Les prix du gaz augmentent alors que l’Europe aborde l’hiver avec des stocks faibles – Analyse


Principaux renseignements

  • L’Europe est à la veille de la saison de chauffage avec des stocks de gaz qui restent remarquablement bas, tandis que le marché réagit de manière de plus en plus nerveuse aux chocs géopolitiques.
  • La Belgique et les Pays-Bas entament l’hiver avec de faibles stocks de gaz, tandis que Zeebruges, en tant que plaque tournante de transit, occupe une position clé sur un marché du GNL tendu.
  • L’approvisionnement en GNL en provenance du Golfe reste incertain et les acheteurs asiatiques intensifient la concurrence, ce qui oblige l’Europe à payer de plus en plus cher pour s’assurer des volumes.
  • La combinaison de la hausse des prix, de la faiblesse des stocks et d’un marché mondial tendu rend l’hiver gazier européen plus préoccupant sur le plan économique que les décideurs politiques ne veulent bien l’admettre.

L’Europe entre dans les dernières semaines avant la saison de chauffage avec une combinaison délicate : faibles stocks de gaz, forte hausse des prix et incertitude croissante quant à l’approvisionnement mondial en GNL. Le marché européen du gaz constitue donc à nouveau un facteur de risque important pour l’économie.

Pour l’instant, il n’est pas question d’une répétition de la crise énergétique de 2022. La demande européenne en gaz est inférieure à ce qu’elle était avant l’invasion russe de l’Ukraine, les approvisionnements sont diversifiés et l’Europe dispose aujourd’hui d’infrastructures de GNL bien plus importantes. Mais la marge avec laquelle l’hiver est abordé est plus faible que d’habitude. Parallèlement, les pays européens doivent encore acheter du gaz pour continuer à reconstituer leurs stocks, alors qu’ils sont en concurrence avec les acheteurs asiatiques sur le marché mondial.

C’est surtout le prix qui pose problème.

Le prix du gaz européen repart à la hausse

Le TTF néerlandais, principal marché de référence européen pour le gaz naturel, a de nouveau fortement augmenté. Le contrat de livraison pour octobre a clôturé vendredi à 71,95 euros par mégawattheure et s’établissait lundi matin 7 septembre autour de 74,35 euros, soit une hausse de 3,3 pour cent par rapport au cours de clôture précédent.

Cette hausse intervient après une période durant laquelle le marché européen du gaz était nettement moins cher. Fin juin, le prix était encore inférieur à 40 euros par mégawattheure. Entre-temps, le gaz a de nouveau atteint son plus haut niveau depuis le début de l’année 2023.

La principale raison est l’incertitude qui règne autour du détroit d’Ormuz et ses répercussions sur l’approvisionnement en GNL en provenance du Golfe. Le Qatar revêt ici une importance particulière. Ce pays est l’un des plus grands exportateurs de GNL au monde et toute perturbation de ses exportations a des conséquences sur la disponibilité du GNL sur le marché mondial.

Pour l’Europe, cette incertitude survient à un mauvais moment.

Les stocks restent nettement inférieurs au niveau habituel

Selon Gas Infrastructure Europe (GIE), 753,46 TWh de gaz étaient stockés au 6 septembre, soit un taux de remplissage de 66,59 pour cent. Ce chiffre est nettement inférieur à la normale pour cette période.

La réglementation européenne en matière de stockage de gaz impose toujours un taux de remplissage de 90 pour cent, mais accorde aux États membres une plus grande marge de manœuvre pour atteindre cet objectif entre le 1er octobre et le 1er décembre, ainsi que pour s’écarter de cette trajectoire en cas de conditions de marché difficiles. Pour l’hiver à venir, le Groupe européen de coordination du gaz a par ailleurs confirmé qu’un taux de stockage de 80 pour cent suffisait à garantir la sécurité d’approvisionnement.

La Commission européenne ne voit actuellement aucune menace immédiate pesant sur l’approvisionnement en gaz de l’UE cet hiver. Cela ne signifie pas pour autant que les faibles niveaux de stockage ne constituent pas un risque. Les stocks de gaz jouent un rôle important dans l’absorption des perturbations de l’offre et de la demande, de sorte qu’une réserve de gaz plus réduite limite la marge de manœuvre du marché européen.

