Depuis quelques années, le 16 juillet est célébré dans le monde entier comme la « La Journée mondiale de l’IA ». Une journée où l’on s’attarde sur la manière dont cette technologie transforme notre façon de travailler et de vivre. Cette journée permet de célébrer tout ce que l’IA rend possible, mais aussi d’examiner de près les principes éthiques et les responsabilités liés à l’utilisation de cette technologie.
Jamais les développements en matière d’IA n’ont été aussi nombreux qu’au cours de l’année écoulée. Si ChatGPT représentait encore récemment l’évolution la plus importante, on parle désormais d’agents capables de fonctionner de manière entièrement autonome. Pour les particuliers comme pour les entreprises, il est difficile de suivre ce rythme.
Il y a quelques semaines, Anthropic a lancé un appel surprenant en faveur d’un ralentissement de l’évolution de l’IA, voire d’une pause. Cela est d’autant plus frappant que l’entreprise est bien sûr elle-même à l’origine de nombreux développements en matière d’IA, comme Claude.
Anthropic a mis en garde contre une tendance selon laquelle l’IA fonctionne de manière de plus en plus autonome, ce qui risque de faire perdre aux humains le contrôle de leurs modèles. Une pause serait donc utile, ne serait-ce que pour lancer le débat sur l’IA entre les décideurs politiques, les chercheurs et les entreprises, ou pour permettre aux gens de reprendre leur souffle et de combler le fossé creusé par le rythme effréné de ces avancées en matière d’IA.
Mais un tel « bouton pause » fictif est-il une bonne idée ? Et que devrions-nous faire de ce temps ? À l’occasion de l’« AI Appreciation Day », des experts du secteur technologique donnent leur avis.
« Dans les entreprises, mettre l’IA en pause n’est justement pas une option »
Une erreur courante consiste à considérer l’IA comme un concept général. Alors que l’IA générative (GenAI) gagne en popularité à une vitesse fulgurante, une pause pour l’IA traditionnelle n’est pas à l’ordre du jour.
Véronique Van Vlasselaer, responsable IA et science des données pour la région EMEA chez SAS : « Nous devons établir une distinction claire entre deux univers de l’IA. D’une part, il y a les grands acteurs de l’IA qui développent des modèles de base tels que ChatGPT, Claude et Gemini. Ils travaillent sur des systèmes de plus en plus puissants, capables de s’améliorer d’eux-mêmes. Cette évolution est si rapide que la réglementation et les normes industrielles ont du mal à suivre. Pour ces développements, une pause temporaire peut s’avérer utile, afin que les pouvoirs publics et les organisations puissent élaborer un cadre solide. »
« D’autre part, il y a les entreprises qui souhaitent intégrer l’IA dans leur fonctionnement quotidien. Pour elles, une pause n’est pas envisageable. De nombreuses organisations n’en sont encore qu’au tout début de leur parcours en matière d’IA et peinent à maîtriser les bases : collecter des données, intégrer différentes sources de données et définir clairement les responsabilités. De plus, on ne fait souvent pas la distinction entre l’IA générative et l’IA traditionnelle. L’IA générative peut être un puissant catalyseur pour accélérer l’adoption de l’IA, mais elle n’est pas la réponse adaptée à tous les problèmes. Si ces entreprises devaient freiner leurs efforts aujourd’hui, elles risqueraient de creuser encore davantage leur retard. »
« Tout le monde peut-il utiliser l’IA sans restriction ? »
Quoi qu’il en soit, l’IA continuera à se développer de plus en plus rapidement, mais des règles du jeu claires sont nécessaires. La balle est donc dans le camp des pouvoirs publics.
Tom De Blende, associé gérant chez Cloudar : « Appuyer sur le bouton pause ? Cela n’arrivera jamais. Tout comme l’Ukraine ne va pas cesser de développer des drones tueurs. L’Occident ne doit pas se laisser distancer et nous ne pouvons pas nous permettre de mettre le développement de l’IA en pause. Ce que nous devons faire, c’est réfléchir à la question de savoir si les modèles avancés doivent être réglementés, tout comme nous le faisons pour les armes sophistiquées. »
« Aux États-Unis, l’utilisation de certains modèles d’IA a récemment été restreinte par le gouvernement. Sans préjuger du fait que ce soit une bonne chose ou non… Mais il est vrai que l’IA devient de plus en plus puissante. Tout le monde devrait-il pouvoir utiliser un outil aussi puissant ? En général, c’est l’Europe qui prévoit trop de réglementations. Aujourd’hui, ce sont, de manière assez inattendue, les États-Unis. »
« La technologie n’est pas le problème »
On ne peut pas freiner l’innovation. Dans la pratique, ce n’est pas la technologie qui pose problème, mais le fait que la plupart des entreprises ne sont tout simplement pas prêtes pour l’innovation.
Ervan van Pouliquen, Country Manager, Salesforce Belgique & Luxembourg : « L’AI Appreciation Day est l’occasion idéale de nous poser la bonne question. Et celle-ci n’est pas de savoir si l’IA évolue trop vite, mais si nos organisations évoluent assez vite pour suivre le rythme. Ce n’est pas la technologie qui représente un risque, mais le fait que les personnes risquent de se retrouver à la traîne. Chez Salesforce, nous avons nous-mêmes constaté ce qui se passe lorsque l’on investit dans les compétences en IA : les collaborateurs se sentent plus confiants, mieux accompagnés et plus productifs. Les gagnants ne sont pas les entreprises qui attendent d’avoir toutes les garanties, mais les organisations qui développent dès maintenant les compétences et la confiance nécessaires pour évoluer avec l’IA. »
Véronique Van Vlasselaer, Head of AI & Data Science EMEA chez SAS
Tom De Blende, Management Partner chez Cloudar
Ervan Pouliquen, Country Manager, Salesforce Belgium & Luxembourg
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