Cela fait quelques mois que la facturation électronique est obligatoire en Belgique. Pourtant, à peine la moitié des entreprises considèrent Peppol comme un gain de temps. Plus révélateur encore, près d’une sur deux ne paie pas ses factures plus rapidement grâce au réseau. Pour beaucoup, la promesse de simplification n’a tout simplement pas été tenue.
Prenons le cas d’un menuisier indépendant à Namur. Fin novembre, son comptable le prévient : il devra facturer via Peppol dès le 1er janvier. Il cherche sur Google, trouve un outil facile d’accès, crée un compte en dix minutes. Problème réglé, pense-t-il. Trois mois plus tard, son comptable le rappelle. Les factures envoyées via Peppol ne sont pas liées à sa comptabilité. Il encode donc tout deux fois. Quant à ses rappels de paiement, il continue de les envoyer par e-mail ou à la main, comme avant. Peppol n’a rien changé à sa vie, si ce n’est que tout lui prend plus de temps qu’avant.
Ce menuisier n’est malheureusement pas un cas isolé. Une enquête menée par le bureau d’études iVox révèle qu’à peine une entreprise sur deux tire un réel bénéfice de la facturation électronique. La promesse était pourtant simple : lutter contre la fraude fiscale, garantir qu’un client a bien reçu sa facture, et accélérer son paiement. Quel entrepreneur ne rêve pas de factures payées plus vite ? Le problème ne vient donc pas de la mesure elle-même, mais de la façon dont elle a été mise en place.
Manque de formation
Quand l’obligation a été annoncée, des dizaines de solutions ont débarqué sur le marché. Elles répondaient à un besoin immédiat : se mettre en conformité sans frais. Beaucoup de PME, notamment dans des secteurs peu digitalisés comme la construction ou l’artisanat, ont sauté sur l’occasion sans trop se poser de questions. Et pour cause : plus de la moitié d’entre elles, 54 % exactement, ne se sont enregistrées que dans les six derniers mois avant la date limite. Une sur cinq l’a même fait après janvier 2026.
Malheureusement, comme c’est souvent le cas, de nombreux chefs d’entreprise n’ont pas pris le temps de se former ou de se faire accompagner. Résultat : beaucoup se retrouvent avec une solution qu’ils ne savent pas vraiment utiliser. Plutôt qu’un levier de performance, la facturation électronique devient une contrainte de plus. Aujourd’hui encore, des milliers d’entrepreneurs, comme notre menuisier namurois, encodent leurs factures deux fois.
Quand on sait qu’une large part des PME belges voient la facturation électronique comme un centre de coûts ou une source de complexité, on mesure l’ampleur du gâchis. Car une facture électronique bien intégrée permet de savoir en temps réel si un client l’a reçue, d’automatiser les relances et d’avoir une visibilité immédiate sur sa trésorerie. Des gains concrets, à condition d’avoir été bien accompagné pour les mettre en place.
D’obligation à opportunité
Alors, à qui la faute ? Les pouvoirs publics portent ici certainement une part de responsabilité. L’administration connaît toutes les entreprises assujetties à la TVA. Elle aurait pu les informer directement. Au lieu de cela, les informations sont restées rares, peu proactives, et parfois contradictoires. Des pans entiers de la réglementation sont demeurés flous jusqu’au dernier moment, comme le volet autofacturation dans l’agriculture ou l’énergie. C’est un schéma qu’on connaît trop bien en Belgique : celui d’une réforme bien intentionnée, mais mal accompagnée.
Et pourtant, ce serait dommage de réduire Peppol à une simple obligation administrative, car l’idée derrière est vraiment bonne. Les PME qui se sont contentées du strict minimum peuvent encore transformer cette contrainte en avantage. Cela demande quelques heures d’investissement, certes, mais les bénéfices sont clairs. Notre menuisier namurois pourrait enfin savoir, en temps réel, qui a reçu sa facture et qui ne l’a pas encore payée. Et consacrer son temps à ce qu’il fait de mieux : son métier.
Benjamin Tailleur, COO de Horus Software

