Appel en faveur d’un accompagnement psychologique structuré pour des établissements de soins chaleureux
Ces dernières années, beaucoup de choses ont évolué en matière de bien-être mental. Aujourd’hui, il va de soi de chercher de l’aide et de consulter un professionnel. Cette évolution ne s’arrête pas aux portes d’une maison de retraite. Au contraire : là aussi, on prend de plus en plus conscience que la prise en charge du bien-être mental est un élément essentiel d’une prise en charge de qualité des personnes âgées.
Dans nos maisons de retraite, nous constatons chaque jour à quel point il est important d’accompagner les personnes non seulement sur le plan physique, mais aussi sur le plan psychologique. C’est précisément lorsque les personnes sont confrontées à la perte, à la dépendance et à des changements radicaux que le soutien psychologique n’est pas un luxe. C’est un besoin fondamental.
Aujourd’hui, les maisons de retraite sont des lieux de vie chaleureux où le personnel, les bénévoles et les familles font ensemble la différence. Ce sont les petits moments personnels qui donnent du sens à la vie : cuisiner ensemble, jardiner, se remémorer des souvenirs ou respecter les routines. Qu’il s’agisse d’un collaborateur ayant la main verte qui initie les résidents au jardinage ou d’un collègue de l’équipe d’entretien qui prépare de vieilles recettes avec eux : ce sont ces petits moments de bonheur qui font la différence. Ils montrent que la vie ne s’arrête pas dans une maison de retraite, mais qu’elle prend simplement une autre forme.
Cette approche fonctionne. Nous voyons les résidents s’épanouir lorsqu’ils renouent avec ce qui compte pour eux. Dans le même temps, nous constatons qu’il est possible d’aller encore plus loin : offrir un espace pour des conversations plus profondes, pour le partage d’histoires de vie, pour l’expression d’émotions souvent portées depuis toujours et pour relever de nouveaux défis. Il est encourageant de voir que le bien-être mental fait l’objet d’une attention croissante dans les maisons de retraite, mais il doit désormais devenir une composante structurelle d’un accompagnement chaleureux des personnes âgées.
Le changement nécessite un accompagnement
L’emménagement dans une maison de retraite médicalisée est une étape majeure. Les personnes quittent leur environnement familier et perdent une partie de leur autonomie. Ce qui allait autrefois de soi – choisir soi-même ce que l’on mange, à quelle heure on se lève ou comment on organise sa journée – change soudainement. Même si l’on peut atténuer quelque peu ce changement en laissant aux résidents autant de liberté que possible dans l’organisation de leur journée et en s’adaptant à leurs habitudes, cela reste, même avec les meilleurs soins, une adaptation difficile. Nous devons reconnaître l’impact de cette perte sur les personnes et leur accorder activement l’espace nécessaire pour y faire face.
Ce n’est pas une mince affaire que de troquer sa maison contre une chambre, de réorganiser sa vie au sein d’un contexte collectif. Les personnes doivent soudain s’habituer à de nouvelles routines, à la vie en communauté, à la dépendance. Cela s’accompagne d’émotions : tristesse, incertitude, colère… En leur accordant consciemment de l’espace pour les exprimer, nous renforçons la résilience des résidents.
Alléger le fardeau
Les personnes âgées ont mené une vie bien remplie. Une personne qui a aujourd’hui 90 ans a elle aussi été jeune un jour et avait les mêmes soucis et les mêmes rêves que les générations d’aujourd’hui. Seulement, à l’époque, il n’y avait souvent pas de place pour en parler. Elles ont grandi à une époque où les émotions n’avaient pas leur place. Les problèmes étaient cachés, on n’en parlait pas.
Aujourd’hui, nous constatons à quel point il est précieux que les résidents aient enfin cette chance. Lorsqu’ils peuvent partager leur histoire, lorsqu’on les écoute sans les juger. Lorsqu’on cherche ensemble une nouvelle identité en tenant compte de leurs possibilités et de leurs capacités.
