Principaux renseignements
- Aux États-Unis, une armée hybride doit associer des plateformes militaires d’élite à des systèmes abordables et remplaçables.
- La dérive des exigences menace de rendre les moyens à faible coût trop onéreux à remplacer.
- La résilience industrielle est déterminante pour la victoire grâce à une production durable de munitions.
L’ère où l’on comptait exclusivement sur des moyens militaires sophistiqués et coûteux touche à sa fin. Si les avions furtifs et les porte-avions restent indispensables pour évoluer dans des environnements à haut risque, l’idée selon laquelle quelques plateformes d’élite peuvent à elles seules garantir la victoire dans un conflit de grande envergure n’est plus tenable. Ces outils de pointe sont des éléments nécessaires d’une stratégie, mais ils ne suffisent pas à eux seuls.
L’évolution vers la guerre hybride
Le ministère de la Défense commence à s’orienter vers un modèle hybride où des moyens coûteux collaborent avec des systèmes plus abordables. En témoigne l’initiative « Collaborative Combat Aircraft » de l’armée de l’air, qui vise à déployer plus de 150 plateformes sans pilote d’ici 2030.
Dans cette nouvelle structure, les chasseurs pilotés servent de centres de commandement, fournissant des capteurs et une prise de décision humaine, tandis que des drones moins coûteux se chargent du transport des missiles et pénètrent dans des espaces aériens dangereux où la perte de pilotes serait politiquement intenable. La Marine suit une trajectoire similaire avec le MQ-25A Stingray afin d’étendre la portée des porte-avions, bien que des retards bureaucratiques dans les procédures d’acquisition continuent d’entraver les progrès.
Le danger de la dérive des exigences
Cette transition comporte toutefois un risque important : la tendance des systèmes « abordables » à subir une dérive des exigences, pour finir par devenir aussi coûteux et irremplaçables que les plateformes d’élite qu’ils étaient censés soutenir. Si les moyens bas de gamme deviennent trop « sophistiqués », l’armée ne fera que répéter ses anciennes erreurs, avec en plus des frais administratifs supplémentaires.
Munitions
Au-delà des plateformes elles-mêmes, les États-Unis sont confrontés à une vulnérabilité critique en matière de munitions et de résilience industrielle. Un chasseur de haute technologie n’est qu’un capteur coûteux s’il vient à manquer de missiles. Dans un conflit avec une grande puissance, un adversaire n’a pas besoin de détruire tous les moyens américains ; il lui suffit de forcer des « échanges défavorables », en épuisant les stocks américains jusqu’à ce que l’épuisement stratégique s’installe. La dissuasion ne repose donc pas uniquement sur la première frappe, mais sur la capacité à résister à la cinquième ou à la dixième vague d’attaques.
Conscient de cela, le Pentagone a récemment conclu plusieurs accords à long terme visant à stimuler la production de composants pour les systèmes PAC-3 et THAAD, en s’attaquant aux goulots d’étranglement au niveau des moteurs de fusée et des tête chercheuses. Ces mesures reconnaissent que l’usine est un élément central de l’ordre de bataille. Une véritable capacité ne peut être créée après le début des hostilités ; elle doit être mise en place au préalable.
Théorie contre pratique
À l’heure actuelle, il existe un décalage inquiétant entre les objectifs du Pentagone et leur mise en œuvre. Alors que le gouvernement prévoit de consacrer des milliers de milliards à des programmes d’élite, le délai moyen de mise en service des nouvelles capacités dépasse désormais une décennie. Ce rythme lent va à l’encontre d’une stratégie fondée sur l’adaptation rapide et la remplaçabilité.
L’objectif n’est pas d’abandonner les armements coûteux au profit des drones — ce qui créerait un autre type de déséquilibre —, mais d’intégrer des systèmes haut de gamme à une multitude de systèmes consommables. L’évolution actuelle des marchés publics montre que le gouvernement reconnaît le problème, mais cela ne signifie pas pour autant que la solution soit en place. Le succès final dépendra de la capacité de la production industrielle à atteindre des niveaux de temps de guerre, garantissant ainsi que l’armée puisse absorber les pertes initiales et conserver son avantage opérationnel tout au long d’une campagne prolongée. (fc)
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