L’entreprise DJI serait-elle le nouveau Huawei?

La firme chinoise DJI effectue une démonstration de drone à un salon
EPA-EFE/CLEMENS BILAN

C’est en tout cas ce que laissent penser les mesures prises par le gouvernement américain… Celles-ci visent à décourager les instances du pays de s’équiper avec des drones produits par le fabricant chinois DJI.

Washington a déposé la semaine dernière un projet de loi devant la Chambre des Représentants pour interdire aux organismes fédéraux d’acheter des drones fabriqués en Chine, ainsi que des drones comportant certains composants chinois. Un projet de loi similaire a été présenté au Sénat.

‘Les firmes comme DJI sont tenues d’espionner pour le compte de Pékin’

Au mois d’octobre, le ministère de l’Intérieur américains avait déjà cloué au sol plus de 800 drones chinois, ou comportant des composants chinois. Tous devaient se soumettre à une révision visant à confirmer que les données qu’ils étaient amenés à collecter ne faisaient pas l’objet de fuites. 

Ces mesures ont été inspirées par la crainte que la Chine n’utilise ces drones pour se livrer à l’espionnage. Les drones peuvent en effet être amenés à survoler des endroits sensibles, ou être déployés dans le cadre de missions top secrètes. 

‘En vertu des lois chinoises sur l’espionnage et la sécurité nationale, des entreprises comme DJI sont tenues de remettre des données au gouvernement chinois’, affirme le sénateur républicain de la Floride, Rick Scott, l’un des fers de lance de ces mesures. Il souligne que des firmes américaines produisent elles aussi des drones, et qu’il serait plus sûr que le gouvernement américain fasse affaires avec elles. 

Une attaque politique voilée contre la Chine

Mais selon certains critiques, le déploiement de cet arsenal est davantage motivé par des considérations politiques que par la crainte de l’espionnage chinois. 

C’est l’opinion de Chris Anderson, fondateur de 3DR, un fabricant de drones qui était le principal concurrent de DJI jusqu’en 2016 et qui se concentre maintenant sur la vente de logiciels pour équiper les drones de la firme chinoise.

Michael Oldenburg, porte-parole de DJI, y voit lui aussi une attaque voilée contre la Chine. ‘Il est tout à fait évident qu’il y a un effort coordonné ciblant les entreprises dont le siège social est en Chine, et les drones qui y sont fabriqués’,dit-il. 

Deux études, parues au cours de cette année, ont conclu que certains drones DJI, dans leur configuration actuelle, ne posaient aucune menace.

Un aveu d’échec

Peter Singer, senior fellow au think tank New America, souligne que même si l’achat de drones conçus en Chine par les autorités des Etats-Unis ne soulève pas de risques pour la sécurité nationale américaine, il est en lui-même un aveu ‘d’échec évident dans la compétition‘ que se livrent les deux puissances.

Il note cependant que renoncer à la concurrence chinoise risque d’inviter les fabricants américains à se reposer sur leurs lauriers, ce qui pourrait provoquer une hausse des prix et une baisse de la qualité de leurs produits.

Source: Axios