L’ACER, l’Agence de l’Union européenne pour la coopération des régulateurs de l’énergie, avertit que les prix du gaz en Europe restent fortement sensibles aux chocs mondiaux. La concurrence avec l’Asie pour les cargaisons flexibles de GNL, en particulier, pourrait faire grimper encore davantage les prix et compliquer la tâche de l’Europe pour reconstituer ses stocks de gaz avant l’hiver. Selon l’ACER, une perturbation prolongée de la production qatarienne pourrait en outre entraîner une pénurie mondiale de GNL de 26 milliards de mètres cubes.

L’offre et la demande déterminent le prix

C’est là que réside le cœur du problème : il ne s’agit pas seulement de savoir si l’Europe disposera de suffisamment de gaz cet hiver, mais aussi de l’équilibre entre l’offre et la demande sur le marché mondial du GNL.

L’Europe doit encore renforcer ses stocks. Parallèlement, une partie de l’offre de GNL en provenance du Golfe est incertaine et l’Asie reste un concurrent de taille pour ces mêmes cargaisons.

Lorsque l’offre disponible diminue alors que plusieurs régions tentent simultanément d’acheter du gaz, les prix augmentent. Pour l’Europe, cela signifie qu’elle devra peut-être payer plus cher pour attirer les volumes de GNL nécessaires vers le marché européen.

L’ACER a calculé qu’une fermeture totale du détroit d’Ormuz en 2026 pourrait entraîner un déficit d’environ 27 milliards de mètres cubes sur le marché mondial du GNL par rapport à 2025. Cela intensifierait encore la concurrence entre l’Europe et l’Asie pour les cargaisons de GNL disponibles.

Il ne s’agit pas d’une prévision de ce qui va nécessairement se passer, mais bien d’une indication de la sensibilité du marché face à une perturbation de longue durée.

Le Qatar reste une source d’incertitude majeure

QatarEnergy a prolongé son invocation de force majeure pour certaines livraisons de GNL. Les livraisons à destination, entre autres, de clients européens restent donc incertaines.

Cela revêt une importance particulière pour l’Europe, car le GNL a pris une place beaucoup plus importante dans l’approvisionnement en gaz européen ces dernières années. Selon l’ACER, l’UE a importé en 2025 un volume record de 146 milliards de mètres cubes de GNL et est désormais le plus grand importateur de GNL au monde.

L’année dernière, les États-Unis représentaient 58 pour cent des importations européennes de GNL. Dans le même temps, l’Europe reste dépendante d’un vaste marché international sur lequel les pays asiatiques sont également actifs.

La stratégie européenne a fortement réduit la dépendance vis-à-vis du gaz russe acheminé par gazoduc, mais elle a également accru l’exposition au marché mondial du GNL.

Les Pays-Bas ne pourront plus atteindre leur objectif hivernal

L’évolution de la situation aux Pays-Bas est particulièrement pertinente, car ce pays dispose non seulement d’une importante capacité de stockage, mais abrite également le marché gazier TTF.

Gasunie a confirmé le 26 août que les Pays-Bas n’atteindraient plus cet hiver leur objectif de remplissage fixé précédemment à 115 TWh. Cet objectif était basé sur la quantité de gaz qui serait nécessaire pour faire face à l’un des hivers les plus rigoureux de ces trente dernières années. Gasunie souligne toutefois que le fait de ne pas atteindre cet objectif ne signifie pas automatiquement qu’il y aura une pénurie de gaz ou que la sécurité d’approvisionnement sera compromise.

Les chiffres les plus récents de GIE montrent que, au 6 septembre, les stocks néerlandais étaient remplis à 49,55 pour cent. Les Pays-Bas font ainsi toujours partie des pays présentant le taux de remplissage le plus faible de l’Union européenne.

Cela touche l’ensemble de la région. Le TTF est en effet la principale référence européenne en matière de gaz. Une pénurie sur le marché néerlandais ne se limite donc pas aux Pays-Bas.

La Belgique dispose également d’une faible capacité de stockage

La Belgique dispose de beaucoup moins de capacités de stockage de gaz que, par exemple, les Pays-Bas, l’Allemagne ou la France. La seule installation de stockage souterraine se trouve à Loenhout et a une capacité de 7,6 TWh.

Les données les plus récentes de GIE montrent que, le 6 septembre, les stocks belges étaient remplis à 57,76 pour cent, soit 4,40 TWh.

Ce chiffre est nettement supérieur à ceux communiqués plus tôt cet été. Fin juillet, les stocks belges s’élevaient encore à environ 31 pour cent. Fluxys avait alors souligné que le remplissage était plus lent en raison de la hausse des prix du gaz.

