’on tient compte de la nécessité pour notre gouvernement d’investir de manière plus structurelle, notamment dans la transition énergétique et durable, et de la promesse de porter les dépenses de défense à 2 % du PIB, on peut facilement ajouter plus de 10 milliards supplémentaires. Il y a également eu un silence assourdissant à ce sujet ces derniers jours.

Réformes manquées

Compte tenu de la succession des crises, il aurait été difficile pour ce gouvernement d’améliorer structurellement les finances publiques, même s’il avait vraiment voulu essayer. Mais il y avait une grande marge de manœuvre pour renforcer la viabilité future des finances publiques par des réformes structurelles, notamment du marché du travail et des pensions. Cependant, le gouvernement s’est montré très peu ambitieux, avec un accord sur le travail et une réforme des retraites qui ne font aucune différence pour la viabilité à long terme de nos finances publiques, et même le contraire pour les mesures relatives aux retraites.

Outre les réformes ayant un impact direct sur nos finances publiques, il faut également des réformes qui renforcent le potentiel de croissance à plus long terme de notre économie. Avec une croissance économique plus forte, les défis budgétaires sont aussi plus faciles à relever, mais sur ce plan, les perspectives ne sont pas immédiatement réjouissantes. Selon les nouvelles perspectives de l’OCDE, notre taux de croissance potentiel tombe à peine à 0,8 % dans les années à venir. C’est trop peu pour maintenir notre État-providence actuel. Cela souligne encore l’importance des réformes structurelles pour notre économie. Même sur cette occasion manquée de réformes, pour ne pas dire plus, les derniers jours sont restés silencieux.

La croissance des pays de l’OCDE pour 2023. Source : OCDE.

Crédibilité de la politique budgétaire ?

Tout au long de la discussion autour du budget, il a été beaucoup question de la crédibilité de la politique fiscale en particulier. Mais le fait d’ignorer ou de minimiser l’énorme défi fiscal à venir, et de miser sur des réformes fictives qui ne contribuent en rien à relever ce défi, a sapé cette crédibilité bien plus tôt (et bien plus encore).

La douloureuse réalité est que nos finances publiques ne sont pas en bon état aujourd’hui, et qu’elles sont particulièrement mal préparées aux défis à venir (et cela n’est certainement pas dû uniquement à la politique fiscale de ce gouvernement, soit dit en passant). Mais ce gouvernement ne changera plus rien à cela. Et le prochain devra faire face à une situation budgétaire très difficile.


Bart Van Craeynest est économiste en chef chez Voka et auteur du livre « Terug naar de feiten ».

BL

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