Les boursicoteurs chinois misent tout sur un rapprochement entre leur pays et la Russie et se jettent sur les actions russes

Sur qui peut compter la Russie, à l’heure où les sanctions occidentales plombent l’économie du pays? Est-ce qu’une augmentation du commerce avec la Chine est sur la table? C’est en tout cas ce sur quoi misent les boursicoteurs chinois, en se jetant sur les actions liées au commerce avec la Russie, mais la position de la Chine est plus complexe que cela.

La Russie coupée du monde, avec comme dernier partenaire la Chine? C’est ce sur quoi misent les boursicoteurs chinois. Ils se jettent sur toutes les actions qui sont quelque peu en lien avec le commerce avec la Russie. Ainsi, les actions d’une dizaine d’entreprises chinoises, actives dans les transports ou dans l’activité portuaire, et qui sont en lien avec la Russie, ont le vent en poupe depuis deux semaines, rapporte CNN. Certaines ont déjà averti les investisseurs que leurs actions sont surévaluées.

Ports, logistiques, fret ferroviaire, péages

Jusqu’à quel point la Chine peut soutenir son voisin, sans compromettre ses relations avec l’Occident? Cette question reste ouverte. Mais les petits investisseurs y voient une aubaine. Ainsi, ils se jettent sur les parts du port de Jinzhou, au nord du pays, d’où partent de nombreuses routes commerciales vers la Russie. En début de semaine, le prix des actions avait presque doublé à la bourse de Shanghai, depuis le 24 février, jour de l’invasion.

A la bourse de Shanghai, les actions sont soumises à une limite : elles ne peuvent pas gagner ou perdre plus de 10% par jour. Pendant sept jours de suite cette action a alors atteint la limite journalière. Mais la société tempère : l’action en est devenue volatile, et trop chère par rapport à d’autres sociétés du secteur. Elle appelle à des décisions « rationnelles ». Depuis mardi, le cours est quelque peu retombé, et ce mercredi l’action affichait 60% de plus que le 24 février.

Même parcours pour Xinjiang Tianshun Supply Chain, une société spécialisée dans la logistique, située dans le nord-ouest, dans la province du Xinjiang. La province partage 60 kilomètres de frontières avec la Russie, du Kazakhstan à la Mongolie. Une région tout de même accidentée, et qui ne connaît que peu de routes. Entre le 24 février et lundi, l’action avait gagné 95% à la bourse de Shenzhen. Elle a depuis redescendue à 60% de plus que le 24 février.

Une société de péages, Heilongjiang Transport Development, dans le nord-est du pays, a également été prise pour cible : ses actions ont gagné 24%. Une société de fret ferroviaire qui opère entre la Russie et la Chine, du groupe Changjiu Logistics, a gagné 14%.

La Chine, dernier recours pour la Russie?

C’est en tout cas ce qui semble motiver les investisseurs. « Certains investisseurs chinois pensent que la Russie n’a désormais personne d’autre vers qui se tourner que la Chine », analyse Hao Hong, directeur de la recherche auprès de BOCOM International, pour CNN. « Ils pensent donc que la Chine a tout à gagner de son commerce avec la Russie ». Il ajoute que c’est fort possible que le commerce augmente, surtout concernant les matières premières.

« La Chine a besoin de matières premières et la Russie pourrait devoir les vendre à bas prix », continue Hong. « Une ancienne expression chinoise dit: ‘lorsque deux palourdes se battent, le pêcheur en profite’ « .

Qui sont ces boursicoteurs?

Selon des données des bourses de Shanghai et de Shenzhen, ce sont avant tout les petits investisseurs qui sont derrière l’envolée de ces actions. En général, ces petits investisseurs sont responsables de 80% du chiffre d’affaires des bourses. L’argent qui coule dans les actions liées au commerce avec la Russie est avant tout composé de petits achats. Les achats de moins de 40.000 yuans (environ 6.000 euros) ou de moins de 20.000 actions représentent 40% de cet argent, selon les données de East Money Information publiées mardi.

Malgré l’enthousiasme et la frénésie des boursicoteurs, les experts tempèrent. Ils estiment qu’il est trop tôt pour connaître la réponse chinoise, et le futur du commerce. Certaines banques ont même déjà limité leurs financements pour des achats de matières premières russes. La Banque asiatique de l’investissement dans l’infrastructure, banque de développement dépendant de Pékin, disait arrêter ses activités en Russie « à cause de la guerre ».

Ces investisseurs pourraient manquer d’une vision à long terme sur le commerce russo-chinois, par manque d’informations surtout, explique Jeffrey Halley, spécialiste du marché asiatique auprès d’Oanda à CNN. « Il est clair que l’homme de la rue pense que le commerce entre la Chine et la Russie ne sera pas affecté par les sanctions ‘américaines’, en particulier à la lumière du récent accord de partenariat ‘approfondi’ entre les deux pays (aux Jeux olympiques, NDLR). »

Mais la Chine, comme nous le disions, doit jouer à l’équilibriste pour ne pas compromettre ses relations commerciales avec l’Occident. En 2021, selon des données de la douane chinoise, les échanges entre les deux voisins ont atteint un total de 147 milliards de dollars. Si la Chine compte pour 16% des exportations russes, la Russie ne compte que pour 2% des exportations chinoises, contre environ 14% et 13% pour les exportations vers l’Europe et les Etats-Unis.

De plus, la Chine ne s’attend pas à une année particulièrement bonne au point de vue économique, avec une croissance de 5,5% annoncée comme estimation samedi. Dans tous les cas, l’impact de la guerre russe en Ukraine sur la relation Occident-Russie-Chine n’aura pas fini de faire parler d’elle de sitôt.

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