Les États-Unis ont déboursé 120 milliards de dollars pour leurs porte-avions de la classe Ford, mais en valent-ils vraiment la peine ?


Principaux renseignements

  • Les porte-avions de la classe Ford offrent une puissance opérationnelle supérieure aux États-Unis, malgré un processus d’appel d’offres désastreux.
  • Des technologies non éprouvées et un manque de supervision ont entraîné des dépassements de coûts non autorisés se chiffrant en milliards.
  • L’intégration simultanée de plusieurs nouveaux systèmes a entraîné des problèmes de fiabilité et des retards dans la mise en service.

L’émergence des porte-avions nucléaires de classe Ford illustre un paradoxe des marchés publics militaires américains modernes. Si l’USS Gerald R. Ford et ses successeurs sont sans aucun doute les navires les plus sophistiqués et les plus coûteux jamais construits, le processus qui a mené à leur création constitue un avertissement quant aux défaillances systémiques de la Marine américaine.

Bien que le navire de tête ait finalement prouvé sa viabilité opérationnelle lors d’un déploiement de combat complet, le chemin vers cette réussite a été marqué par une mauvaise gestion financière et une instabilité technique.

Mauvaise gestion financière

La discipline financière a été largement ignorée tout au long de la durée de vie du programme. Malgré les lois fédérales adoptées en 2007 qui fixaient des limites de dépenses strictes pour le navire de tête et les navires suivants, la Marine a systématiquement dépassé ces limites. Le coût du navire de tête a grimpé en flèche pour atteindre environ 13,3 milliards de dollars (11,6 milliards d’euros), et les coûts n’ont cessé d’augmenter pour les navires suivants, certaines estimations dépassant les 15 milliards de dollars (13,1 milliards d’euros) par coque.

Cette instabilité financière a été aggravée par un manque choquant de contrôle. Pendant plus d’une décennie, le programme a fonctionné sans évaluations indépendantes des coûts, ce qui a entraîné des dépassements non autorisés se chiffrant en milliards.

Problèmes techniques

La recherche de technologies de pointe a également entraîné d’importantes crises de fiabilité. En remplaçant les catapultes à vapeur traditionnelles par un système électromagnétique de lancement d’aéronefs (EMALS) et en introduisant un système d’arrêt avancé, la Marine a tenté de dépasser d’un bond les capacités existantes. Cependant, ces systèmes ont affiché des performances nettement inférieures à leurs spécifications de conception, tombant en panne bien plus fréquemment que ce qui était autorisé.

D’autres composants critiques, tels que les ascenseurs d’armement et les déflecteurs de jet, ont souffert de pannes fonctionnelles et de corrosion, contraignant le navire à regagner le port et laissant l’équipage dépendant de sous-traitants externes pour l’entretien de base.

Trop de nouveautés

Ces défaillances résultaient d’une approche stratégique défaillante. Plutôt que d’améliorer progressivement une conception éprouvée, la Marine a tenté d’intégrer simultanément plus de vingt technologies non éprouvées dans une seule coque.

La construction a débuté avant que ces systèmes ne soient entièrement mis au point, ce qui signifie que les navires étaient en quelque sorte conçus au fur et à mesure de leur construction. Il en a résulté un décalage de cinq ans entre la mise en service du navire de tête et son premier déploiement effectif.

Conséquences pour la flotte

D’un point de vue stratégique, ces retards ont affaibli la flotte de porte-avions américains, dont le nombre de navires est désormais inférieur au minimum légalement requis. De plus, le fait de concentrer un investissement financier aussi colossal sur un seul navire crée une vulnérabilité à haut risque à une époque marquée par les drones bon marché et les missiles de précision.

Malgré ces défaillances institutionnelles, le navire de guerre qui en résulte constitue un atout redoutable. Les navires de la classe Ford affichent un taux de sorties nettement supérieur à celui de la classe Nimitz, tout en nécessitant un équipage réduit et en fournissant une puissance électrique largement supérieure pour les armements futurs. Si les navires eux-mêmes sont des prouesses techniques, le parcours de 120 milliards de dollars (105 milliards d’euros) nécessaire à leur construction met en évidence un profond écart par rapport au respect des budgets et aux délais de livraison dans la construction navale militaire américaine. (fc)

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