La Belgique n’est donc pas isolée du marché européen du gaz. Au contraire : le pays est étroitement lié aux marchés environnants et dispose, avec Zeebruges, d’une infrastructure importante en matière de GNL.

La Belgique continue parallèlement d’importer du GNL russe

Cela met en évidence un deuxième aspect de la situation gazière européenne.

Alors que l’Union européenne tente de réduire davantage sa dépendance au gaz russe, le GNL russe reste présent dans plusieurs pays européens. La Belgique occupe à cet égard une position remarquable.

Selon les chiffres publiés par bne IntelliNews sur la base des données d’Eurostat, la Belgique a importé en juin pour 268 millions d’euros de GNL russe. Ce faisant, la Belgique était ce mois-là le plus gros acheteur européen de GNL russe, devant la France et l’Espagne. Les achats totaux de GNL russe en Europe se sont élevés à 809 millions d’euros, soit 57 pour cent de plus qu’un an auparavant.

Cela ne signifie pas pour autant que la Belgique achète nécessairement du gaz russe pour sa propre consommation. La Belgique est en effet une plaque tournante importante pour le commerce et le transit du GNL. Ces chiffres doivent donc être replacés dans le contexte plus large des flux commerciaux européens. De plus, des volumes considérables transitent par le réseau gazier belge vers, entre autres, l’Allemagne et les Pays-Bas.

Ils montrent toutefois à quel point il est difficile d’éliminer complètement, à court terme, les flux de gaz russe du marché européen.

L’UE renforce les sanctions, mais prévoit des exceptions

En juillet, l’Union européenne a adopté son 21e train de sanctions contre la Russie. Celui-ci comprenait notamment de nouvelles mesures visant le secteur énergétique russe.

Parallèlement, ce paquet prévoit une dérogation temporaire pour le transfert de GNL russe vers des pays tiers. Cette dérogation s’applique sous des conditions strictes et est en principe limitée à un an. Les opérateurs européens peuvent, sous certaines conditions, continuer à traiter des cargaisons de GNL russe lorsque celles-ci sont destinées à des destinations hors de l’UE.

De nouvelles obligations de déclaration ont également été introduites pour la vente de méthaniers à des pays tiers. Par ailleurs, 41 navires supplémentaires ont été ajoutés à la liste européenne des 632 navires soumis à une interdiction d’accès aux ports et à une interdiction de certains services (flotte fantôme).

La politique européenne en matière de sanctions ne cesse donc de s’étendre, mais les flux de gaz ne disparaissent pas du marché mondial.

La Russie développe également sa propre flotte de méthaniers

C’est ce qui ressort également de l’évolution du projet Arctic LNG 2, le projet russe de GNL touché par les sanctions occidentales.

Selon une analyse de Bloomberg basée sur des données de suivi des navires, au moins 20 navires desservent désormais l’installation sanctionnée et ses infrastructures associées. Fin décembre, ils n’étaient encore qu’au nombre de 11. Selon Bloomberg, la plupart de ces navires présentent des structures de propriété opaques, caractéristiques de ce qu’on appelle la « flotte noire » ou « flotte fantôme ».

L’expansion de cette flotte est importante car, pendant longtemps, les exportations de GNL depuis l’Arctique russe ont été principalement limitées par un manque de navires adaptés.

Selon Rystad Energy, la flotte actuelle pourrait soutenir la production d’Arctic LNG 2 jusqu’à environ 5,2 à 5,4 millions de tonnes par an. Ce chiffre reste nettement inférieur à la capacité combinée des deux trains de production opérationnels, mais cela signifie que la Russie tente de lever progressivement les contraintes logistiques.

Pour Moscou, cela revêt une importance stratégique. La Russie tente de compenser la perte du marché européen en exportant davantage de GNL vers d’autres destinations, l’Asie constituant son principal nouveau débouché.

L’Europe est moins dépendante de la Russie, mais davantage exposée au marché mondial

C’est là le changement fondamental sur le marché européen du gaz.

Avant la guerre, la Russie était le principal fournisseur de gaz de l’Europe. Depuis lors, les volumes russes ont fortement chuté et l’Europe a considérablement accru ses importations de GNL, son recours aux énergies renouvelables et ses efforts d’économie d’énergie.

Selon l’ACER, l’UE a importé 146 milliards de mètres cubes de GNL en 2025, un volume record. Le régulateur souligne toutefois que le rôle accru du GNL rend l’Europe plus sensible aux fluctuations internationales des prix, aux perturbations de l’approvisionnement et aux événements géopolitiques.

