L’effet #MeToo en Bourse: l’impact financier insoupçonné des scandales sexuels

Isopix

Les agressions sexuelles, morales ou physiques, ne comportent pas seulement de graves conséquences pour les victimes, elles nuisent sérieusement à la valeur de marché des entreprises qui en sont le théâtre. L’impact s’élève en moyenne à 450 millions de dollars pour les grandes sociétés concernées.

‘Les dirigeants doivent se rendre compte qu’il est également dans leur intérêt de prévenir et de réagir aux incidents sexuels, car cela affecte la valeur des entreprises touchées’, concluent les auteurs de cette étude de la Copenhaguen Business School parue dans le Journal of Corporate Finance.

Si les conséquences négatives de ces scandales sexuels sur l’individu ont déjà été largement documentées dans les domaines de la psychologie et de la sociologie, le trio d’économistes s’est ici penché spécifiquement sur l’impact immédiat venant affaiblir la valeur de l’entreprise concernée.

Les chercheurs ont examiné près de 200 cas dans le monde, allant des avances abusives aux relations forcées, dont beaucoup se déroulaient dans des entreprises de réputation internationale telles que Disney, Tesla, Amazon, Google ou encore Facebook, pour ne citer qu’elles. Notons toutefois que 78% des scandales ont eu lieu aux États-Unis.

Sanctions boursières

L’étude danoise révèle que, suite à la divulgation du scandale, la valeur boursière d’une entreprise cotée baisse… de 1,5%. Si le pourcentage paraît marginal, cela correspond à un impact moyen de 450 millions de dollars pour les entreprises observées. En plus, ces sociétés incriminées ne récupèreraient par après, sur le long terme, qu’environ la moitié de cette valeur perdue.

Il convient de souligner le fait que l’ampleur de l’impact financier négatif dépend des circonstances du scandale. Ainsi, l’implication direct d’un PDG constitue un facteur aggravant, accentuant la chute de valeur moyenne de 5% supplémentaires. La machine médiatique exerce également un rôle dans la sanction boursière, exacerbant la perte en fonction de l’importance de la couverture.

À l’inverse, les entreprises dont la direction communique plus spontanément à propos d’un scandale sexuel essuient une punition moins marquée sur les marchés financiers (-3%). Une atténuation comparable est par ailleurs constatée par les auteurs dans le cas des entreprises qui entament ou prévoient de lancer une procédure judiciaire (-1%).

Un après #MeToo ?

Cette étude danoise analyse sous un angle nouveau l’implication globale du mouvement #MeToo, ici pour les résultats financiers. Il avait été démontré que, depuis la naissance du mouvement social encourageant la prise de parole des femmes en 2017 à la suite de l’affaire Weinstein, les victimes s’exprimaient davantage et, surtout, étaient davantage écoutées.

Fait intéressant, l’impact des scandales sexuels sur la valeur de l’entreprise est resté en moyenne le même avant et après l’émergence de #MeToo. Cependant, indiquent les auteurs danois, le volume de ces scandales particuliers dans le milieu des entreprises a considérablement augmenté, le nombre de révélations par mois ayant quadruplé.

Forts de ces analyses, les chercheurs recommandent aux entreprises de mettre en place une stratégie préventive, démontrant, s’il le fallait, que le risque réputationnel ou commercial est bien réel et son impact, économiquement significatif.

‘L’impact financier négatif justifiera des coûts et des efforts considérables de la part des entreprises pour empêcher que de tels cas se produisent et réagir rapidement et fermement s’ils se produisent’, espèrent les auteurs.

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