Les régulateurs ne comprennent pas les petits réacteurs nucléaires : « Aucune compréhension réelle de la technologie »

L’industrie nucléaire estime que l’avenir de l’énergie verte passe par la construction de petits réacteurs modulaires. Les critiques, cependant, considèrent toujours l’énergie nucléaire comme une technologie dangereuse. Selon les pionniers américains de l’énergie atomique, les régulateurs ne procèdent pas à une évaluation neutre de cette forme d’énergie parce qu’ils seraient… ignorants.

Les petits réacteurs nucléaires (SMR) sont des installations ingénieuses qui sont maintenues froides grâce à de l’eau présurrisée. Moins puissants, plus mobiles, de plus faible coût, destinés à alimenter des sites particulier et isolés, les réacteurs modulaires sont l’avenir du secteur nucléaire, selon ses concepteurs. Ils peuvent être combinés à d’autres types d’énergie et permettent d’accroitre l’efficacité de confinement et la sûreté des matériaux nucléaires.

Dans le monde, 70 de ces petits réacteurs ont déjà été proposés ou sont en cours de construction dans cinq pays. Ensemble, ces réacteurs sont capables de générer 12 gigawatts d’électricité. En décembre 2021, la Chine a connecté ce type de « mini-réacteur » au réseau électrique. Dans le village de Pevek, au nord de la Russie, on en utilise aussi un depuis 2019 pour alimenter l’industrie minière locale.

En Europe et aux États-Unis, la plupart des petits réacteurs nucléaires sont encore au stade de la conception. En France, le projet Nuward a été dévoilé en 2019. La construction de ce réacteur nucléaire ne devrait commencer qu’en 2030. Aux États-Unis, deux projets tentent d’obtenir un permis de construire. Autant de réacteurs nucléaires américains ont été mis en veilleuse dans l’intervalle.

« Ils ne sont pas prêts à être utilisés »

Comment se fait-il que l’Occident soit si en retard sur ce mode de production d’énergie potentiellement très transformateur ? Les règles du jeu actuelles de l’énergie nucléaire seraient beaucoup trop compliquées et n’auraient d’ailleurs aucun sens. Amy Roma, une avocate américaine qui a participé à des dizaines de demandes d’autorisation de réacteurs nucléaires aux États-Unis, a déclaré à l’agence de presse Bloomberg que la Nuclear Regulatory Commission (NRC), l’organisme de réglementation de l’énergie atomique, n’a « aucune compréhension réelle et approfondie de la technologie ».

Gregory Jaczko, ancien président de la NRC, quant à lui, écarte complètement l’utilisation de petits réacteurs. « Ils ne sont tout simplement pas prêts à être utilisés. Et lorsqu’ils seront prêts, ils ne seront pas utilisables », a déclaré M. Jaczko à Bloomberg. En effet, lorsque les réacteurs seront prêts à être utilisés et pourront avoir un impact sur la quantité de CO2 que nous émettons, il sera peut-être déjà trop tard.

« Allons-nous dépenser de l’argent pour quelque chose qui pourrait ne pas arriver ? »

Le Congrès américain a déjà demandé à la NRC de réécrire le cadre législatif actuel. Ces règles datent des années 1950. Mais Un projet de nouvelle législation n’est pas attendu avant 2025.

Selon Stephen Burns, un autre ancien président de la NRC, bien que les régulateurs aient étudié les nouveaux réacteurs pendant des années, ils n’ont jamais mis à jour le cadre législatif parce qu’il n’est pas certain que la technologie sera un jour mise en œuvre et étendue. « Allons-nous dépenser de l’argent pour quelque chose qui pourrait ne jamais arriver », conclut le régulateur.

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