La dépendance n’a donc pas disparu. Elle a simplement pris une autre forme.

Aujourd’hui, l’Europe achète du gaz sur un marché bien plus mondialisé. Lorsque le Qatar réduit ses exportations, lorsque le détroit d’Ormuz est perturbé ou lorsque les acheteurs asiatiques sont prêts à payer des prix plus élevés, cela se répercute directement sur le prix du gaz en Europe.

L’hiver déterminera l’ampleur du problème

Beaucoup dépendra en fin de compte des conditions météorologiques.

Un hiver doux pourrait considérablement réduire la pression sur le marché du gaz. En revanche, une vague de froid en janvier ou février pourrait rapidement créer une demande supplémentaire à un moment où les stocks sont moins remplis que d’habitude. En Europe, le gaz n’est pas seulement utilisé pour le chauffage, mais aussi pour la production d’électricité et des applications industrielles.

La Commission européenne ne prévoit pas, à l’heure actuelle, de pénurie physique de gaz cet hiver. La baisse de la demande de gaz observée ces dernières années constitue un tampon important à cet égard. Mais ce tampon ne protège pas l’Europe contre la hausse des prix.

La hausse des prix du gaz se répercute sur le reste de l’économie

Une hausse du prix du gaz touche en premier lieu les entreprises du secteur de l’énergie et les consommateurs industriels, mais les conséquences ne s’arrêtent pas là.

Le gaz joue un rôle important sur le marché de l’électricité. Une hausse du prix du gaz peut donc également influencer le prix de l’électricité. Pour les entreprises à forte intensité énergétique, les coûts de production augmentent. À terme, ces coûts peuvent être répercutés sur les consommateurs. Le marché du gaz redevient ainsi un facteur d’inflation.

La récente hausse des prix de l’énergie a également remis sous pression les perspectives d’inflation. La flambée du prix du gaz en Europe a attiré l’attention sur le risque qu’un choc énergétique géopolitique puisse avoir des répercussions à plus long terme sur l’économie.

La situation est donc particulièrement difficile pour la Banque centrale européenne. Selon la BCE, l’inflation actuelle est en grande partie due à un choc énergétique du côté de l’offre. La politique monétaire peut tenter d’en limiter les conséquences sur la demande et l’inflation, mais elle ne supprime pas la perturbation sous-jacente de l’offre énergétique.

Peu de marge pour les imprévus

L’Europe est aujourd’hui clairement mieux armée que lors de la crise énergétique de 2022. La demande de gaz est plus faible, l’approvisionnement est plus diversifié et les infrastructures de GNL ont été développées.

Mais le marché ne dispose que d’une marge de manœuvre très limitée face à de nouveaux imprévus.

Les stocks n’ont pas encore atteint le niveau que l’Europe souhaite normalement atteindre au début de l’hiver. Les Pays-Bas ont déjà renoncé à leur propre objectif hivernal. La Belgique ne dispose que d’une capacité de stockage limitée. Le Qatar reste un fournisseur incertain. Les acheteurs européens doivent rivaliser avec l’Asie pour s’approvisionner en GNL. Et la Russie tente, grâce à une flotte de méthaniers en pleine expansion, d’exploiter malgré tout sa capacité d’exportation soumise à des sanctions.

La Commission européenne souligne que la demande européenne de gaz est aujourd’hui inférieure de 17 pour cent à ce qu’elle était avant la crise énergétique. Par ailleurs, l’UE dispose d’une plus grande capacité d’importation de GNL et d’un approvisionnement plus diversifié. Selon la Commission, cela rend le marché européen du gaz plus résilient, malgré la baisse des stocks. D’après les analyses actuelles, le risque majeur pour le marché réside dans le prix auquel l’Europe devra acheter suffisamment de gaz.

Pour la Belgique, cette distinction est importante. Le pays dispose, avec Zeebruges, d’une infrastructure stratégique de GNL et est étroitement lié aux marchés gaziers européens environnants. Mais il ne peut échapper au prix qui se forme sur le TTF.

Les mois à venir seront donc avant tout un test permettant de déterminer la marge de manœuvre dont dispose encore le marché européen du gaz.

La température ne sera pas le seul facteur déterminant. La quantité de GNL disponible, le prix que les acheteurs asiatiques sont prêts à payer et la rapidité avec laquelle les approvisionnements en provenance du Golfe pourront se rétablir détermineront également le niveau du prix du gaz européen cet hiver.

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