Tout ne peut pas être résolu. Parfois, la simple reconnaissance suffit déjà à alléger un fardeau. Cela aide les personnes à mieux porter leur « sac à dos » – rempli d’expériences, de souvenirs et parfois aussi de douleur. C’est pourquoi nous construisons une culture de soins résidentiels où l’écoute occupe une place centrale. La prise en charge du bien-être mental n’est pas seulement l’affaire des psychologues, mais une responsabilité partagée par toute l’équipe.
Faire face à la perte, au deuil et à la recherche de sens
Dans les maisons de retraite, on est plus souvent confronté à la perte. Le décès d’un partenaire après une longue vie commune, la perte de la santé et de l’autonomie… Ce sont des expériences bouleversantes. Le deuil demande du temps et de l’attention. Ceux qui pensent qu’un antidépresseur suffit méconnaissent ce que vivent les personnes. La proximité, le dialogue et la compréhension sont essentiels.
Il y a également des résidents présentant des vulnérabilités psychologiques qui n’ont jamais été exprimées. Une personne occupant une chambre au troisième étage et souffrant depuis toujours d’une phobie cachée des ascenseurs risque de s’enfermer et de s’isoler. En travaillant ensemble sur ce sujet, il est possible de faire de beaux progrès et de permettre au résident de surmonter sa phobie et de retrouver sa liberté.
Par ailleurs, des questions existentielles se posent également. Les résidents réfléchissent à leur vie, à ce qui lui donne encore du sens, et parfois aussi à la fin de vie. Ces réflexions méritent qu’on leur accorde de l’espace et du respect, aussi dérangeantes soient-elles. Il est important que nous écoutions, sans juger ni minimiser. En n’esquivant pas ces questions, nous créons un espace propice à un véritable dialogue et à l’humanité.
Une nouvelle étape vers des soins de qualité
L’ambition est claire : ancrer encore davantage le soutien psychologique dans le fonctionnement des maisons de repos, en tant que partie intégrante de la vie quotidienne. Le soutien psychologique n’est pas accessoire. Ils est tout aussi essentiel que les soins physiques. Sans ce soutien, nous négligeons un aspect crucial du bien-être. Une expertise supplémentaire, telle que le soutien psychologique, peut jouer un rôle important à cet égard. Les psychologues peuvent aider les résidents à gérer leurs émotions, mais aussi accompagner les équipes dans la gestion de situations complexes.
Ces dernières années, des mesures importantes ont été prises pour accorder une place plus centrale au bien-être mental dans les soins aux personnes âgées, mais il est certain qu’il est possible de faire encore mieux. L’image des soins aux personnes âgées évolue. De plus en plus de personnes découvrent à quel point les maisons de retraite fonctionnent aujourd’hui de manière chaleureuse et centrée sur la personne. Les soins aux personnes âgées, c’est la vie, ce sont les petits moments de bonheur, ce sont les liens, c’est le sens de la vie. Nous devons continuer à véhiculer ce message positif et à l’améliorer chaque jour.
En tant que société, nous sommes confrontés à un choix clair : comment voulons-nous vieillir, et quels soins jugeons-nous importants à cet égard ? En nous appuyant sur ce qui fonctionne déjà bien aujourd’hui, tout en investissant dans le soutien psychologique, nous pouvons faire des maisons de repos des lieux où les personnes se sentent non seulement prises en charge, mais aussi véritablement vues et entendues.
Car en fin de compte, cela nous concerne tous. Il s’agit des soins que nous espérons recevoir nous-mêmes plus tard et que nous façonnons donc ensemble aujourd’hui. Il s’agit de savoir si nous nous contentons de « bons soins », ou si nous optons pour des soins qui soient également, sur le plan mental, véritablement dignes de l’être humain.
Githa Praet, directrice générale de Zorgband Leie et Schelde

